Polémique après une opération policière aux Mureaux

Publié le par SDJ 30

Une opération policière d'envergure menée par une centaine de fonctionnaires mercredi aux Mureaux (Yvelines) s'est soldée par un demi-échec et a suscité une polémique sur des brutalités présumées. Les policiers s'étaient rendus dans la cité des Musiciens interpeller cinq suspects identifiés dans l'enquête sur des heurts dont sept de leurs collègues ont été victimes dimanche. Une personne a été arrêtée, a-t-on appris de source policière. Les quatre autres suspects étaient absents de leur domicile au moment de l'intervention. Des journalistes présents sur les lieux ont fait état de brutalités qui auraient été commises par les policiers lorsqu'ils ont pénétré, apparemment par erreur, dans les domiciles d'autres personnes. Selon un journaliste de télévision, qui a requis l'anonymat, plusieurs personnes se sont plaintes d'avoir vu les policiers investir brutalement, à l'aurore, leur logement, avant d'expliquer qu'ils s'étaient trompés d'endroit. Des habitants de la cité auraient été molestés. Une trentaine de reporters, cameramen, photographes étaient présents sur les lieux lors du déclenchement de l'opération, a dit ce journaliste à Reuters. Le ministère de l'Intérieur est accusé par la gauche de médiatiser par avance les opérations de police, afin d'illustrer sa fermeté supposée dans la lutte contre la délinquance. Le ministère dément et assure que la présence massive de journalistes sur les lieux le jour des opérations n'est pas de son fait... Difficile à croire. Le maire des Mureaux, François Garay (DVG) s'est insurgé de ne pas avoir été prévenu de l'intervention policière. "On me parle des pouvoirs étendus du maire mais je n'ai été prévenu qu'à 7H45 de l'intervention de la police alors que l'ensemble des médias étaient présents dès 5H30", a-t-il déclaré. La responsable du parti socialiste pour la sécurité, Delphine Batho, a estimé que "les policiers n'ont pas à être enrôlés comme figurants dans des opérations de communication spectacle". Après la publication, par l'AFP, de témoignages selon lesquels les policiers se seraient trompés d'appartements, auraient "retourné" des intérieurs et se seraient livrés à des brutalités, la Direction générale de la police nationale a demandé que "soient très rapidement et précisement expertisées les circonstances dans lesquelles s'est déroulée cette opération". En début d'après-midi un médiateur municipal, Abdel Rany, s'est félicité de cette mesure, assurant que les jeunes du quartier "sont aussi heureux que s'ils revenaient d'un match de foot. Pour une fois, les journalistes ont pu voir par eux-mêmes ce que fait la police". Selon une source policière, une seule des cinq personnes recherchées a été arrêtée, les quatre autres n'étaient pas chez elles. Plusieurs habitants ont affirmé que leurs portes avaient été défoncées et leurs habitations "retournées", a constaté une journaliste de l'AFP. On ignorait dans la matinée si le matériel dérobé dimanche à la police - un flash-ball et ses munitions et deux radios de police - avait été retrouvé. Le déploiement de forces de police dès l'aube était pourtant impressionnant, le quartier étant totalement quadrillé pour cette opération, qui s'est achevée vers 08H00. Des incidents avaient éclaté dimanche dans le quartier des Musiciens après le refus d'obtempérer d'un jeune conducteur lors d'un contrôle routier. Des sources policières avaient affirmé que de 130 à 250 personnes s'étaient opposées aux forces de l'ordre tandis que des témoins parlaient tout au plus d'une cinquantaine de personnes et se disaient révoltés par la brutalité avec laquelle, selon eux, les policiers avaient arrêté le conducteur. Selon des sources policières, sept policiers avaient été légèrement blessés et une voiture de police brûlée dans ce quartier pauvre où des émeutes avaient éclaté à plusieurs reprises en novembre 2005. L'opération de police de mercredi intervient après celle du 25 septembre dans la cité des Tarterêts (Corbeil-Essonnes), où les policiers étaient également accompagnés d'une nuée de journalistes après l'agression de deux CRS, le 19 septembre. Le secrétaire national de l'Unsa-police Marc Gautron, sur