Nicolas Sarkozy quitte l’Intérieur. Quel bilan ? Quel projet ?

Publié le par SDJ 30

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À quelques semaines des élections, Nicolas Sarkozy, après avoir en vain demandé son mantien à Jacques Chirac, quitte le Ministère de l’intérieur. Un certain nombre d’images ou de mots sont encore dans tous les esprits. A l’heure où la rupture est devenue tranquille et ou le candidat se dit "Chiraco-compatible" tout en réactivant le débat sur l’immigration, que peut-on dire de son bilan ?

I) Vrai bilan/ faux bilan

Depuis 30 ans que Nicolas Sarkozy est en politique qui croit à la thèse de l’homme neuf ? Il peut évidemment soutenir qu’il a été freiné dans son action par Jacques Chirac, mais il n’en est aucun exemple concernant son action au ministère de l’intérieur qu’il a occupé en maître absolu pendant près de quatre ans, (du 7 mai 2002 au 31 mars 2004 puis du 31 mai 2005 à mars 2007).

Faux bilan : les chiffres avancés avec constance par Nicolas Sarkozy sont faux. Il prétend que la délinquance a reculé de 9% en 5 ans. C’est faux. De simples manipulations statistiques lui permettent d’escamoter un demi-million d’infractions transformées en simples main-courantes. Mais il lui a été impossible de dissimuler les affaires de violence qui, elles, il est bien obligé de l’admettre, sont en augmentation constante : + 14% en 5 ans.

Echecs : Nicolas Sarkozy voulait être jugé sur les chiffres. Les atteintes aux biens ont baissé, en France, comme dans toute l’Europe : les nouveaux dispositifs de sécurité, exigés par les assurances, y sont pour beaucoup. Mais les atteintes aux personnes ont augmenté nettement : + 50.000 victimes de violence en plus depuis 5 ans, 10.000 par an en moyenne. La violence dans les banlieues a atteint des sommets inégalés en novembre 2005, mais des incidents graves se produisent très régulièrement aujourd’hui encore dans les quartiers sensibles (attaques d’autobus, agressions des forces de l’ordre), le nombre de voitures brûlées a augmenté (malgré là encore des tentatives de manipulations statistiques), les violences scolaires sont en recrudescence, la violence dans les stades n’a à l’évidence pas été stoppée...

Les parades éculées. Face à ces échecs répétés, Nicolas Sarkozy utilise toujours les mêmes méthodes, éculées mais payantes : il reçoit les victimes et les instrumentalise pour appuyer sa propagande. Il propose des modifications législatives pour rendre la loi encore plus sévère et les lois s’empilent les unes sur les autres… Il crée de nouveaux fichiers (dernière tentative en date : celui des enfants qui font l’école buissonnière). Il critique les juges pour leur laxisme (alors qu’ils n’ont jamais été aussi répressifs : + 10.000 détenus entre 2002 et 2007).

Une répression inutile et dangereuse. La méthode de Nicolas Sarkozy : une répression qui privilégie le « chiffre », qui n’a aucun impact positif sur l’évolution de la délinquance mais qui met les libertés en péril et creuse un fossé entre la police et la population, notamment les jeunes. Son mot d’ordre est d’augmenter à n’importe quel prix les interpellations et les gardes à vue. Résultat : 530.000 gardes à vue en 2006, une augmentation de 40.000 gardes à vue par an depuis 5 ans ! Avec nombre d’excès qui sont dénoncés par des autorités de contrôle françaises ou internationales. La chasse aux étrangers irréguliers est ouverte toute l’année avec des objectifs chiffrés fixée à la police : 25.000 en 2006, quelque soient les drames humains en jeu. On arrête les enfants, les étudiants, les étrangers qui viennent chercher de quoi manger aux restaurants du coeur ou les parents qui viennent chercher leurs enfants à l’école.

Le Front national est toujours présent. Enfin, et c’est sans doute le plus grave, le Front national est aujourd’hui à des intentions de votes supérieures à celles de mars 2002. Les petits accomodements avec la tolérance avaient été présentés comme le seul moyen de faire baisser Jean-Marie Le Pen. En flattant ses électeurs, en leur cédant les Sudètes, on aurait réussi à les calmer et à les ramener dans le giron du vote républicain. Il semble, hélas, qu’il n’en soit rien...

II) Le projet : Moins de sécurité, moins de libertés

Nicolas Sarkozy n’a pu aller jusqu’au bout de ses idées : même ses amis de l’UMP n’ont pas voulu nombre de ses projets attentatoires aux libertés ou contraires à la Constitution. Sa victoire lui permettrait de mettre enfin en place ce monde dont il rêve, une France sous très haute surveillance avec moins de sécurité et moins de liberté.

La santé publique au service du maintien de l’ordre. En 2006, Nicolas Sarkozy a voulu instaurer une politique de détection précoce des troubles du comportement dès l’âge de 3 ans. Il était prévu qu’un “carnet de comportement” répertorie à vie les turbulences des enfants jusqu’à leur majorité. La mobilisation du monde de la santé l’a provisoirement obligé à reculer.

Police, justice aux ordres. Une prévention de la délinquance qui ne sera qu’un quadrillage serré du territoire avec un peu plus de fichiers, la mort définitive du secret professionnel (déjà à moitié mort avec la loi sur la “prévention de la délinquance”). Un peu plus de compagnies de CRS en guise de police de proximité. Une police au service exclusif de Nicolas Sarkozy qui pourra utiliser sans complexe les Renseignements Généraux pour “actualiser” les fiches des opposants. Des juges surveillés à qui l’on fournira un “guide de l’application des lois”, qui seront sommés de remplir un peu plus les prisons grâce à des peines automatiques et qui seront priés de quitter leurs fonctions s’ils déplaisent (comme le ministre de l’intérieur l’a demandé pour le président du tribunal pour enfants de Bobigny accusé de démission)

Une France des conflits. Dans cette France dont rêve Nicolas Sarkozy, les Français se lèveront tôt mais les conflits aussi ! La précarisation du travail grâce au contrat unique (extension du CNE), les privilèges accordés sans vergogne aux plus riches (bouclier fiscal, suppression de fait de l’impôt sur les fortunes, suppression des droits de succession...), la réduction des services publics (un fonctionnaire partant à la retraite sur deux n’étant pas remplacé), l’ignorance dramatique des vrais problèmes des banlieues (uniquement traités par le recours à la répression) ne peuvent que conduire à de très fortes tensions sociales et à l’accroissement des violences.

Les promesses illusoires. Dans un exercice politique inédit, Nicolas Sarkozy, fait des promesses électorales mais les retire avant même d’avoir commencé à les exécuter : la baisse de 4 points des prélèvements obligatoires (impôts et charges) a été repoussée à 5 ans,10 ans, puis 20 ans. S’il est élu, Nicolas Sarkozy qui disposera de tous les leviers du pouvoir, appliquera vraiment tout de suite les réformes qui ne coûteront rien au budget et fera de vraies économies dans ce domaine qui l’insupporte tant, les droits de l’homme !

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