Le CPE ou l’abandon de la sécurité du travail

Publié le par SDJ 30

Par Nicolas Cadène

La mesure de M. Dominique Galouzeau de Villepin signe clairement l’abandon par le Gouvernement UMP de la sécurité du travail, c’est à dire de l’assurance en l’avenir.

Certes, la situation d’un chômeur est particulièrement précaire. Mais celle d’un employé pouvant se faire licencier du jour au lendemain sans aucun motif, ne l’est guère moins. Surtout, le Contrat Première Embauche (CPE) présenté mi-janvier 2006 par le Premier ministre dans son plan pour l’emploi des jeunes, risque d’avoir pour seul effet (mais pas des moindres) la précarisation généralisée des jeunes sans même baisser substantiellement le chômage.

Ce contrat, en se définissant comme « un moyen de donner plus de flexibilité pour inciter les entreprises à embaucher », semble être en réalité un cadeau aux entreprises réalisé sur le dos des salariés : licencier sans motif pendant une durée de deux années. Du jamais vu.

Car les contres parties (indemnité due pour chaque licenciement, préavis qui augmente avec l'ancienneté, droits nouveaux à l'assurance chômage et à la formation) sont incroyablement faibles et de toute façon obligatoires (pour le moment).

En créant le CNE puis le CPE, l’exécutif croit donc que c'est en supprimant les règles les plus élémentaires du droit du travail que notre pays renouera avec les emplois. Ainsi, l'un des schémas actuellement étudiés par Matignon est, semble-t-il, celui de la généralisation de la période d'essai de deux ans introduite par le CNE et le CPE à tous les CDI.

Précisons d’ailleurs que cette idée d'un contrat de travail unique à terme, remplaçant le CDI, le CDD et les nouveaux contrats créés, figure dans le projet de Nicolas Sarkozy pour 2007. Les deux outsiders de la droite ont finalement, mis à parts leurs tailles et coupes de cheveux, beaucoup de points communs.

Dans un premier temps, l’on constate aisément que les jeunes sont utilisés comme cobayes de cette politique de flexibilité totale qui consiste d’abord en l’entrée dans la vie active sur la base d'un contrat journalier. Celui qui embauchera un jeune pourra le licencier tous les jours sans motif.

Concrètement, cela reviendra à faire tourner de la main-d’œuvre diplômée et pas trop regardante. L’influence anglo-saxonne est flagrante sur notre Premier ministre qui s’affirme pourtant gaulliste à travers de longs et beaux discours d’une triste hypocrisie.

Pourtant qui croit encore que les Etats anglo-saxons (Royaume-Uni et Etats-Unis d’Amérique) connaissent un taux de chômage réellement faible et un niveau de vie moyen supérieur ? Seule notre majorité gouvernementale passe sous silence, la croissance ridicule du Royaume-Uni (1,8 %) due à une baisse massive des dépenses publiques ; le surendettement et la très grande fragilité et dépendance de ces puissances.

Qui croit encore que le chômage baisse grâce à la seule flexibilité ? L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) elle-même admet l’absence de « lien direct évident » entre protection de l’emploi et niveau de chômage : « Si l’on examine rétrospectivement la situation du Danemark, de l’Irlande et du Royaume-Uni, par exemple, trois pays où la protection de l’emploi est faible ou modérée, on voit que leur taux de chômage, aujourd’hui bas, était en fait élevé dans les années 1980 (...). A l’inverse, dans d’autres pays où l’emploi est relativement protégé, le chômage est resté longtemps à un faible niveau » (1).

Les explications de la « performance » britannique sont donc tout à fait autre : ce sont le rôle du temps partiel (24,1 % de l’emploi total au Royaume-Uni, contre 13,4 % en France) (2); la création de postes dans l’administration et les services publics (1 million) ; l’absence de contraintes monétaires (trop strictes) imposées par la Banque Centrale Européenne (BCE) ; enfin le quadruplement (statistique) du nombre de « handicapés » depuis vingt ans. Ce dernier résultat étant corrélatif au durcissement des conditions d’indemnisation des chômeurs (allocation uniforme de 80 euros par semaine limitée à six mois ; sanctions en cas de refus des propositions faites, même pour un salaire très inférieur à celui de l’emploi précédent). Le Royaume-Uni compte environ 2 700 000 handicapés, contre 570 000 en 1981, le recours au régime d’invalidité ayant servi à dégonfler les statistiques des demandeurs d’emploi. Notamment pour les plus âgés.

