Ségolène Royal, une diplomatie de l'empathie?

Publié le par SDJ 30

medium_3152881727.jpgEn cinq jours d'une tournée au pas de charge au Proche-Orient, Ségolène Royal a brossé par petites touches les contours de ce qui pourrait être sa méthode dans le domaine réservé au président de la République : une forme de diplomatie marquée par l'empathie avec une écoute attentive, un dialogue "franc" et yeux dans les yeux, et un fort investissement personnel.

Liban, Jordanie, Israël et territoires palestiniens: pour son premier voyage à l'étranger de candidate du PS, elle avait de son propre aveu choisi "le plus difficile". Elle venait de surcroît dans une période charnière, entre les manifestations géantes à Beyrouth contre le gouvernement à l'appel du Hezbollah, la trêve décrétée dans la Bande de Gaza une semaine avant son arrivée ou l'hypothèse d'une reprise prochaine des pourparlers israélo-palestiniens.

A l'aise dans ce casse-tête, elle a avec ce seul périple dopé sa stature internationale, son point faible dans les sondages. Elle repart avec un album photo à faire pâlir de jalousie: elle s'est affichée avec le Premier ministre libanais Fouad Siniora, le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, et le Premier ministre israélien Ehoud Olmert. Elle peut même se vanter de tenir de leur propre bouche des "informations confidentielles".

Forte de leur "confiance", elle s'est même payé le luxe, un brin revancharde, de renvoyer dans les cordes "ceux qui prétendent" qu'elle ne "connaît pas le dossier". "Je suis particulièrement renforcée dans mes prises de position", s'est-elle réjouie lundi, triomphale, soulignant non sans plaisir qu'Ehoud Olmert l'a "remerciée" de sa position sur l'Iran, décriée à Paris.

Des images dont elle parie qu'elles pèseront plus lourd que la polémique "dérisoire" -qui n'a enflé qu'à Paris- sur sa rencontre vendredi avec un dirigeant libanais du Hezbollah.

Ségolène Royal s'est également posée en quasi-émissaire de la République dans la région, "facilitatrice" a-t-elle dit. "Je m'exprimais au nom des forces françaises", a-t-elle encore glissé après avoir vu les soldats français de la FINUL au sud Liban. Et c'est entourée des drapeaux français et européen qu'elle a tenu une conférence de presse lundi soir à l'hôtel King David de Jérusalem, dont le logo, une petite couronne, était placardé derrière elle.

Il faut dire que les dirigeants de la région, sous le charme, lui ont déroulé le tapis rouge, la recevant avec les honneurs dus à un chef d'Etat. Mahmoud Abbas l'a raccompagnée à sa voiture, fait rare et le Premier ministre israélien a fait un lapsus en parlant d'elle comme de "quelqu'un qui devrait être président de la France".

Sur le fond, elle a esquissé sa méthode : une diplomatie "franche", "interpersonnelle" selon son mot, avec un fort investissement à la Bill Clinton, modèle dont elle s'est implicitement revendiquée. Mais elle n'a guère levé le voile sur la philosophie de la diplomatie qui serait la sienne à l'Elysée. Elle avait, d'emblée, prévenu qu'elle venait "écouter". Et elle comptait poursuivre les contacts "dans les mois qui viennent".

Tout juste a-t-elle indiqué qu'elle prônait la "continuité", avec des "nuances". Comme sur la Syrie : alors que la France refuse de parler avec Damas, elle a préconisé un dialogue sous conditions.

Dans ce périple, la candidate a donné l'impression d'incarner une diplomatie de l'empathie. Telle une éponge absorbant l'eau, elle s'est indignée ou réjouie à l'unisson de ses interlocuteurs, donnant des gages à chacun. Après sa rencontre avec Ehoud Olmert, elle a promis pour la première fois de faire de l'interdiction du nucléaire civil et militaire en Iran -"principale menace contre Israël"- sa ligne de conduite si elle devenait présidente en mai.

Quitte à sembler parfois se contredire ou brouiller le message. Après avoir dit à Beyrouth que les survols par l'aviation israélienne du sud Liban devaient "cesser", elle les a justifiés à Jérusalem par "la défense de la sécurité" d'Israël. Elle a aussi considéré que la construction du controversé "mur de séparation" voulu par Israël avec la Cisjordanie était "sans doute justifiée" pour "la sécurité" de l'Etat hébreu. Question qu'elle a reconnu ne pas avoir abordée avec Mahmoud Abbas, notamment.

Enfin, alors qu'on lui demandait vendredi si elle pourrait rencontrer des membres du Hamas, elle ne l'avait pas formellement exclu, restant prudente. "Il n'est pas question de parler" avec ses "dirigeants" en "l'état actuel des choses", a-t-elle estimé lundi, car "le Hamas est sur la liste des organisations terroristes".

"En Orient, tout est subtil", avait-elle elle-même fait valoir.

Pas de contradiction, en revanche, lorsqu'elle a utilisé les mêmes termes mot pour mot à Beyrouth et Gaza. "Le progrès du monde a besoin d'un Liban réconcilié avec lui-même, de son rayonnement et de son incomparable culture", a-t-elle déclaré jeudi devant la famille Gemayel. "Le progrès du monde a besoin d'un Proche-Orient réconcilié avec lui-même, de son rayonnement, de son talent, de sa très ancienne culture", a-t-elle poursuivi dimanche devant M. Abbas.

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