Vif incident entre Villepin et Hollande : "Plus rien ne marche"

Publié le par SDJ 30

medium_2192143.jpgUn échange très vif entre le Premier ministre et le patron du PS a provoqué la colère des députés socialistes qui ont quitté leur banc. Ces derniers sont restés au pied de la tribune de Jean-Louis Debré qui a fini par interrompre la séance des questions d'actualité.

"Lâcheté", ce mot a enflammé l'Assemblée nationale cet après-midi. Peu avant 15h30, Jean-Louis Debré a décidé de suspendre la séance des questions d'actualité à la suite d'une joute verbale entre Dominique de Villepin et François Hollande.

Le Premier ministre a accusé le premier secrétaire du Parti socialiste de "lâcheté", provoquant les protestations du groupe socialiste. "Je dénonce la facilité et je dirais même en vous regardant, la lâcheté qu'il y a dans votre attitude", a lancé violemment Dominique de Villepin à François Hollande qui l'interpellait notamment sur la gestion d'EADS. "Je le redis: la lâcheté", a-t-il répété, visiblement en colère.

Les députés socialistes ont alors "explosé" et quitté les bancs du groupe pour parfois fondre (tel que Jean-Christophe Cambadélis) sur Dominique de Villepin, qui, protégé par un cordon d'huissiers, a poursuivi son intervention sous les protestations. "Démission !", "Démission", ont scandé les élus socialistes. Les députés, tels que ou Jean-Louis Bianco, sont restés au pied de la tribune de Jean-Louis Debré tandis que la séance se poursuivait dans le brouhaha.

La majorité des députés UMP sont restés stoïques, quelques-uns seulement se levant pour applaudir la réponse.

Au bout de quelques minutes, le président de l'Assemblée a fini par suspendre les débats.

A l'origine de l'incident : une question de François Hollande sur EADS : "Dès lors que (...) le Président de la République et vous-même avez joué un rôle de nomination du coprésident d'EADS (...), je vous demande Monsieur le Premier ministre si vous maintenez au nom du gouvernement votre confiance à M. Forgeard (...) Si c'était le cas, cela voudrait dire que nous serions dans l'irresponsabilité générale". Le Premier secrétaire du parti socialiste a donc demandé à Dominique de Villepin s'il renouvelait sa confiance au co-président  d'EADS Noël Forgeard, sur la sellette depuis l'annonce par Airbus de retards de livraison de l'A380 et la controverse sur ses ventes d'actions.

Dans sa question, le premier secrétaire du PS avait considéré que M. de Villepin avait "perdu la confiance" des Français comme de sa majorité. "Cette confiance, vous ne la trouverez pas davantage dans les procédures judiciaires que vous intentez contre des journalistes", a-t-il ajouté, en référence à  la plainte pour diffamation lancée lundi par M. de Villepin lundi contre trois auteurs d'ouvrages sur le scandale Clearstream. "Jamais un Premier ministre n'y avait eu recours sous la Ve République", a ajouté M. Hollande.

Il "a perdu son sang-froid"

medium_image_22195212_192_144.jpg Peu après l'incident, le premier secrétaire du PS a exigé de Dominique de Villepin qu'il lui fasse "des excuses". Il s'exprimait à la sortie d'une brève entrevue avec le président de l'Assemblée. Le numéro un socialiste a demandé également à Jacques Chirac qu'il "tire les conclusions" de l'incident à l'Assemblée nationale, reprochant à Dominique de Villepin d'avoir "perdu son sang-froid", en l'accusant de "lâcheté". Dominique de Villepin "a perdu son sang-froid, peut-être davantage, il a en tout cas perdu l'estime que l'on doit à un Premier ministre", a déclaré le patron du PS. Il a accusé le Premier ministre de "brutaliser le débat public". "C'est le signe qu'il a aujourd'hui perdu toute capacité pour gouverner le pays", a-t-il ajouté.


Réagissant à cet incident, François Bayrou a demandé "des élections anticipées", estimant que "plus rien ne marche" et que "les commandes de l'Etat ne répondent plus". "On est dans un moment de décomposition complète. Chacun se demande combien de temps ça va pouvoir durer encore comme ça. Je parle de cette ambiance incroyable dans laquelle on vit, et où plus personne ne se reconnaît", a déclaré le président de l'UDF. Selon lui, "à un climat comme ça, il faudrait une décision exceptionnelle, qui est celle d'organiser des élections anticipées, de mettre un terme à cette lente décadence dans laquelle on se trouve". 

medium_SGE.IQZ68.200606171246.photo00.quicklook.default-245x166.jpgAprès une réunion avec le président de l'Assemblée nationale, Jean-Louis Debré, François Hollande a demandé que la prochaine séance des questions au gouvernement, mercredi, débute par une « déclaration » du Premier ministre. « C'est lui qui doit ramener la sérénité dans l'hémicycle. La faute qu'il a commise, il doit la réparer », a-t-il dit. "Si demain il ne venait pas avec une autre attitude, un autre comportement et avec le souci de rétablir le calme et la sérénité par des excuses, nous ne pourrions pas continuer à siéger pour les questions d'actualité", a prévenu M. Hollande dans les couloirs de l'Assemblée nationale.
M. Hollande a également précisé avoir demandé au président de l'Assemblée nationale de "s'adresser au Premier ministre pour faire en sorte que la prochaine séance de questions d'actualité (mercredi, NDLR) soit ouverte par une déclaration du Premier ministre". "Comment continuer de siéger à l'Assemblée nationale en présence du Premier ministre s'il n'a que des insultes à la bouche".