De plus, comme le souligne Serge Halimi dans Le Monde diplomatique d’octobre 2005, « si la croissance de l’emploi global au Royaume-Uni est restée en définitive comparable ou inférieure à celle de la France, dans le dernier cas la population en âge de travailler a cependant crû deux fois plus vite (12 %) qu’au Royaume-Uni (6 %) (3). En d’autres circonstances, on aurait célébré non pas la baisse du nombre de chômeurs britanniques, mais le dynamisme démographique de la France... »

Enfin, qui peut honnêtement comparer la mentalité du patronat français avec celle du patronat anglo-saxon ? En France, quel patronat saura profiter de ces contrats « faciles » et précaires pour au moins prendre des risques (le seul intérêt – bien faible malgré tout, face aux inconvénients - de tels contrats) ? Sans doute aucun, à l’inverse de son homologue anglo-saxon qui a au moins cette qualité (mais qui ne suffit évidemment pas).

La France n’est donc pas le Royaume-Uni ni les Etats-Unis d’Amérique. Les mentalités ne sont pas les mêmes, les aspirations professionnelles et sociales non plus. Les Français ne veulent pas d’une flexibilité sans contre partie et ne considèrent pas la précarité comme la clef de l’emploi.

Ils aspirent avant tout à la sécurité, bien entendu pas celle de M. Sarkozy, celle de l’emploi et de la vie sociale.
Egalement, les Français souhaitent renouer avec le dialogue et reconstruire la cohésion sociale. M. de Villepin ne l’entend pas ainsi et préfère, comme M. Sarkozy, l’affrontement et la division afin de mieux régner.

C’est pourquoi le Premier ministre a décidé de passer en force pour imposer le CPE et le démantèlement du Code du travail. Il n’y a donc eu aucune concertation avec les partenaires sociaux avant l'annonce le 16 janvier 2006 du CPE, qui devra être adopté en urgence par le Parlement. En accélérant le processus d’examen du texte, le gouvernement peut profiter de la conjonction d’un certain nombre de facteurs susceptibles d’handicaper une éventuelle mobilisation de grande ampleur des jeunes. Les vacances d’hiver qui s’étalent sur tout le mois de février et le début du mois de mars ont, en effet, toutes les chances de calmer les ardeurs manifestantes des lycéens. Quant aux étudiants, ils ont fort à faire à la même période avec la première vague des examens.

C’est donc à nous (lycéens, étudiants, jeunes salariés, ouvriers, employés, etc.) de nous mobiliser malgré tout et de prouver que la méthode choisie par l’exécutif, tant dans la forme que dans le fond, est finalement loin d’être la bonne…

Nicolas Cadène.

 

1. OCDE, Perspectives de l’emploi de l’OCDE (2005), Paris, 2005, p. 216.
2. Ibid., p. 284.
3. The Wall Street Journal Europe, 19 août 2005.

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ltarquinius 31/03/2006 19:29

Ne pensez-vous pas que vous feriez mieux de vous mettre un peu au travail (ou au moins, de laisser travailler les gens qui le souhaiteraient, si si il y en a!) plutôt que de multiplier les journées dites "d'action" , c'est à dire des journées non travaillées ?!? En tant que socialistes, soit disant démocrates, n'êtes-vous pas écoeuré de voir vos petits chef s'accoquinner avec toute l'extrême guauche dont vous n'êtes finallement qu'une partie? Pensez-vous un jour parvenir à concillier socialisme et réalisme? Ne serait-il pas temps de se démarquer sigificativement de tous ces syndicats qui n'ont que le "non à tout" et le désordre comme programme, tout comme vos amis de la PCF,LCR, LO, j'en passe et des "meilleurs"... Avez-vous un jour pris le temps d'écouter la dangerosité de leur discours ? Il me semble que la démocratie consiste à écouter la volonté du plus grand nombre et non de ceux qui hurlent le plus fort ! Peut-être un jour serez-vous capables d'accepter le résultat des élections?!? Un jour... Vous vous êtes ridiculisés le 21 Avril, au-delà de toutes espérances, et, à ce rythme là, vous allez remettre ça au prochain coup.                                                  Un peu de réalisme camarades !                                                         Continuez à nous faire rire et pleurer, pendant ce temps là le monde nous regarde et il avance, lui...
JV.

