S'opposer !

Publié le par SDJ 30

Nicolas Cadène

Hier, nous avons appris que selon Monsieur Larcher, la polygamie serait responsable de la discrimination à l’emploi que subissent nombre de Français ou d’étrangers en situation régulière.

Que selon Madame Carrère d’Encausse, la cause de la crise du logement, ce serait, là encore, la polygamie. Sans compter qu’il lui paraît normal de critiquer la loi de 1972 contre le racisme et pas anormal de décompter les juifs ou les noirs à la télévision…

Que pour le président de la République, Monsieur Accoyer et le Ministre de l’Intérieur, le regroupement familial expliquerait la crise des banlieues.

Ces propos sont mensongers et scandaleux : ni la polygamie, dont les premières victimes sont les femmes, ni le droit de vivre en famille n’expliquent la crise sociale qui s’exprime.

Comme le déclare, bien seule, la Ligue des Droits de l’Homme, « Il est nauséabond et irresponsable de faire ainsi des étrangers la cause de la situation que connaît notre pays. »

En tenant de tels discours ils prennent sciemment le risque de renforcer la xénophobie et le racisme.

La LDH rappelle, justement, que la paix civile ne peut supporter de tels débordements.

« On ne répond pas à une crise sociale par un régime d’exception. La responsabilité fondamentale de cette crise pèse, en effet, sur les gouvernements qui n’ont pas su ou voulu combattre efficacement les inégalités et les discriminations qui se cumulent dans les quartiers de relégation sociale, emprisonnant leurs habitants dans des logiques de ghettoïsation. Elle pèse aussi sur ces gouvernements qui ont mené et sans cesse aggravé des politiques sécuritaires, stigmatisant ces mêmes populations comme de nouvelles « classes dangereuses », tout particulièrement en ce qui concerne la jeunesse des « quartiers ». »

La politique gouvernementale actuel a-t-elle cru naïvement pouvoir s'appuyer toujours un peu plus sur les classes les plus populaires sans que celles-ci ne se rebellent ?

Non, tout cela est bien conscient.

On entretient le désordre pour faire venir le désir d’ordre. C’est ainsi que l’on pourrait résumer la logique de Monsieur Nicolas Sarkozy et du gouvernement.

Ainsi, le gouvernement, préférant faire des économies sur l'action sociale au profit de baisses d'impôts pour les plus aisés et des charges entreprenariales, a saboté toute action de prévention pour privilégier le tout sécuritaire.

Le gouvernement a consciemment asphyxié le monde associatif, a mis à bas la police de proximité qui était pourtant louée par les syndicats policiers eux-mêmes.

Pis, la droite a toléré les discriminations quotidiennes à l'égard des personnes étrangères ou issues de l'immigration mais supposées telles en raison de leur faciès.

Le budget de l'Education Nationale a baissé au lieu de fortement augmenté, provoquant un état catastrophique des structures scolaires, un manque de personnel évident. Les ZEP ayant un budget seulement 2 fois supérieur aux zones classiques alors même qu'elles devraient en connaître un 10 fois supérieur comme c'est le cas dans les pays nordiques.

Ce trop faible budget couplé à une politique des formations désastreuse ne permet pas une école pouvant réduire la ségrégation. Bien au contraire, elle tend à l'amplifier.

Concernant la politique de la ville, là encore, nous constatons l'absence de réelle volonté politique pourtant affichée hypocritement à grands coups de projecteurs et avec le soutien de certains médias subjectifs et donc co-responsables de la situation actuelle.

Le Ministre de la Ville se voit ainsi obligé de négocier chaque jour pour obtenir quelques euros supplémentaires qui ne suffiront pas à la mise en oeuvre de son ambitieux programme.

Au-delà, nous avons un Ministre de l'Intérieur, qui accumule les fonctions exécutives sans qu’aucun politiques ne sont émeuvent (à l’exception notable de Dominique Strauss-Kahn), et qui aurait déjà été démissionné dans n'importe quelle démocratie digne de ce nom.

Un Ministre d’Etat qui bafoue la séparation des pouvoirs, un élu local (Président du Conseil général des Hauts-de-Seine et ancien Maire de Neuilly) qui ne respecte pas le quota de logements sociaux (2% au lieu de 20% !), un président du parti de gouvernement (l'UMP) qui tient des propos odieux, incendiaires et méprisants pour préparer sa campagne présidentielle en direction de l'extrême droite.

Mais malgré de tels actes, qui constituent une faute politique et morale grave, le Premier Ministre a renouvelé sa confiance à Nicolas Sarkozy et la responsabilité du gouvernement est entière et collégiale.

Il est absolument irresponsable d’accuser les premiers concernés par les violences urbaines (les habitants des banlieues sensibles, souvent issus de l’immigration subsaharienne ou maghrébine) sans même remettre en cause l’ensemble des politiques d'immigrations, d'intégrations menées depuis 30 ans.

Car c'est bien l'incapacité des gouvernements successifs à faire reculer le chômage (à l’exception du gouvernement Jospin qui en créa 2 millions), à intégrer les populations culturellement et socialement qui est en cause.

Ce sont la systématisation des discriminations racistes et territoriales, le manque d'éducation civique, d'associations culturelles, sportives et d'alphabétisation, d'aides au reclassement, de formations professionnelles, de centres scolaires de qualité, qui apparaissent aujourd'hui en pleine lumière.

