La République bafouée une fois de plus

Publié le par SDJ 30

N'est-ce pas invraisemblable ? Un Ministre d'État, de la République dont les fondements sont « liberté, égalité, fraternité », soutenant ouvertement des propos populistes ? Sans que cela ne choque le moins du monde…

En effet, Monsieur Sarkozy a jugé dimanche 04 décembre que l'intellectuel français Alain Finkielkraut, dont les propos très réactionnaires avaient suscité une vive polémique après une interview à un quotidien israélien sur les émeutes en banlieue, faisait "honneur à l'intelligence française".

Rappelons que M. Finkielkraut estime qu'il est interdit, en France, de dire certaines choses, sous peine de prison par exemple, ou qu'il y a beaucoup de noirs en équipe de France de football, et que cela faisait rire en Europe (sic). Ensuite que les auteurs des violences urbaines de novembre dernier sont des noirs et des arabes et qu'ils haïssaient assez la France pour se livrer à un « pogrom antirépublicain ». Et donc qu'une minorité ethnique manifestement impossible à intégrer s'est déchaînée contre les symboles de la République par l'effet d'une haine de l'Occident mondialement répandue. Comme l’a heureusement rappelé le nouvel Observateur : notre philosophe oublie t-il le chômage français ? La discrimination ? Les ghettos urbains ? Selon Finkielkraut, ce ne sont là que des excuses avancées par les « bien-pensants, des élucubrations de sociologues masos, des angélismes diffusés par la presse de gauche... » Voilà ce qu'il était soi-disant interdit de dire. Mais qui est dit, et même, désormais soutenu par M. Sarkozy.

Les commentaires de soutien de M. Sarkozy sont ainsi directement à rapprocher de ceux tenus dans les années 1920 en France, en Italie ou en Grande Bretagne, par certains politiques à propos des noirs, des juifs, des protestants, ou d’autres minorités ou classes populaires : "M. Finkielkraut est un intellectuel qui fait honneur à l'intelligence française et s'il y a tant de personnes qui le critiquent, c'est peut-être parce qu'il dit des choses justes (sic). Lui ne se croit pas obligé de défendre cette pensée unique qui n'a eu comme seul résultat de porter le Front national à 24 %. Voilà le seul résultat de tous ces bien-pensants qui vivent dans un salon entre le café de Flore et le boulevard Saint-Germain (re-sic), et qui s'étonnent que la France leur ressemble si peu".

Quelle mauvaise foi. Il me semble que ceux qui s'opposent aux politiques de M. Sarkozy ne sont pas essentiellement ceux vivant "dans un salon entre le café de Flore et le boulevard Saint-Germain" ; en revanche, ses plus grands soutiens s'y trouvent.

Et lui ? Connaît-il vraiment les quartiers sensibles ? Lui qui a vécu toute sa vie entre deux grands salons de Neuilly ?

Il me semble également que ce ne sont pas ceux refusant les thèses de Finkielkraut qui ont porté le Front national à 24 %. En revanche, et c’est cela qu’il faut bien souligné, c'est bien M. Sarkozy qui, aujourd'hui, fait gagner Le Pen.

Certains, en mai 2002, ont dû voter M. Chirac pour « préserver » la République et s’opposer très clairement à M. Le Pen. Etrangement, c'est ce dernier qui a pourtant gagné.

En effet, c’est bien la droite du courant majoritaire de M. Sarkozy, pragmatique, qui abrutit les masses, promeut le tout sécuritaire liberticide, et décide de ce qu'elle croit « avec le nez dans les sondages ».

Ne faudrait-il pas rappeler à M. Sarkozy que : « Toutes les ambitions sont légitimes, excepté celles qui s’élèvent sur les misères ou les crédulités de l’humanité » (Joseph Conrad) ?

 

Nicolas Cadène
SDJ 30

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