UE : Ankara n'a plus que 15 jours pour se plier à ses obligations sur Chypre

Publié le par SDJ 30

medium_061120173425.ao7u13rf0_le-premier-ministre-finlandais-matti-vanhanen--au-b.jpgLa présidence finlandaise a averti lundi la Turquie qu'elle n'avait plus que quinze jours pour ouvrir ses ports aux navires chypriotes grecs, après quoi les 25 décideront s'ils suspendent ou non ses négociations d'adhésion à l'Union européenne.
 
"La véritable échéance est avant que la Commission (européenne) ne présente ses recommandations" sur une suspension ou non de ces négociations, probablement le 6 décembre, a déclaré le Premier ministre finlandais Matti Vanhanen, dont le pays préside l'UE jusqu'au 1er janvier.
 
Une fois ces recommandations connues, les 25 devront prendre une décision ferme lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères du 11 décembre, a ajouté M. Vanhanen.
 
En demandant aux ministres des Affaires étrangères de prendre la très délicate décision de suspendre éventuellement les négociations avec ce pays stratégique qu'est la Turquie, l'UE veut éviter de gâcher le sommet européen des 14 et 15 décembre.
 
"Je veux être clair sur une chose. La présidence n'a aucune intention de soulever la question turque au Conseil européen", a souligné M. Vanhanen.
"Nous n'avons pas besoin d'un nouveau +sommet turc+ comme en 2004", a renchéri le commissaire à l'Elargissement Olli Rehn.
 
Lors du sommet de décembre 2004, les 25 et la Turquie avaient arraché un accord sur une date d'ouverture des négociations d'adhésion - le 3 octobre 2005 - après des discussions marathon entrecoupées de coups de théâtre.
 
D'où la décision finlandaise de fixer le 6 décembre comme date limite pour que les Turcs respectent leurs engagements, c'est-à-dire pour qu'ils ouvrent leurs ports et aéroports aux navires et avions chypriotes grecs.
 
Pour éviter la crise que causerait une suspension des négociations, Helsinki a présenté fin septembre un plan qui vise à reprendre le commerce direct entre l'UE et la communauté chypriote turque, au nord de l'île divisée, et obtenir de la Turquie, en contrepartie, cette ouverture des ports et aéroports.
 
Les Turcs ont en effet signé en juillet 2005 le protocole dit d'Ankara qui étend son union douanière avec l'UE aux dix Etats entrés dans le bloc européen en 2004.
 
Mais ils refusent toujours de l'appliquer aux Chypriotes grecs, exigeant au préalable la levée de l'embargo qui frappe la République turque de Chypre du Nord (RTCN, reconnue uniquement par Ankara).
 
Les Finlandais gardent le petit espoir d'avancer sur ce dossier les 27 et 28 novembre à Tampere (Finlande), en marge d'une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'UE avec leurs homologues du pourtour méditerranéen, dont la Turquie, a indiqué une source diplomatique.
 
De nombreux spécialistes européens donnent pourtant peu de chances à ce plan. "Je ne pense pas que quiconque espère encore que la Turquie remplira ses obligations avant la fin de l'année", a ainsi répété lundi un diplomate chypriote grec.
 
"Malheureusement, le plan finlandais donne tout aux Chypriotes grecs", a estimé pour sa part le dirigeant de la RTCN Mehmet Ali Talat, dénonçant une proposition finlandaise "déséquilibrée".
 
Si cet échec se confirme, les 25 devront s'entendre sur les sanctions à prendre contre Ankara. "Sur le principe, chacun est d'accord : il faut être clair, crédible et il faut que ce soit réversible, il faut pouvoir revenir rapidement et facilement aux négociations dès que les conditions seront remplies", a indiqué une source diplomatique.
 
Mais en pratique, certaines capitales, Londres en tête, soutiennent une suspension très partielle des négociations, limitée à une poignée de chapitres directement liés aux questions d'union douanière, sur les 35 chapitres thématiques qui jalonnent les pourparlers d'adhésion à l'UE.
 
D'autres, Nicosie en tête, poussent pour une suspension plus large des pourparlers, sans préciser pour l'instant combien de chapitres ils souhaitent suspendre. Mais aucun Etat membre ne semble favorable à un gel total des pourparlers.
 
Par Amélie BOTTOLLIER-DEPOIS avec AFP

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