Nous y sommes !

Publié le par SDJ 30

 Nous y sommes.
Au lendemain du Conseil européen, qui fut un criant échec (la ratification du Traité établissant une Constitution pour l’Europe est mise en pause et le budget européen 2007-2013 n’est toujours pas clairement défini), le débat européen s’étouffe.
Comme l’on pouvait s’y attendre, les leaders du « non » (je ne parle pas des simples partisans du « non », c'est différent) n’ont rien à dire et ont même désormais du mal à cacher leur malhonnêteté et leur absence d’esprit européen (au moins leur souverainisme) qu’ils avaient camouflé durant la campagne. En témoigne les propose retrouvés de Jean-Luc Mélenchon (Sénateur PS mais sans doute bientôt PC) en caméra cachée (même si cette méthode de la presse est plus que discutable) : ce dernier déclare en substance à propos de la solidarité envers les 10 nouveaux Etats qu’il n’en a « rien à foutre ». Ou encore, le propos de Nikonoff (Président d'Attac) sur France Inter le 20 juin qui affirmait franchement son souverainisme et son refus de l'Europe. Tout cela est bien clarifiant.
Alors, que faut-il faire désormais ? Parce qu’il est évident que ce ne sont pas ceux qui ont appelé à voter « non » (du moins, les leaders) qui vont faire quoique ce soit.
Et bien, il faut continuer encore et encore, cette promotion de l’Union européenne, des nouveaux entrants (d’ailleurs allez faire un tour sur le site de l’
office de tourisme de Pologne, ils sont très doués pour tourner en dérision les propos déplacés tenus en France sur le « plombier polonais »!), de la solidarité entre les nations, du besoin d’une Europe forte et unie, etc.
Au-delà, on pouvait espérer que le double échec « référendum - Conseil européen », lance la création d’un noyau dur européen avec par exemple la Belgique, le Luxembourg, l’Allemagne, la France et pourquoi pas l’Espagne.
Mais il semble que notre Président de la République qui n’a plus aucune légitimité et qui n’a plus aucune des caractéristiques de Chef d’Etat, n’ait guère cette ambition.
Pourtant elle serait fort bienvenue et appréciée du plus grand nombre (les partisans du « non » et pour une Europe non libérale ne pourront guère reprocher à ces Etats d’être à la mode anglo-saxonne –du moins, pas plus que la France- et pourraient se rallier à cette cause ; quant aux partisans du « non » pour un retour au national, ils sont largement minoritaires et parfois dangereux).
On voit donc apparaître ce génialissime « plan B » de nos « amis » les leaders du « non » : le « Plan Blair », en effet, ils avaient raison c’est un plan qui commence par un B…
Anthony Blair, Premier ministre britannique a donc essayé ce 24 juin de convaincre les députés européens avant de prendre la tête de la Présidence tournante de l’Union, le 1er juillet prochain.
Et on peut le dire, il a eu beaucoup de mal à se faire entendre, ce qui est somme toute logique.
En effet, l’échec du Sommet européen lui est en bonne partie imputable ; ce que n’a pas oublié de souligner notre excellent Président de l’Union de ces derniers mois, Jean-Claude Juncker, Premier ministre luxembourgeois. Ce dernier ayant poussé le vice jusqu’à déclarer qu’il ne « passera pas de vacances » avec son homologue britannique… et on le comprend.
José Manuel Durão Barroso, Président de la Commission européenne, et à ce titre plus haut responsable de l’Union, a lui-même rappelé à l’ordre M. Anthony Blair en lui notifiant qu’il n’était pas acceptable qu’un Etat de l’Union ne concède rien et refuse toute discussion sérieuse pour des raisons strictement nationales qui oublient l’intérêt général de l’Union.
En la matière, il faut remarquer et féliciter l’attitude exemplaire des nouveaux Etats membres de l’Est. Les 10 ont accepté de recevoir une aide minorée (ce qui pourtant leur coûte très cher) pour 2007-2013 afin d’arriver à un accord au Conseil européen. Attitude qui prouve une certaine intégration à l’idéal communautaire et un léger recul de leur atlantisme habituel. En effet, les Etats de l’Est n’ont guère apprécié les déclarations des diplomates du Royaume-Uni, le plus atlantiste des Etats de l’UE. Aujourd’hui encore, des députés européens polonais ont accusé M. Anthony Blair d’ « égoïste » et d’ « avare ».
