Congrès du Mans

Publié le par Nicolas Cadène


"Désormais, le seul mois de mai qui nous intéresse, c'est le mois de mai 2007"

Hollande clôture le congrès
en célébrant l'unité du PS


NOUVELOBS.COM | 20.11.05 | 17:21

"Le temps de la confrontation entre socialistes est fini", a déclaré François Hollande dans son discours de clôture. Il a salué la synthèse et a estimé que "les socialistes sont désormais rassemblés pour servir la France".


François Hollande, la main levée, au moment du vote à l'issue du Congrès du Mans et dont il sort vainqueur ( AP)

Après avoir obtenu le ralliement de ses opposants internes, François Hollande a mis dimanche 20 novembre le Parti socialiste "au service de la France", à 18 mois des élections présidentielle et législatives de 2007.
Le message du congrès du PS est "limpide, simple, évident et doit être entendu de tous : les socialistes sont désormais tous rassemblés pour servir la France", a déclaré le Premier secrétaire à 4.000 congressistes réunis au Parc des expositions du Mans depuis trois jours.
"Fatigué mais heureux" après une nuit de négociations, il a fourni au PS son slogan pour 2007, dans un discours de clôture de près d'une heure et demie.
"La victoire est possible, à nous de la rendre inéluctable", a-t-il lancé d'une voix éraillée. Désormais, "le seul mois de mai qui nous intéresse (...), c'est le mois de mai 2007"

"Je n'ai pas d'adversaire au PS"

Tournant la page des querelles qui agitent le parti depuis plus d'un an sur la question européenne, François Hollande a affirmé que "le temps de la confrontation entre socialistes est fini". "Je n'ai pas d'adversaire au PS", a-t-il clamé.
"Notre rassemblement doit effacer les amertumes, les blessures, les mots inutiles" entre tenants du "oui" et du "non" au référendum du 29 mai sur la Constitution européenne, a-t-il souligné.
"Ce qui doit aujourd'hui nous mobiliser tous, c'est le combat principal contre la droite", a-t-il dit, "voilà le temps venu de nous adresser aux Français, de leur redonner espoir", "de porter un projet".

Synthèse

Dans la nuit, les partisans de l'ancien Premier ministre Laurent Fabius et le Nouveau Parti socialiste (NPS) ont accepté de faire la "synthèse" avec la direction sortante du PS, derrière le premier secrétaire, pour présenter un front commun.
"Le contexte (...) nous obligeait à renouer le fil", a reconnu François Hollande, en faisant référence aux trois semaines de violences urbaines que vient de connaître la France.
Il a promis, une fois la gauche de retour au pouvoir, de "répondre (aux) promesses d'égalité et de fraternité" dont est porteur, selon lui, le socialisme.
"Nous ne sommes pas là simplement pour être disponibles, pour éteindre les incendies (...) Nous aspirons à gouverner.
Alors proposons !" a-t-il dit, reprenant les grands thèmes de sa "motion" intitulée "Volonté, Vérité, Unité", qui a obtenu la majorité des voix des militants la semaine dernière.

"La droite crée le désordre social"

Samedi soir, tous les courants du PS ont adopté une résolution sur la crise "sociale et urbaine", réclamant une loi de programmation pour les quartiers défavorisés et détaillant leurs priorités en matière d'emploi et d'éducation.
Dans les banlieues comme ailleurs, "la droite crée le désordre social pour incarner l'ordre public" depuis 2002, a accusé François Hollande, avant de s'en prendre aux trois principales figures de l'actuel exécutif.
Le chef de l'Etat, Jacques Chirac, continue de promettre "comme un candidat mais n'agit jamais comme un président", a déclaré le dirigeant socialiste. Le Premier ministre, Dominique de Villepin, "qui veut apparaître comme un homme neuf (...), n'est pas élu et en tire même fierté".
Quant au ministre de l'Intérieur et président de l'UMP, Nicolas Sarkozy, il n'est en réalité que "ministre de lui-même", a-t-il ajouté.
"Il nous dit qu'il parle comme tout le monde mais le rôle d'un ministre, surtout de l'Intérieur, c'est de parler au nom de tout le monde."
En matière économique, "ne laissez jamais dire que la droite sait gérer l'économie française en bon père de famille", a poursuivi François Hollande sur un ton de plus en plus vif. "Avec des pères comme ça, on préfère être orphelin."

