La réaction du PS aux propos lamentables de Nicolas Sarkozy n'est pas la bonne

Publié le par SDJ 30

Par Nicolas Cadène :

Il est temps que le Parti socialiste réagisse avec harmonie et intelligence.

Les voeux de Nicolas Sarkozy ont été l'occasion de constater une fois de plus à quel point le Parti socialiste peut être défaillant dans ses réactions et propositions.

C'est pourquoi il me semble bon de montrer du doigt ce que certains comme moi considèrent comme des erreurs de la direction socialiste.
Je ne veux porter là aucun jugement quant à un quelconque courant du Parti, la direction étant "plurielle" (mais nous constaterons qu'aucun membre de Socialisme & Démocratie - et c'est heureux - n'a réagit de manière incohérente).


Tout d'abord, revenons sur les propos du Ministre d'Etat du jeudi 12 janvier 2006 lors de ses voeux :


Très vite, ce dernier nous parle de "succès réels" qu'auraient connus la France en 2005, sans en évoquer un seul. En effet, il y en a t-il au moins un ?

Il revient plus logiquement sur les échecs de cette année : référendum, crise des banlieues ; mais en en imputant la faute à la et aux politique(s) en général sans jamais se remettre en question lui-même, pourtant aux responsabilités depuis bientôt quatre ans et "numéro 2" du gouvernement actuel.

Il rappelle donc les chiffres sur la délinquance, "ses" chiffres devrait-on dire, puisqu'ils sont, comme chacun le sait, erronés et manipulés : il évitera consciemment de rappeler sérieusement (il le fera succinctement et subtilement) l'augmentation de 5 % des violences envers les personnes en 2005, puisque ce chiffre en fait le plus mauvais Ministre de l'Intérieur de la Vème République.
Bien qu'il prévoie pour 2006 de nouveaux chiffres excellents de manière très assurée, cela camoufle mal sa faiblesse.

Alors pendant de longues minutes, il entretien dangereusement l'idée de désordre, en décrivant un soi-disant climat quotidien de violence et de peur.

Il use de formules populistes et soutient souvent une justice inquisitoire où la présomption d'innocence et la réinsertion n'ont pas leur place.

Dans ses propositions apparaît son autoritarisme latent : toujours plus de policiers jusque dans les lieux les plus sensibles (les écoles), de CRS, de GIR, mais sans aucune cohérence, ni prévention en amont.

Aucun budget n'est alloué à cette dernière pourtant essentielle, alors que des sommes démentes sont dépensées dans l'armement, l'équipement et le recrutement de fonctionnaires de police ou de gendarmerie.

Etrangement, Nicolas Sarkozy oublie que si ce travail de prévention était réalisé, alors ces dépenses sécuritaires n'auraient sans doute pas lieu d'être : mais électoralement, M. Sarkozy sait qu'il est plus efficace d'agir à court terme via des actions visibles et "tape à l'oeil".


Le Ministre de l'Intérieur révèle son populisme à de nombreuses reprises, et notamment lorsqu'il propose une "réserve opérationnelle de la police" : qui donc se portera volontaire dans les quartiers sensibles ? N'y a t-il pas objectivement un risque de voir se créer quelques "milices" d'individus partiaux et peut-être mal intentionnés sans formation sérieuse ni juridique, ni civique, ni policière ?


Par la suite, Le numéro 2 du gouvernement décline sa politique de prévention, qui n'en est pas une : la surveillance (portant souvent aux libertés les plus élémentaires) et la délation.

Le contrôle des prestations est quant à lui tout à fait justifié, mais en quoi est-ce une véritable politique de prévention ?


Il en arrive à un de ses sujets de prédilections : l'immigration. Là encore, les thèses frontistes sont appréciées du leader de la droite se disant républicaine. M. Sarkozy se réjouit de reconduire prochainement 25 000 personnes à la frontière... et se targue de faire preuve d'humanité parce qu'il accepte que leurs enfants scolarisés terminent leur année scolaire...


Il propose l'immigration choisie, comme si les immigrés venaient en France par choix et non parce qu'ils subissaient la misère ou la guerre chez eux. Il souhaite la venue de chercheurs et de professeurs alors même que son gouvernement ne cesse de baisser les fonds destinés à la recherche, au développement et à l'innovation. Il prône le développement des pays pauvres et émergents alors même que les mesures prises par ce même gouvernement restent dérisoires et que le budget européen (destiné à aidé les nouveaux entrants) est revu à la baisse notamment par sa demande et accentue ainsi le risque de délocalisations.