Ce dernier aura décidément beaucoup de mal à se présenter comme un Président consensuel de l'Union (le consensus étant la base des politiques communautaires).
La décision du 24 juin des Ministres européens de l'Environnement de rejeter la demande de Bruxelles de lever les interdictions nationales d'OGM, portant sur plusieurs variétés de maïs et de colza, bannies dans cinq pays, le prouve une fois de plus. Le Royaume-Uni est en effet le seul ou presque (les Pays-Bas - de droite - l'ayant suivi sur 5 cas, le Portugal sur 1) à avoir, à l'inverse de ces collègues, accepté les propositions de la Commission (en réalité, celles reprises de la Commission précédente) de lever ces interdictions nationales d'OGM. Rappelons que la législation européenne permet aux Etats membres de faire jouer une clause d'interdiction temporaire de culture ou de vente d'OGM lorsque des informations scientifiques nouvelles entrent en leur possession, mettant en doute l'innocuité de ces produits. Les propositions - rejetées - de la Commission faisaient justement suite au rapport en juillet 2004 de l'Agence européenne de sécurité alimentaire (AESA) qui avait estimé que les informations supplémentaires ne modifiaient pas son évaluation selon laquelle ces produits ne représentaient pas un risque pour la santé ou l'environnement. La Commission était en conséquence, contrainte selon la procédure en vigueur, à proposer la levée de ces clauses. Ce vote négatif envoie un message politique des Etats membres, qui veulent modifier le système. Les associations écologistes se sont par ailleurs réjouies du vote intervenu à Luxembourg. Et en effet, on constate que certaines procédures technocratiques sont clairement remises en cause à travers cette décision, ce qui pourrait permettre une meilleure intéraction entre l'exécutif européen (la Commission) et les populations de l'Union. Ce que les partisans du "oui" comme du "non" ont toujours souhaités. Ainsi, Bruxelles pourrait effectivement faire de nouvelles propositions législatives pour tolérer ces clauses d'interdiction, malgré l'avis de l'AESA, agence par ailleurs très critiquée (représentation industrielle trop forte). Simplement, l'UE doit agir vite car elle est évidemment sous la pression d'une plainte à l'Organisation mondiale du commerce (OMC), des Etats-Unis, de l'Argentine et du Canada, qui contestent le maintien de ces clauses de sauvegarde. Un jugement intermédiaire de l'OMC est d'ailleurs attendu au mois d'août.
Anthony Blair et le Royaume-Uni sont donc une fois de plus isolés. Cette nouvelle décision illustre le décalage du Royaume insulaire et de son Premier Ministre avec certains craintes populaires continentales.
Toutefois, il faut admettre que sur certains points, M. Blair n'est pas toujours tout seul, bien que ses méthodes et ses propositions soient tout à fait désastreuses. Ainsi, la PAC tant décriée par M. Blair au Conseil européen du 17 juin, est à réformer. Ce n’est pas un outil tout à fait acceptable. De par son poids (42 % du budget européen) en rapport avec ceux qui ont bénéficient (environ 4 % de la population, entre les agriculteurs et le monde qui les entoure) et, de par ses effets néfastes pour les pays en développement. La PAC ne doit pas être mise à la poubelle mais doit être repensée. Il serait également positif d’investir très largement dans la recherche et l’éducation au niveau européen.
Cette crise (référendum-Conseil européen), on le voit, ouvre de très nombreux chantiers.
A nous de savoir les prendre en mains et de convaincre de l’utilité de ceux-ci.


Nicolas Cadène

SDJ 30 

Publié dans Europe

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jules, la confiture 10/07/2005 18:17

salut les camarades, je me balladais sur over blog quand...je suis tombé sur votre blog...

bon en espérant que les luxembourgeois ne feront pas la même erreur que nous aujourd'hui.

Jules Aimé, AF 86

antoine 26/06/2005 20:40

Excellent propos !! Et utile en plus !
bravo !