La victoire de Ségolène Royal tourne-t-elle une page de l'histoire du PS ?

Publié le par SDJ 30

medium_M111702AU.jpgLa victoire à la primaire de Ségolène Royal consacre une OPA sur le PS menée au pas de charge en utilisant la pression de l'opinion, une hérésie pour ceux qui jugent que le parti doit être une boussole, et non une caisse de résonance.
 
En portant les couleurs du PS à la présidentielle, Ségolène Royal a réussi là où Michel Rocard avait échoué en 1980, face à François Mitterrand. Jouissant tous les deux d'une réelle popularité, ils ont, l'un et l'autre, bousculé les canons socialistes.
 
A la différence près que Rocard était intégré dans l'appareil du PS, où son courant représentait un bon quart du parti. Royal, au contraire, a constamment joué du discrédit supposé des partis et de la politique, ne cessant de dénoncer "le fossé entre le discours et les actes", se disant contrariée par le passage obligé que constituait la primaire quand l'important était à ses yeux "le contact avec les Français".
 
"Elle est apparue comme la candidate anti-système, anti-appareil, dans une période où l'image de la politique est ternie", observe le député européen Henri Weber, proche de Laurent Fabius.
Cependant, juge M. Weber, "elle n'a pas tenu un discours anti-parti", se réclamant à la fois de la démocratie représentative, la démocratie sociale et la démocratie participative, et utilisant à plein les outils modernes de communication comme l'internet.
 
Selon le député Jean-Christophe Cambadélis, proche de Dominique Strauss-Kahn, le contenu de la campagne de Ségolène Royal augure de "la fin du parti d'Epinay": outre sa discrétion sur l'union de gauche, elle a cultivé "la relation directe" avec l'opinion, au risque de se faire taxer de "populiste" par les jospinistes.
 
"Depuis que je vous regarde les yeux dans les yeux, je connais tous vos visages", déclarait-elle, à son avant-dernier meeting près de Niort, mardi, à la manière d'une prédicatrice.
Ce type de discours exaspère les socialistes "historiques", façon Lionel Jospin. "Pour réveiller l'espoir, notre candidat ne devra pas se plier à l'opinion, mais proposer une véritable politique de gauche", lançait l'ex-Premier ministre à la mi-septembre, avant de jeter l'éponge.
 
Pour l'historien et responsable socialiste Alain Bergounioux, Mme Royal, qui a fait ses moins bons scores en Ile-de-France, a pris la tête d'"une sorte de jacquerie". "C'est la province contre Paris, alors que Fabius et Strauss-Kahn sont apparus comme les représentants des élites traditionnelles", observe-t-il, à la lecture des résultats.
 
Quant à savoir si Mme Royal introduit vraiment une rupture avec un siècle de Parti socialiste, plusieurs responsables socialistes ne s'engagent pas dans cette voie.
 
D'une part, relève le strauss-kahnien Laurent Baumel, la candidate n'a fait qu'"amplifier" la démarche d'ouverture extérieure du PS, déjà engagée avec l'élection au suffrage universel interne du candidat à l'Elysée et des premiers secrétaires, aux niveaux national et départemental.
D'autre part, ajoute-t-il, "on peut rattacher ce qui vient de se passer au 21 avril 2002". "Les socialistes sont obsédés par la reconquête des couches populaires. Avec Ségolène Royal, il pensent avoir trouvé une formule magique".
 
Thierry Masure et AFP.

Publié dans Actualité

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Nicolas 18/11/2006 14:48

Analyse intéressante, très bonne observation à mon sens, de notre ami Alain Bergougnoux.