Puis, il en vient ainsi au scandaleux vote de la loi sur la colonisation et sur les bienfaits de la présence française dans les colonies d'outre-mer qu'il soutient pourtant ouvertement.


En tant que premier partisan du néo-libéralisme et du modèle américain, Nicolas Sarkozy propose l'autonomie des universités et donc leur mise en concurrence et la naissance d'universités de moins bonne qualité dans les régions les moins aisées.
Il propose également l'augmentation du temps de travail des fonctionnaires le souhaitant pour une meilleure rétribution. Pourtant l'expérience vécue par le secteur privé et la fin des 35 heures a prouvé que cette augmentation du temps de travail n'avait aucune réelle contrepartie financière. C'est en fait un incroyable retour en arrière accentué par l'exonération de charges sociales sur les heures supplémentaires pour les entreprises privées. Comme à son habitude, le gouvernement fait peser toujours plus sur l'employé, toujours moins sur l'employeur, alors que la dette de l'Etat revient à 17 000 euros par contribuable.
Il n'oublie pas de souligner les grèves selon lui trop répétées sur les lignes RER et d'opposer différentes populations entre elles, pour porter une fois de plus atteinte à la cohésion sociale toujours plus fragile.


Logiquement très en froid avec l'idée de "fonction publique" et de "service public", le président de l'UMP souhaite le non renouvellement de la moitié des fonctionnaires partant à la retraite. Le problème pourtant n'est pas qu'il y a beaucoup trop de fonctionnaires, mais plutôt qu'ils sont extrêmement mal répartis.


Concernant l'heureux vote des députés sur la loi DADVSI en décembre, le numéro 2 du gouvernement affirme qu'il "n'est pas viable". Comme beaucoup de néo-libéraux, Nicolas Sarkozy sape un peu plus dans son discours l'idée pourtant proclamée comme fondamental du droit de propriété en le virtualisant de plus en plus et en le dépouillant de ses caractères (le crédit sur 50 ans pour bientôt dans l'immobilier en est un bon exemple, de même que le prêt à la consommation sans condition).
Notre Ministre d'Etat évite de préciser que le projet de loi DADVSI initial proposé par le gouvernement va beaucoup plus loin de ce que demandait la directive européenne et a, sans les amendements votés par les députés, un caractère profondément totalitaire : car le projet revient aussi (étrangement les journalistes n'en disent mot) à légaliser, sans laisser d'alternative, les pratiques des majors qui n'hésitent pas à espionner les usagers, à pirater leurs machines et à en compromettre la sécurité (les exemples sont nombreux, dernièrement avec Sony-BMG). "Ce que ce projet entérinerait à terme, c'est le contrôle des plates-formes et des infrastructures informationnelles par le cartel des majors de l'audiovisuel et de l'édition logicielle, au détriment de la liberté de communication, de la concurrence, de l'innovation technique, de la sécurité des infrastructures, de l'accès à la culture, de la culture elle-même, et finalement au détriment de la création artistique ravalée au rang d'une industrie culturelle. Les artistes et créateurs ont peu à y gagner. Ils ont a perdre, comme nous tous, leur liberté et leur âme" (cf. communiqué de l'AFUL, de l'ADULLACT, du CETRIL, de SCIDERALLE, et de Mozilla Europe).


Se voulant à la pointe de la communication, Nicolas Sarkozy est ravi de fixer comme prochain objectif, 300 000 adhérents UMP. Peut-être qu'il réitérera ses méthodes musclées, peu respectueuses et populistes de 2005 : fenêtre pop-up, e-mailing et mailing intensif, publicités omniprésentes et notamment sur les sites Internet de gauche et dans les moteurs de recherche lorsque vous tapez "racaille", "banlieue", ou "violences urbaines".


Se croyant l'envergure napoléonienne (l’on constate donc qu’il connaît bien mal son histoire) et n'ayant que peu de respect pour la séparation des pouvoirs et leur juste équilibre (comme il le démontre lorsqu'il s'en prend violemment à la justice sans aucune raison valable), le Ministre de l'Intérieur, qui déjà accumule les pouvoirs et les fonctions tel un monarque (président de l'UMP, président des Hauts-de-Seine, Ministre d'Etat de l'Intérieur, Avocat associé), veut accentuer les prérogatives présidentielles.


Toujours soucieux de rassurer (sic), il précise toutefois que le nombre de mandat devrait être limité à 2, ce qui semble de toute façon assez évident pour tout le monde, et qu'il devra davantage engager sa responsabilité (mais dans les faits, dans un régime strictement présidentiel où le Parlement pourrait désormais faire des "résolutions à caractère seulement politique" comme il le souhaite, en quoi cela réajustera la balance entre exécutif et législatif ?)