 

Les réactions : 

Le chef de file des députés communistes, Alain Bocquet, a estimé, à propos du Premier ministre, qu’il "est temps qu'il parte, qu'il fasse autre chose, car quand on est contesté comme il est contesté par le peuple de France, et beaucoup de membres de cette assemblée, il est temps pour la République, pour la démocratie, pour le respect mutuel que le président de la République prenne ses responsabilités". "Je crois qu'il faut qu'on appelle les Français aux urnes pour changer la donne", a-t-il conclu.

Le député UMP Hervé de Charette a jugé mardi "absolument indispensable" un remaniement gouvernemental. "Tout cela était inutile, honteux", a déclaré M. de Charette après l'incident. "Le président de la République ne peut pas ne pas constater la situation de crise dans laquelle le Premier ministre l'enfonce", a affirmé le député sarkozyste.

Le président de l'UDF, François Bayrou, a demandé "des élections anticipées". "On est dans un moment de décomposition complète. Chacun se demande combien de temps ça va pouvoir durer encore comme ça. Je parle de cette ambiance incroyable dans laquelle on vit, et où plus personne ne se reconnaît. "A un climat comme ça, il faudrait une décision exceptionnelle, qui est celle d'organiser des élections anticipées, de mettre un terme à cette lente décadence dans laquelle on se trouve". "Il y a une affaire tous les jours, un scandale tous les jours, une crise tous les jours. On a l'impression que les commandes de l'Etat ne répondent plus. Dans une situation aussi grave, c'est des élections anticipées qu'il faudrait", a-t-il ajouté.

medium_SGE.IQZ68.200606171246.photo01.quicklook.default-245x156.jpg Pour François Hollande, "Jacques Chirac a fait un mauvais choix en nommant Dominique de Villepin, il doit en tirer toutes les conclusions, s'il le maintient c'est que lui-même procède avec l'insulte, avec l'accusation et je ne veux pas le croire", a-t-il affirmé. Pour lui, "on peut ne pas être d'accord sur le plan politique, on peut s'opposer mais on ne procède pas par l'insulte, par accusation". "Ce n'est pas simplement un écart de langage, il a signé un comportement politique qui n'est pas digne d'une grande démocratie comme la nôtre", a-t-il assuré. 

Henri Emmanuelli (PS): "ça fait 26 ans que je suis dans cet hémicycle et je n'ai jamais vu un Premier ministre insulter le leader de l'opposition. En réponse à une question qui était précise et qui n'avait rien d'injurieux, M. de Villepin a les nerfs qui ont craqué. Nous attendons du Premier ministre qu'il retire demain ce qu'il a dit".

Emile Blessig (UMP): "je regrette l'image déplorable qui a été donnée aujourd'hui par l'Assemblée nationale au pays. L'opposition est dans son rôle quand elle interpelle et elle peut interpeller avec force et vigueur, il appartient ensuite à la majorité et au gouvernement d'adapter sa réponse. Un Premier ministre ne peut pas traiter de lâche le responsable de l'opposition".

Jean-Christophe Lagarde (UDF): "J'ai vu le masque de haine terrible quand le Premier ministre parlait et on ne peut gouverner le pays avec autant de haine. Il est dans l'incapacité de respecter les gens avec qui il doit débattre parce qu'il n'a plus d'argument, et à court d'argument il recourt à l'insulte. Il est vraiment temps qu'on change de Premier ministre".

medium_060620174556.nh41iuor2_dominique-de-villepin-a-accuse-fran-ois-hollande-db.jpgChristine Boutin (UMP): "C'était une excellente question" et "la façon dont on lui a répondu était inacceptable". "Je suis désespérée pour mon pays. Vraiment notre pays est malade, la France est malade. C'est indigne, je suis scandalisée, je suis triste et j'ai envie de pleurer".

Dominique Paillé (UMP, sarkozyste): "Le Premier ministre n'est plus en état de faire une session extraordinaire pour prendre le contrôle des choses". "Le Premier ministre est sans doute sous pression". "Nous avons tous besoin de vacances et sans doute lui aussi..."

Maurice Leroy (UDF) - "Dominique de Villepin a volontairement employé le mot de lâcheté. On a besoin d'anticiper l'élection présidentielle, on ne tiendra jamais un an comme ça. Cet incident a été voulu, il y a eu une provocation. Il a cherché l'incident pour que tout le monde se lève et applaudisse le héros Dominique de Villepin".

Ségolène Royal, (PS) députée des Deux-Sèvres, a accusé le Premier ministre d'user de "violence verbale". "Il faut savoir raison garder, il faut qu'il reprenne son sang-froid", a-t-elle affirmé. "Ce n'est pas parce que la droite échoue sur tout qu'elle doit perdre la maîtrise d'elle-même", a encore déclaré la candidate socialiste pour qui "les Français sont exaspérés, cela ne sert à rien d'ajouter à leur exaspération une violence verbale qui n'est pas compatible avec l'exercice serein du pouvoir".

Cinq députés UMP, dont le chiraquien Jean-Michel Dubernard et le 2e vice-président du groupe UMP Marc Laffineur, ont proposé "un nouveau pacte majoritaire", face aux "accidents de gouvernance" et aux "tensions" entre le gouvernement et l'UMP.

"On ne traite pas de le chef de l'opposition de lâche", a estimé un élu UMP, dans les couloirs.

 

Nicolas Cadène.

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