La gauche exige l'abrogation de l'article sur la colonisation

Publié le par SDJ 30



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Rassemblée autour d'une "même révolte", l'ensemble de la gauche a demandé à Jacques Chirac d'abroger l'article 4 de la loi du 23 février 2005 qui reconnaît "le rôle positif" de la présence française outre-mer.

Dominique Strauss-Kahn, qui s'exprimait au nom des dirigeants de gauche réunis pour une conférence de presse à La Mutualité, a demandé au chef de l'Etat d'annoncer cette abrogation au plus tard lors de ses voeux du 31 décembre.
"Nous demandons l'abrogation d'un texte qui n'aurait jamais dû être voté", a dit le premier secrétaire du PS, François Hollande, saluant le "rassemblement exceptionnel" de la gauche autour d'un "même objectif" et d'une "même révolte".
"Quand il s'agit de s'opposer, je souhaite que le rassemblement soit le plus large possible", a-t-il dit. "Quand il s'agit de proposer, nous retrouvons nos libertés respectives".
"Nos positions sont historiquement les mêmes, avec des nuances, mais suffisamment proches pour être capables de s'indigner ensemble", a dit Dominique Strauss-Kahn.
François Hollande a reproché à Jacques Chirac d'avoir voulu "gagner du temps" en annonçant la création d'une mission parlementaire sur les rapports entre le Parlement et l'Histoire "plutôt que de revenir sur la disposition ignoble qui a été votée". "Du temps, il n'y en a plus", a-t-il insisté.
"Il faut abroger l'article 4 de la loi de février. Point à la ligne. Aucun marchandage n'est concevable", a estimé Christiane Taubira, député de Guyane et ancienne candidate à la présidentielle du Parti radical de gauche (PRG) en 2002.
Une pétition réclamant l'abrogation a été lancée lundi sur internet (www.abrogation.net). Elle a recueilli 18.000 signatures, ont affirmé les premiers signataires.
Outre Dominique Strauss-Kahn, qui est à l'origine de cette pétition, François Hollande et Christiane Taubira, Yann Wehrling et Dominique Voynet représentaient les Verts, Patrick Braouezec et Nicole Borvo le PCF, et Jean-Bernard Bros le PRG.
La porte-parole de Lutte ouvrière, Arlette Laguiller, et la figure historique de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), Alain Krivine, étaient également présents.
"PROVOCATION CONTRE LES PEUPLES COLONISÉS"
La colonisation a donné lieu à "d'épouvantables violences et injustices", a déclaré Dominique Voynet, évoquant la disparition des cultures, des langues, le pillage des ressources naturelles, l'exacerbation des tensions entre certains peuples.
Arlette Laguiller a demandé l'abrogation de l'ensemble de la loi sur les rapatriés, qui ne dit "pas un mot sur la souffrance des peuples colonisés". Une idée que n'ont pas reprise les autres dirigeants, rassemblés pour l'heure "sur un point, un seul, l'abrogation de l'article 4", a précisé François Hollande.
Plusieurs intervenants ont rendu hommage aux Antillais qui ont manifesté leur colère contre le ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, contraint d'annuler un séjour en Martinique et en Guadeloupe prévu la semaine dernière.
"Ce sont eux qui ont abrogé Sarkozy en l'empêchant d'atterrir", a dit Alain Krivine, qui considère l'article 4 comme une "véritable provocation contre les peuples colonisés, les démocrates et tous les progressistes". Il y voit aussi le signe d'un "lepénisation des esprits extrêmement inquiétante".
"Nous sommes déterminés à lutter contre cette lepénisation pour ne pas revivre le 21 avril 2002" qui vit le chef du Front national, Jean-Marie Le Pen, accéder au second tour de l'élection présidentielle, a dit Yann Wehrling.
Le député communiste Patrick Braouezec a soulevé la question du fonctionnement du Parlement posée par cette loi, adoptée une après-midi de février dans un hémicycle presque vide.
Face à ceux qui auraient pu voir dans la réunion de La Mutualité l'annonce d'alliances à 17 mois de l'élection présidentielle, François Hollande est resté prudent.
"Lorsqu'il s'agira d'élaborer un projet pour 2007, nous serons peut-être un peu moins nombreux, mais chaque chose en son temps", a-t-il dit.
Yann Wehrling y a vu "un début prometteur et l'espoir d'une alternative qui ne soit pas seulement entre Le Pen et Sarkozy".

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