Violences urbaines : Prise de conscience ? (II)

Publié le par SDJ 30

Nicolas Cadène

Les violences urbaines sont toujours d'actualité, après 12 jours et nuits.

Qui se souvient de cette phrase de Jacques Chirac en 1995, pendant la campagne présidentielle où ce dernier nous promettait la fin de la "fracture sociale" ? :
«Quand trop de jeunes ne voient poindre que le chômage ou les petits stages, ils finissent par se révolter».
Et bien nous y sommes. Et si l'Etat affirme que l'ordre restera à la loi, on en peut qu'ajouter que cela sera provisoire en l'absence d'une vraie politique de la ville.
Dominique de Villepin, hier soir sur TF1 (télévision privée, clairement propagandaire en faveur de la majorité), a pourtant exhumé une loi datant de la guerre d'Algérie et appliquée trois fois seulement. Deux fois pendant la guerre d'Algérie, justement. Et une fois en Nouvelle-Calédonie, c'était en 1985. Il s'agit du couvre-feu. Une mesure qui illustre une gravissime montée vers le tout sécuritaire : car ce que n'a pas dit le Premier Ministre, c'est qu'une telle mesure (qui n'avait même pas été utilisée pour mai 68 alors même que les incidents étaient bien plus nombreux et violents) permet au gouvernement de bafouer les droits les plus élémentaires (interdiction de séjour pour tous ceux jugés comme "dangereux", fermeture des lieux de réunions de toutes sortes, interdiction de réunions jugés comme "entretenant le désordre", perquisitions de nuit sans restrictions, contrôle de la presse et des publications de toute nature, compétence aux juridictions militaires en concurrence avec les juges ordinaires autorisée) ! C'est extrêmement grave...

Cela est censé prouver que la situation est grave, mais que le gouvernement est entré dans une phase très réactive après quelques jours d'hésitation et de critiques légitimes de l'ensemble de la population.

Le Premier Ministre a également évoqué des mesures concernant l'école, le logement, le pouvoir des maires et l'aide aux associations, pour affirmer que la volonté d'aider à l'intégration de ceux qui sont dans les rues est bien réelle.
On peut s'étonner de cette volonté lorsque l'on étudie la politique sociale de la majorité depuis 2002.
Car, comment s'étonner de ces violences ?

La politique gouvernementale a cru naïvement pouvoir s'appuyer toujours un peu plus sur les classes les plus populaires sans que celles-ci ne se rebellent.

 

Ainsi, le gouvernement, préférant faire des économies au niveau de l'action sociale au profit de baisses d'impôts pour les plus aisés et des charges entreprenariales, a saboté toute action de prévention pour privilégier le tout sécuritaire.

Le gouvernement a consciemment asphyxié le monde associatif, a mis à bas la police de proximité qui était pourtant louée par les syndicats policiers eux-mêmes.

 

Pis, la droite a toléré les discriminations quotidiennes à l'égard des personnes étrangères ou issus de l'immigration mais supposées telles en raison de leur faciès.

 

Le budget de l'Education Nationale a baissé au lieu de fortement augmenté, provoquant un état catastrophique des structures scolaires, un manque de personnel évident. Les ZEP ayant un budget seulement 2 fois supérieur aux zones classiques alors même qu'elles devraient en connaître un 10 fois supérieur comme c'est le cas dans les pays nordiques.

 

Ce trop faible budget couplé à une politique des formations désastreuse ne permet pas une école pouvant réduire la ségrégation. Bien au contraire, elle tend à l'amplifier.

 

Concernant la politique de la ville, là encore, nous constatons l'absence de réelle volonté politique pourtant affichée hypocritement à grands coups de projecteurs et avec le soutien de certains médias subjectifs et donc co-responsables de la situation actuelle.

Le Ministre de la Ville se voit ainsi obligé de négocier chaque jour pour obtenir quelques euros supplémentaires qui ne suffiront pas à la mise en oeuvre de son ambitieux programme.

 

Au-delà, nous avons un Ministre d'Etat, Ministre de l'Intérieur, qui accumule les fonctions exécutives et qui aurait déjà été démissionné dans n'importe quelle démocratie digne de ce nom et même aux Etats-Unis, pays qu'il adule tant. Un élu local (Président du Conseil général des Hauts-de-Seine) qui bafoue la séparation des pouvoirs, un responsable d'un parti de gouvernement (l'UMP) qui tient des propos odieux, incendiaires et méprisants pour préparer sa campagne présidentielle en direction de l'extrême droite.

 

Mais malgré de tels actes, qui constituent une faute politique et morale grave, le Premier Ministre a renouvelé sa confiance à Nicolas Sarkozy (peut-être pour mieux le voir s'embourber) et la responsabilité du gouvernement est entière et collégiale.

 

 

Evidemment, la cause de telles violences a également des racines beaucoup plus anciennes.

 

Ce sont toutes les politiques d'immigrations, d'intégrations menées depuis 30 ans qui sont en échec. C'est l'incapacité des gouvernements successifs à faire reculer le chômage bien que le gouvernement Jospin en avait créé 2 millions, ce qui d'ailleurs avait pu quelque peu apaiser les banlieues sensibles. Pas assez bien sûr, les "cités" restant des ghettos où l'intégration à la République est des plus complexes.

 

Ce sont la systématisation des discriminations racistes et territoriales, le manque d'éducation civique, d'associations culturelles, sportives et d'alphabétisation, d'aides au reclassement, de formations professionnelles, de centres scolaires de qualité, qui sont cause depuis le départ et qui apparaîssent aujourd'hui en pleine lumière.

 

C'est également un sentiment d'injustice constant : la discrimination à l'embauche de par son faciès, son nom ou son lieu de résidence ; les regards méfiants de tout un chacun et les expulsions des lieux de sorties en ville pour les mêmes raisons ; de multiples contrôles d'identités individuelles quotidiennes ; des interpellations parfois injustifiées ; des bavures policières habituelles (la France reste un des Etats les plus souvent accusés devant la CEDH) dûes à une formation défaillante dans les écoles de police et à une concentration de la violence découlant de la ghettoisation ; etc.

 

La violence n'est pourtant pas excusable, les atteintes physiques sont impardonnables. Mais tous les jeunes de ces banlieues ne sont pas des agresseurs. Les confondre tous est aberrant et illustre encore un peu plus l'injustice dont ils sont parfois victimes. Les agresseurs doivent être condamnés conformément à la loi. Les victimes de ces derniers doivent être indemnisés et les citoyens des quartiers subissant des troubles violents doivent être protégées par les forces de l'ordre.

 

De même, les services publics doivent être réparés et mis en sécurité. La dégradation de ces derniers est innacceptable bien qu'elle illustre un rejet de tout ce qui représente l'Etat qui a lui-même rejeté ces populations devenues violentes.

 

 

Aujourd'hui, la France a besoin d'une grande mobilisation des forces politiques opposées à la politique simplement répressive et inefficace du gouvernement. Il faut rétablir l'ordre mais également adopter au plus tôt de nouvelles politiques sociales et de la ville d'envergures.

 

Il faut que le Parti Socialiste s'engage dans un combat pour l'égalité, la justice sociale, le respect et les droits civiques. La devise de la République est depuis trop longtemps bafouée.

 

Le socialisme n'a-t-il pas toujours eu, depuis son origine au 19ème siècle, pour principe de base de respecter envers et contre tout la "liberté, l'égalité, la fraternité" ?

 

 

 

Nicolas Cadène

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