"Le plus dur commence"

Le premier secrétaire du PS a reconnu que "le plus dur" commençait pour lui à la tête d'un parti où fleurissent les candidats à l'élection présidentielle de 2007.
"Je suis sûr qu'il y en aura bientôt moins, ces affaires-là, ça se décante", a voulu croire François Hollande, qui a pour sa part annoncé son intention de quitter son poste après 2007.
Mercredi, il sera le seul candidat à sa succession et garde de ce fait la main sur le calendrier du parti et la désignation du prétendant socialiste à l'Elysée.
Il n'y aura aucun "homme providentiel" pour l'échéance de 2007 et le choix d'un candidat reviendra aux militants, a insisté le premier secrétaire.
En tout état de cause, "il n'y aura qu'un seul candidat ou candidate (du PS) à l'élection présidentielle et nous serons tous derrière lui ou elle", a-t-il souligné, en terminant son allocution les bras levés en signe de victoire.
Après son discours, alors que la salle se vidait, les enceintes ont diffusé une bande-sonore en forme d'encouragement, "On vous souhaite tout le bonheur du monde", chanté par le groupe de reggae français Sinsemilia.


La synthèse

Politique française

Le Parti socialiste réussit «la synthèse»

Le Parti socialiste, principal parti d’opposition français, est parvenu, dans la nuit de samedi à dimanche, à faire la synthèse entre ses trois principaux courants. C’est le dernier congrès des socialistes avant l’élection présidentielle de 2007. L’accord a été trouvé sans Arnaud Montebourg, l’un des dirigeants du courant Nouveau parti socialiste.

L’accord entre les différents courants du Parti socialiste est intervenu vers 3 heures 30 du matin, à l’occasion de ce congrès du Mans, le dernier avant l’élection présidentielle de 2007. «Il y a maintenant un rassemblement de tous les socialistes», s’est réjoui François Hollande, le premier secrétaire du PS.

Cette synthèse entre les différentes motions met fin à une période de divisions internes. Elles avaient éclaté au grand jour au moment du référendum sur la Constitution européenne. Laurent Fabius, à l’époque numéro deux du PS, avait appelé à voter «non» alors que la direction du parti appelait à dire «oui» au nouveau traité. Le courant Nouveau parti socialiste de son côté n’avait pas donné de consigne de vote aux sympathisants de gauche.

«Il fallait que nous trouvions un dépassement de ce qui avait pu nous séparer et une union forte pour donner espoir aux Français, c’est fait», a encore déclaré François Hollande, le numéro un du Parti socialiste. «Tous les socialistes ont fait preuve du meilleur des esprits : esprit de responsabilité face à la situation du pays, à l’attente qui est portée sur nous, au rassemblement de la gauche qui doit se faire autour de nous», a-t-il encore indiqué.

«C’est une très bonne nouvelle pour les socialistes», a pour sa part déclaré Laurent Fabius. «Je crois que ce qui est important, c’est que le Parti socialiste soit rassemblé, et sur une ligne de gauche». L’ancien Premier ministre socialiste dirige l’un des principaux courants du PS et fait partie des «présidentiables».

L’alliance a été plus difficile à réaliser avec le courant Nouveau Parti socialiste dirigé par Arnaud Montebourg, Vincent Peillon et Henri Emmanuelli. Arnaud Montebourg défend l’idée d’une sixième République, dans laquelle les pouvoirs du Premier ministre seraient renforcés au détriment de ceux du chef de l’Etat. Le texte adopté la nuit dernière prône seulement le passage à une «République nouvelle». Arnaud Montebourg n’a pas participé au vote de synthèse et a déclaré : «Par loyauté à l’égard de notre parti, nous avons le choix de laisser la synthèse se faire… Nous nous interrogeons sur la crédibilité, la puissance, la dynamique, contenues dans ce qui a été conçu ce soir».

Les amendements du NPS

«Tout le monde sait qu’Arnaud Montebourg accorde beaucoup d’importance à la sixième République, mais il y a eu des progrès importants, suffisants, pour qu’on estime collectivement qu’il fallait dire oui», a expliqué de son côté Vincent Peillon pour qui le rassemblement «n’est pas du tout de façade». Pour le député européen, le courant NPS a tout de même obtenu gain de cause sur 35 des 40 amendements qu’il avait déposé pour «enrichir» le programme de François Hollande, programme qui a recueilli la majorité chez les militants socialistes au cours d’un référendum interne, la semaine dernière.

François Hollande a indiqué que la motion de synthèse fait notamment référence à un niveau de salaire minimum garanti à 1 500 euros au cours de la prochaine législature, si le PS remporte l’élection présidentielle. C’était une demande de Laurent Fabius. Pour sa part le porte-parole du NPS, Benoît Hamon, indique que son courant a obtenu que soit pris en considération «un tarif extérieur commun» dans la politique commerciale de l’Union européenne. Il s’agit d’instaurer une protection douanière concernant les intérêts de l’UE.