place mercredi, reconnaissait à mots couverts l'échec de l'opération aux Mureaux, l'attribuant au déploiement médiatique. Loin de la querelle médiatico-politique, des habitants des Musiciens s'insurgeaient contre cette nouvelle intervention policière. "Quand on braque vos enfants avec des armes faut pas s'étonner que ça pète", hurlait une femme devant un immeuble. Notons que le syndicat général de la police-Force Ouvrière (SGP-FO), troisième organisation représentative des gardiens de la paix, critique l'opération de police menée mercredi matin aux Mureaux pour retrouver les auteurs de l'agression commise dimanche soir contre des policiers. "On aurait dit le débarquement des troupes américaines en Somalie", ironise Jérôme Moisant, secrétaire départemental du SGP-FO. "Les cinq objectifs n'ont pas été tenus car les personnes recherchées n'étaient pas chez elles. Il aurait fallu plus de temps pour mener l'enquête, faire davantage de recoupements. Cette opération a été précipitée, elle était surtout destinée à montrer à l'opinion publique que les autorités ne restaient pas sans rien faire". Rappelons les faits de cette "descente" : Les habitants du quartier défavorisé des Musiciens aux Mureaux étaient nombreux mercredi à exprimer leur amertume après avoir été réveillés par une intervention policière à l'aube et vu leurs enfants "braqués". Il était 6H00 pile lorsque des habitants du deuxième étage de la tour Bizet ont entendu le premier coup de bélier sur leur porte blindée. La famille musulmane pratiquante de 15 personnes, réunie dans la salle à manger pour le traditionnel repas avant le lever du soleil, n'a pas eu le temps de réaliser. "Une vingtaine de policiers ont fait irruption dans l'appartement, ils nous ont fait tomber au sol, avec un coup de pied, mon frère et moi", raconte Adama, 17 ans, portant un hématome au visage après un "coup de matraque" "Ils m'ont écrasé la tête par terre comme une merde", ajoute le jeune garçon. Il affirme que des policiers, dans la précipitation, ont également poussé sa mère par terre, lui ont renversé de l'huile chaude sur un pied et jeté à terre les aliments, tandis que les deux frères étaient menottés et les autres membres de la famille alignés dans le couloir, mains sur la tête. Adama confie son désir de "se venger". Les yeux de Workya, une des filles de la famille, étincellent de colère. Son fils de deux ans et demi "s'est fait braquer un pistolet sur la tempe" dans sa chambre. La jeune femme de 27 ans n'a pas pu se rendre à son travail ce matin. Elle veut porter plainte. "Pour eux, on est juste une famille d'arabes et de noirs, ils nous considèrent comme des animaux", affirme-t-elle. Après leur intervention musclée, les policiers, à la recherche de cinq personnes à la suite des échauffourées avec des jeunes, dimanche soir, dans le quartier, sont partis rapidement en disant "on s'est trompé", se dirigeant vers la porte voisine. Même porte enfoncée. Même surprise, peur et indignation chez les "perquisitionnés par erreur". Une journaliste de l'AFP a constaté que l'appartement avait été "retourné", des meubles cassés, des vêtements jetés à terre, des étagères vidées, des matelas retournés. Cette fois, les policiers "braquent dans son lit un petit garçon trisomique de 6 ans", affirme Lina, habitante du second appartement, qui ajoute: "Ils l'ont traumatisé. Ce n'est que de la mise en scène, ils vont d'appart en appart mais ils n'ont rien trouvé". Lorsque la centaine de policiers se replient vers 8H00 après avoir interpellé une personne en présence d'une nuée de journalistes, des femmes et des jeunes les poursuivent en les invectivant et en imitant le cri du singe: "bâtards, robocops, fourmis!" Comme d'autres mères de famille descendues des tours au fil de l'intervention, Mariam fulmine. On a fait revenir cette jeune femme de 24 ans de son travail à la chaîne car la police est intervenue dans son appartement où se trouvait son nourrisson de 12 mois. "Ici on se sent en danger, on a peur quand les forces de l'ordre sont là", lâche-t-elle. "Si on braquait vos enfants avec des armes, j'aimerais bien voir comment vous réagiriez, il faut arrêter la provocation".

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