Ainsi, alors même que la pratique actuel tend à nous montrer qu'il faut revenir à plus de pouvoirs législatifs, il propose un surplus de pouvoir exécutif dans les mains d'un seul homme, lui.


Il en vient ensuite au thème de l'Union européenne et propose un texte plus resserré et consensuel que celui du traité constitutionnel. Il peut paraître étrange de l'entendre ainsi se prononcer, lui qui soucieux de ne pas perdre d'électeurs n'avait pas pris part comme il se devait en tant que président du parti majoritaire, à la campagne référendaire de 2005.
Ce thème est aussi pour lui le moyen de rappeler ses thèses populistes très attractives en temps de crise économique et sociale : la peur de l'étranger et le refus de s'élargir à des pays moins fortunés que le notre (la Suisse ou la Norvège ne poserait aucun soucis à M. Sarkozy) et qu'il "balaye" en déclarant sans s'expliquer, qu'ils "n'ont pas vocation à [être membre de l'UE]".

Pour terminer, le ministre nous parle de la France et de sa grandeur, de son avenir et des changements profonds qu'elle doit aborder. Il nous parle comme s'il était déjà Président de la République.


Mais il ne l'est pas, et son discours prend plus l'allure d'un discours ridiculement démagogique et sans aucun fond.
Un discours qui se veut rassembleur et qui met en avant à la fois des idéaux qui ne sont pas les siens et des idéaux qui ne sont pas les nôtres.

Les Français ne sont pas naïfs, et les Français ne sont pas nationalistes.


Voilà donc les propos de celui qui prône l'alternative. Mais quelle alternative peut bien provenir de celui qui est déjà aux responsabilités depuis plusieurs années ?


À ces propos outrageants, démagogiques, populistes, parfois aux accents nationalistes, le Parti socialiste répond à l'envers.
Au lieu de s'opposer clairement, il concède "certaines idées intéressantes" (cf. André Vallini), et ne critique qu'une certaine "fébrilité" (Julien Dray).

Au lieu d'expliquer que les méthodes de répression n'ont aucune efficacité dans la lutte contre les violences, le Parti souligne l'importance de ses violences et en viendrait presque à supposer plus de moyens policiers.

Et ce alors qu'au delà de l'utilité évidente de la restauration de la police de proximité, ce sont la prévention, l'éducation, l'accès à la culture, les politiques de la ville, l'associatif qui doivent être prioritaires.

Ce n'est pas sur le thème de l'insécurité que nous gagnerons, du moins pas en l'abordant de cette façon.
Manuel Valls a tort de s'affirmer en accord avec certaines idées de M. Sarkozy. Croyant éviter l'échec de 2002, certains responsables socialistes s'alignent sur le programme de la droite.

Mais si le thème de l'insécurité doit être abordé, c'est d'abord celui de l'insécurité sociale. Car c'est elle qui est à l'origine de toutes les autres. Il faut encore parler du chômage, des licenciements abusifs, de la désindustrialisation, etc. Surtout il faut trouver des réponses crédibles à ces problèmes.


Mais le Parti socialiste français, trop sûr de lui, a tendance à prendre modèle sur le parti démocrate américain de 2004 quant à la manière de mener sa campagne. Un parti qui s'était effacé face au parti républicain à la suite des attentats de 2001, jusqu'à soutenir le "Patriot Act", comme certains socialistes (dans une bien moindre mesure évidemment) ont soutenu la loi sur le terrorisme de Nicolas Sarkozy.


Au delà, on constate également au PS des réactions différentes selon les responsables interrogés. Ces désaccords constants ne sont plus acceptables.

Les militants (nous) et sympathisants socialistes ne supportent plus de voir la première force d'opposition s'embourbait dans des querelles intestines qui devaient être résorbées au Congrès du Mans. Il est temps que le Parti fasse son travail convenablement, ne serait-ce que par respect du mandat que lui donne des millions de citoyens.


Avec de telles réactions, le PS sera désormais responsable si l'on bascule dans un régime plus autoritaire avec à sa tête un carriériste dont l'intérêt personnel supplante largement l'intérêt général.

Le Parti Socialiste doit agir et réagir, maintenant.

 

Nicolas Cadène.

SDJ 30

(cf. aussi sur "débat socialiste")

Publié dans Actualité

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Julien 13/01/2006 16:05

BRAVO !!!!