Nicolas Sarkozy : démission

Publié le par SDJ 30

medium_1574244465.jpgC’est en tout cas ce que souhaite logiquement de plus en plus de personnalités de gauche, mais également du centre-droit (UDF) et de droite (UMP).

Au Parti socialiste, Jean-Marc Ayrault et Jean-Pierre Bel, présidents des groupes PS à l'Assemblée nationale et au Sénat, ont demandé "solennellement" au Conseil constitutionnel de "garantir" l'"impartialité de l'Etat", dans une lettre à son président Pierre Mazeaud.

« La double fonction de Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur, notamment en charge de l'organisation des élections, et simultanément candidat à l'élection présidentielle, crée une confusion des genres particulièrement préoccupante : déplacements en France et à l'étranger avec les moyens de l'Etat, déclarations et visites, mise à contribution des services de renseignements et mobilisation régulière des préfets », écrivent-ils.

François Bayrou (UDF) a également condamné cette « double casquettes » : « Je trouve que cette décision n'est pas normale. Pour deux raisons: les moyens de l'Etat vont être mélangés avec la campagne électorale et le ministre de l'intérieur est celui qui est chargé d'organiser les élections. Il est choquant qu'on puisse être à la fois l'organisateur et le candidat aux élections. »

La population était selon un sondage Ifop en majorité pour son départ à la veille du congrès d’investiture. Ces 56 % de début janvier ont sans aucun doute largement augmenté depuis l’affaire sur les renseignements généraux.

La polémique enfle donc depuis plusieurs jours et une pétition se met à circuler sur le Net :

http://www.appelaupresident.com

Ce n’est certes pas la première fois qu’un candidat à l’élection présidentielle cumule cette fonction avec un rôle gouvernemental, mais c’est le seul à le faire en période de non-cohabitation, en se déplaçant aux frais du contribuables via son ministère, et en affirmant vouloir « reprendre en main la DST et […] éviter les coups tordus montés contre lui ».

C’est sans doute pour éviter ces « coups tordus » qu’en novembre 2005, notre ministre d’Etat s’était permis de convoquer le PDG des Éditions First, Vincent Barbare, pour le menacer de « foudres judiciaires et variées », selon Le Canard Enchaîné. Motif : cette maison d’édition s’apprêtait à publier « Cécilia Sarkozy, entre le cœur et la raison, » un ouvrage de Valérie Domain, journaliste à Gala.

Même chose l’année suivante quand le directeur de Paris Match, Alain Genestar, se fait licencier du groupe Hachette Filipacchi. Sur cet épisode, nul besoin d’épiloguer, il suffit de citer ses propres mots rapportés par Le Monde : « Dans un grand pays libre et démocratique comme le nôtre, il n’est pas concevable qu’un ministre de l’intérieur puisse être à l’origine du limogeage d’un journaliste […] Je tiens donc à préciser que le ministre de l’intérieur, quand il affirme n’être pour rien dans mon licenciement, ne dit pas la vérité. »

En ce qui concerne la campagne, la position de ministre-candidat apparaît particulièrement dangereuse. Elle laisse penser que Nicolas Sarkozy pourrait utiliser les moyens de sa fonction pour obtenir des informations sur ses adversaires, et prendre ainsi sur eux un avantage indu. Le Canard Enchaîné a déjà révélé que Nicolas Sarkozy se serait fait transmettre des notes des RG concernant Bruno Rebelle mais aussi concernant Antoine Royal (frère de la candidate) et le couple Hollande-Royal (ce qui aurait permis de lancer une rumeur sur une fraude fiscale qui s’avéra fausse). Dernièrement, ce sont les riverains du quartier où s’est installé le QG de campagne du candidat UMP qui seraient mis sous pression par une cellule des RG.

En refusant de quitter son poste ministériel, le candidat ne se donne pas les moyens d’accomplir sa mission gouvernementale qui ne peut être un emploi à temps très partiel.

On a donc l’impression que Nicolas Sarkozy reste pour organiser et mieux contrôler les élections, ainsi que pour faciliter ses « coups bas ». Cela rappelle les plus mauvais moments de la vie politique française.

Pour ceux qui souhaiteraient en savoir plus, l’ensemble des textes applicables à l’élection présidentielle de 2007 est disponible sur le site du Conseil constitutionnel :

Liste des textes applicables à l’élection présidentielle 2007 sur le site du Conseil constitutionnel

Aux termes du décret du 30 août 2001, c’est notamment le Ministère de l’intérieur qui gère le « fichier des élus et des candidats, » un traitement automatisé d’informations nominatives qui a notamment pour finalités la centralisation des résultats des scrutins, l’application de la législation sur le financement de la vie politique, etc.

Étant donné la récente problématique concernant le patrimoine des candidats, on voit déjà ici un exemple dans lequel le ministre-candidat se retrouve juge et partie, situation peu républicaine s’il en est.

Dans ces conditions, pourquoi Jacques Chirac, Président de la République française, et Dominique de Villepin, Premier ministre (oublié ?), ne « remercient » pas M. Sarkozy ? S’ils ne le licencient pas, c’est sans doute qu’ils n’ont pas le poids politique suffisant. Il paraît en effet difficile pour eux de demander le départ de Nicolas Sarkozy et donc de tous les ministres qui se sont mis à son services. Il n’y aurait quasiment plus de gouvernement.

 

Nicolas Cadène

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