Tom 30/03/2006 22:54

Le droit a été dit…
 
Ce soir, le Conseil Constitutionnel a rendu sa décision, qui confirme la validité constitutionnelle de l’article 8 de la loi sur l’égalité des chances, instaurant le CPE.Juridiquement, il n’y a donc plus aucun obstacle à la promulgation de la loi par le Chef de l’Etat, et à l’entrée en vigueur du CPE.Les opposants au CPE ont marqué leur désaccord, parfois sans respecter le droit.Que l’on soit pour ou contre le CPE, la question n’est plus là. Il convient aujourd’hui d’accepter la promulgation de cette loi, pour respecter les institutions de la République et le droit qui est le nôtre.Ensuite, il est possible de discuter des modalités, comme le propose Dominique de Villepin, Premier Ministre, depuis une semaine.Contrairement à ce que disent les syndicats, il n’est pas buté et a fait la preuve d’entendre la rue, puisqu’il a proposé de revenir sur les deux points qui posent problème, à savoir la durée de la période de consolidation, et les modalités de licenciement.Les syndicats, en refusant cette main tendue, s’enferment dans une logique jusqu’au boutiste.Simplement, le droit a été dit, là où eux mêmes ne le respectent pas toujours, en prenant en otages les étudiants et lycéens dont les lieux d’enseignements sont fermés, et les usagers des transports lors des grèves, dont la plupart posent des RTT (quand ils en ont) pour éviter ces journées catastrophes.Aujourd’hui, nous en appelons à l’esprit de responsabilité des syndicats, en leur demandant de revenir à la table des négociations pour discuter des points qu’ils avaient eux mêmes soulevés, et auxquels le Premier Ministre a été sensible.Demander le retrait est juridiquement un non-sens : on ne revient pas sur une loi votée et validée par le Conseil Constitutionnel.Discuter est en revanche toujours possible, pour un peu qu’on en ait la volonté.Le Premier Ministre l’a et le dit depuis une semaine.Quid des syndicats ?A eux de prendre leurs responsabilités.Rappelons que chez les étudiants, cette attitude a coûté cher à l’UNEF… qui se croyait pourtant majoritaire.Les français sauront juger.

Julio MELO 05/02/2006 17:54

En tant que socialiste on se doit de critiquer le CPE mais aussi, on l'oublie souvent, proposer des alternatives et des solutions.Le CPE est scandaleux, n'ayons pas peur des mots: d'une part, il contourne et bafoue le code du travail et donc par la même il anéantit les droits des jeunes. En effet, avec le CPE le licenciement devient arbitraire, sans motivations. Du jour au lendemain, le jeune est renvoyé parce qu'il ne sert plus, tel un kleenex.Ceci est du pain béni pour le patronnat.D'autre part, le CPE pérpétue la précarité dans laquelle beaucoup de jeunes se trouvent déjà.De fait, il n'offre pas de véritable emploi, mais plutôt une instabilité véritable elle. En effet, les banques, les agences immobilières n'accordent ni crédit ni maison aux jeunes sous CPE.En résumé, le CPE c'est : impossible de trouver un emploi qui dure et impossible de s'installer, de faire des projets.Le CPE n'apporte rien de plus que le CDD, c'est juste une fausse bonne solution qui agit comme poudre aux yeux d'un gouvernement spécialiste en communication, pour donner l'impression d'action, de "bataille pour l'emploi". Le chômage des jeunes est un mal, qu'il faut attaquer dans ses causes et non juste dans ses conséquences, comme le fait la droite.Cela signifie qu'il faut porter ses efforts dans la formation et l'information des jeunes à l'école.En d'autres mots, faire connaitre les métiers qui recrutent, mieux que ne le font actuellement les conseillers d'orientation, souvent deconnectés par rapport à la réalité du marché du travail, et offrir plus de formations dans les métiers en manque cruel de main d'oeuvre: le btp, l'artisanat...Seules des formations en adéquation avec les besoins du marché du travail sont à même de diminuer le chômage des jeunes.Autrement dit, le CPE est complètement à côté de la plaque, au détriment de nous les jeunes.Nous nous devons d'agir pour voir nos droits respectés.

Wil 30/01/2006 22:44

Juste un grand merci à vous pour cet aticle qui remet quelques pendules à l’heure.

Marion 30/01/2006 22:43

Excellent article! Bravo, cela rend compte d’une réalité désastreuse et déprimante, qui incite à se regrouper et à se mobiliser contre l’adversité matérialisée par le gouvernement actuel!