Dominique Strauss-Kahn, député du Val-d’Oise, et l’un des candidats possibles à la candidature, s’est réjoui de la synthèse intervenue dans la nuit entre les principales motions d’orientation au PS, «ce qui a permis de dégager une majorité nette avec tous les socialistes derrière. Je voulais que la majorité soit nette et elle l’est». Pour Dominique Strauss-Kahn, les minoritaires «ont préféré être beaux joueurs, reconnaître la victoire de la motion que je représentais avec François Hollande. C’est le scénario idéal».

Dimanche matin, François Rebsamen, numéro trois du Parti socialiste, a annoncé officiellement à l’ensemble du congrès qu’une synthèse a été obtenue dans la nuit «au bout de six heures de discussions» entre les courants du PS. François Rebsamen a précisé que le vote a été acquis à l’unanimité des 102 membres de la Commission des résolutions, chargée de trouver un accord, moins cinq abstentions. La composition de cette commission reflétait le résultat du vote des militants de la semaine dernière. La synthèse obtenue dans la nuit de samedi à dimanche a ensuite été ratifiée par une large majorité des 614 délégués présents à ce congrès.

Colette Thomas
Article publié le 20/11/2005
Dernière mise à jour le 20/11/2005 à 13:03 (heure de Paris)

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Les mesures clés de la synthèse socialiste

Politique

Congrès du Mans: les mesures clés du texte de "synthèse"

Voici les mesures clés du texte de "synthèse" adopté à l'issue du congrès du PS dimanche. Il servira de base au projet du parti pour les élections de 2007, qui sera entériné lors d'une convention en mars 2006:

 

SOCIAL
- Emploi: le texte propose d'asseoir en partie les cotisations sociales patronales sur la valeur ajoutée produite par l'entreprise, et plus seulement sur les salaires. But: encourager les patrons à embaucher. Un malus serait imposé aux entreprises qui ont trop souvent recours aux contrats précaires. Les 35 heures seraient généralisées.
- Salaires: une conférence nationale annuelle sur les salaires serait convoquée. Le texte reprend la proposition de Laurent Fabius de porter le Smic à 1.500 euros d'ici 2012. Les pouvoirs publics pourraient se substituer aux partenaires sociaux pour imposer des hausses de salaires en cas d'échec des négociations.
- Licenciements: un "contrat de reclassement" d'un an serait mis en place pour garantir salaire et droits sociaux. Les pouvoirs publics pourraient s'opposer aux licenciements boursiers, mesure proposée par le "NPS".
- Abrogations: les lois sur les retraites, l'assurance-maladie, et le "contrat nouvelles embauches" seraient abrogées.
- Services publics: EDF redeviendrait "100% publique".

FISCALITE
- Impôts: le texte propose de fusionner l'impôt sur le revenu et la contribution sociale généralisée pour rendre l'impôt plus progressif. François Hollande veut même supprimer la CSG (contribution sociale généralisée) sur les salaires inférieurs à 1,3 Smic, ce qui reviendrait selon lui à accorder un 13e mois et rendrait inutile la prime pour l'emploi. La réforme fiscale prévue pour 2007 et les mesures sur l'ISF seraient supprimées. Les revenus seraient pris en compte dans le calcul des impôts locaux.

LOGEMENT
- Logement social: des "pénalités plus lourdes" seraient imposées aux communes qui ne construisent pas 20% de logements sociaux (150 euros actuellement par logement manquant et par an). Des subventions supplémentaires seraient en revanche accordées aux communes vertueuses.

INSTITUTIONS
- Le texte évoque une "nouvelle République", mais ne reprend pas l'idée d'une VIe République primo-ministérielle voulue par le "NPS".

EUROPE
- Le texte propose un "plan de relance", qui prévoit notamment la recherche d'un tarif extérieur commun européen pour protéger l'industrie française des délocalisations, une "réforme du Pacte de stabilité" et la prise en compte par la Banque centrale européenne des objectifs de croissance et d'emploi.
- Il demande le retrait des projets de directives Bolkestein ou sur le temps de travail. Il préconise l'adoption d'une "directive cadre" sur les services publics et l'élaboration d'un traité social.
- Il réclame la rédaction d'un "nouveau texte constitutionnel plus court et centré sur les institutions".
- Il veut que le budget de l'Union soit "doublé" à hauteur du 2% du PIB, mesure qui serait financée par un impôt européen (par exemple, une taxe additionnelle à l'impôt sur les sociétés). AP


Publié dans Congrès du Mans 2005

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