Barroso défend l'action de la Commission à l'Assamblée nationale

Publié le par SDJ 30


AP | 24.01.06 | 17:27
PARIS (AP) -- José Manuel Barroso a défendu passionnément mardi devant les députés français, lors d'une séance souvent houleuse, les positions de la Commission européenne sur la directive Bolkestein ou la Constitution européenne, en dénonçant l'existence en France d'une "caricature" de son action.
S'exprimant en français, le président de la Commission a répondu pied à pied, debout à la tribune de l'Assemblée nationale, aux députés français, dont beaucoup l'ont rendu responsable du rejet par les Français de la Constitution européenne le 29 mai dernier.
"Comment oublier votre obstination à maintenir en l'état des projets comme la directive Bolkestein?", a ainsi accusé le chef de file des députés socialistes, Jean-Marc Ayrault. Bruxelles "porte sa part de responsabilité dans ce que nous avons vécu, dans ce que nous connaissons", a approuvé François Sauvadet, pour l'UDF.
Unique porte-parole du "non" au référendum du 29 mai lors de ce débat, le président du groupe communiste Alain Bocquet, qui venait de boycotter un déjeuner avec José Manuel Barroso et le Premier ministre Dominique de Villepin, a demandé "le retrait pur et simple" de la directive sur les services.
Laurent Fabius, chef de file des socialistes opposés à la Constitution lors de la campagne référendaire, avait, lui, préféré opter mardi pour un déplacement au Proche-Orient. Privés de temps de parole, les trois députés Verts Noël Mamère, Martine Billard et Yves Cochet avaient quant à eux adressé une "lettre ouverte" à M. Barroso pour pointer "les graves conséquences du projet initial de directive" Bolkestein.
Jose Manuel Barroso a crânement affronté les accusations des députés, dénonçant ceux qui "caricaturent" son action ou "la tentation du 'Malade imaginaire"' à laquelle céderait la France. Il a mis en garde les députés de l'opposition tentés de "transférer sur le plan européen la fonction d'opposition" et demandé aux élus pro-européens "de faire un effort pour mettre au-dessus des divergences politiques idéologiques le compromis pour l'Europe".
Evoquant la directive Bolkestein, M. Barroso a défendu la nécessité de "la liberté de circulation des services à l'intérieur de l'Europe".
"Si vous voulez maintenir le modèle européen, il faut avoir le courage de moderniser nos politiques et de réformer nos économies!", a-t-il lancé. "Ce n'est pas avec des discours contre les entreprises que vous allez créer plus d'emplois!". D'ailleurs, a-t-il noté, "la France a 700 sociétés en Pologne", et "tout à gagner avec la libéralisation des services".
"Il faut que les hommes politiques puissent avoir le courage de le dire: c'est impossible pour l'Europe, si elle veut gagner la bataille de la compétitivité, de ne pas adapter ses structures", a insisté le président de la Commission, dénonçant "le discours de l'isolement et du refus de la réalité".
Pour autant, s'agissant de la directive sur les services, "nous voulons trouver une solution équilibrée qui ne mette pas en cause nos acquis sociaux", a-t-il assuré. Et ce texte ne "met en aucun cas en cause les différents régimes de services d'intérêt général (services publics, NDLR) dans nos différents pays".
Interrogé sur l'avenir du traité constitutionnel, Jose Manuel Barroso a appelé les Européens à se donner du temps. "Regardons la réalité en face. Aujourd'hui il n'y a pas d'accord au niveau du Conseil européen concernant le chemin à suivre".
Dès lors, tout en réaffirmant son attachement à la Constitution, il s'est montré sceptique sur les résultats du sommet européen de juin prochain: "Je crois qu'on n'est pas encore prêt (...) par exemple pour fixer une nouvelle conférence intergouvernementale".
Entre-temps, "il nous faut gagner le soutien des citoyens", a-t-il surtout plaidé. Car "c'est en montrant l'Europe des résultats que nous allons créer de meilleures conditions pour résoudre le problème institutionnel", a-t-il estimé, en défendant notamment la nécessité de définir une stratégie commune européenne dans le domaine de l'énergie.
En tout état de cause, "le fait que nous n'ayons pas eu le traité constitutionnel ne peut pas être une excuse pour la paralysie: on doit avancer avec des projets!", a-t-il martelé. Et de se dire "convaincu que le soutien de l'opinion" française au traité constitutionnel européen "viendra en son temps, lorsque les conditions seront réunies, une fois la confiance restaurée". C'est bien "pourquoi je suis ici pour débattre avec vous", a-t-il lancé aux députés. AP

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