C'est également un sentiment d'injustice constant : la discrimination à l'embauche de par son faciès, son nom ou son lieu de résidence ; les regards méfiants de tout un chacun et les expulsions des lieux de sorties en ville pour les mêmes raisons ; de multiples contrôles d'identités individuelles quotidiennes ; des interpellations parfois injustifiées ; des bavures policières habituelles (la France reste un des Etats les plus souvent accusés devant la CEDH) dues à une formation défaillante dans les écoles de police et à une concentration de la violence découlant de la ghettoïsation ; etc.

Evidemment que pour s’intégrer, l’effort doit également être fait par les immigrés, mais celui-ci ne peut se réaliser convenablement si ces derniers n’ont pas les mêmes droits et chances que ceux que l’on surnomme les « gaulois », si l’on ne met pas les moyens pour les intégrer culturellement via l’éducation civique et générale.

Les atteintes matérielles ne sont pourtant pas excusables, mais seul 2 à 5 % des jeunes de ces quartiers ont participé de près ou de loin à ces actions. Les 95 à 98 % autres sont restés chez eux !

La dégradation des services publics est inacceptable Ces derniers doivent être réparés et mis en sécurité. Mais il faut bien comprendre qu'elle illustre un rejet de tout ce qui représente l'Etat qui a lui-même rejeté ces populations devenues violentes.

La violence physique est autrement plus grave, elle est impardonnable. Mais les jeunes de ces banlieues ne sont pas des agresseurs. Les confondre avec une infime minorité est aberrant et illustre encore un peu plus l'injustice dont ils sont parfois victimes.

Les agresseurs doivent être condamnés conformément à la loi.

Les victimes de ces derniers doivent être indemnisés et les citoyens des quartiers subissant des troubles violents doivent être protégées par les forces de l'ordre, et non humiliés comme l’on pourrait le croire en écoutant certaines « autorités » morales ou politiques.

Aujourd'hui, la France a besoin d'une grande mobilisation des forces politiques opposées à la politique simplement répressive et inefficace du gouvernement. Il faut rétablir l'ordre mais également adopter au plus tôt de nouvelles politiques sociales et de la ville d'envergures.

Il faut que le Parti Socialiste s'engage dans un combat pour l'égalité, la justice sociale, le respect et les droits civiques. La devise de la République est depuis trop longtemps bafouée.

Le socialisme n'a-t-il pas toujours eu, depuis son origine au 19ème siècle, pour principe de base de respecter envers et contre tout la "liberté, l'égalité, la fraternité" ?

Aujourd’hui, nous assistons à la reconduction de l’état d’urgence.

Recourir à un texte provenant de la guerre d’Algérie à l’égard, souvent, de Français descendant d’immigré, c’est leurs dire qu’ils ne sont toujours pas français.

Comme la seule Ligue des Droits de l’Homme le dénonce :

« User une fois de plus de la symbolique de l’état d’urgence, c’est réduire des dizaines de milliers de personnes à la catégorie d’ennemis intérieurs.

Au-delà, c’est faire peser sur la France tout entière et sur chacun de ses habitants, notamment les étrangers que le gouvernement et le président désignent déjà comme des boucs émissaires, le risque d’atteintes graves aux libertés.

Le marquage de zones discriminées par l’état d’urgence n’est pas conciliable avec l’objectif du rétablissement de la paix civile et du dialogue démocratique. »

Les Français ne peuvent accepter le recours à des procédures judiciaires expéditives, voire à une « justice d’abattage », alors qu’en même temps la même justice ne condamne pas un Président de la République coupable de graves corruptions et détournements de fonds publics.

« Restaurer la situation dans les « quartiers » et rétablir le calme, c’est d’abord restituer la parole à leurs habitants. Des cahiers de doléance doivent être discutés, ville par ville.

C’est, ensuite, ouvrir une négociation collective pour mettre en œuvre des actions de rétablissement de l’égalité : cela implique l’adoption d’une véritable loi de programmation et que cessent les mesures de saupoudrage ou, pire encore, les marques de mépris, comme la stigmatisation des familles.

Une solidarité nationale authentique doit être au rendez-vous de la reconstruction du tissu social dans les banlieues.

C’est, surtout, mettre en œuvre, dans la réalité, une réelle politique nationale de lutte contre les discriminations et pour l’égalité des droits.

Nous affirmons qu’il y a là une véritable urgence nationale : il faut substituer à l’état d’urgence policier un état d’urgence sociale. »

Le Parti socialiste ne peut continuer ainsi à soutenir implicitement la politique répressive de la droite.

Il ne croit plus qu’aux sondages donnant à Monsieur Sarkozy une confiance de 68 % des Français.

Mais a-t-il déjà oublié son rôle d’opposition ? Son rôle de défense des valeurs sociales, éthiques, humanistes ?

Ne comprend t-il pas que c’est en s’opposant, en argumentant, en expliquant objectivement les événements, que la confiance du Ministre de l’Intérieur chutera et que celle du Parti augmentera ?

La devise républicaine est depuis trop longtemps bafouée et rien ne devrait empêcher le Parti socialiste de le contester avec la plus grande des vigueurs.

Entre la copie et l’originale, les Français préfèreront l’originale, la droite. Alors, il est temps de dénoncer les multiples dérives gouvernementales et atteintes systématiques aux droits de l’homme et aux libertés publiques.

 

Nicolas Cadène


Un rassemblement était prévu le mercredi 16 novembre à l'initiative de la LDH. Je m'y suis rendu et était déçu de ne voir aucun drapeau ou élu socialiste... Il y avait les mjs (peu nombreux), les verts, des associations de défense des droits sociaux ou humains, puis des partis d'extrême gauche, qui finalement décrédibilisaient le mouvement... Que fait le Parti ?

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