Royal ajuste l'adversaire dans son viseur

Publié le par SDJ 30

A Marseille, la socialiste a nommément attaqué Sarkozy sur son bilan à l'Intérieur.

Par David REVAULT D'ALLONNES - Libération

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A chaque candidat socialiste son droit d'inventaire. Si Ségolène Royal a exercé le sien, hier soir au Dôme de Marseille, c'est à l'encontre de Nicolas Sarkozy, dont elle a, «avec gravité», dressé le bilan. Lequel, selon elle, se situe dans la colonne passif : quartiers, sécurité, économie, social, emploi, immigration, la candidate socialiste a fait feu de tous les dossiers pour fustiger «ceux qui ont laissé la France dans l'état où elle se trouve». Au premier rang desquels Sarkozy, qu'elle a, pour la première fois, cité nommément dans un grand meeting. Et résolument réinstallé dans la peau du candidat sortant : «Les Français ont le choix entre la politique comme avant, celle du passé, du manque d'écoute, ou les nouvelles règles du jeu.»

«Brouillage». Royal elle-même en convenait, il y a quelques semaines : renvoyer le ministre à son bilan constituerait l'une des difficultés majeures de sa campagne. La faute, en premier lieu, à un ratissage idéologique des plus larges du candidat UMP. «Il a fait croire qu'il avait changé, il a fait son autocritique, il a cité Jaurès... Il a esquivé la bataille sur son bilan en créant un brouillage», décrypte Julien Dray. Un positionnement d'autant plus difficile à contrer qu'insaisissable. «Le caractère complètement erratique de ses références est inquiétant, juge une proche de la candidate. Thatcher, au moins, c'était cohérent, prévisible. Avec Sarkozy, tous les arguments, mêmes les plus contradictoires, sont bons.» Mais le soutien apporté par Jacques Chirac à Nicolas Sarkozy ­ «le baiser du diable», selon un membre du staff ­ et son départ du ministère de l'Intérieur sur un bilan en demi-teinte ont fourni une fenêtre de tir que la candidate et son équipe, ces derniers jours, avaient précisé. Elle l'a donc martelé, hier : «Le choix est clair, entre la situation actuelle, celle que nous laisse la droite, d'une France frileuse, repliée sur elle-même, et la France que nous voulons voir se lever.» 

medium_070322192003.ajra2aa50_des-partisans-de-segol-ne-royal-l-attendent---marsb.jpgMarseillaise. Devant quelque 7 500 personnes organisées avec le soin d'un tifo digne du Vélodrome par les bons soins de Patrick Mennucci, directeur de campagne adjoint et régional de l'étape, Ségolène Royal, sans notes, s'est taillé un franc succès en égrenant les motifs d'insatisfaction relatifs au ministre de l'Intérieur : «les quartiers» «les choses n'ont cessé d'empirer» ; «le déficit et l'endettement» ; le «système de clientélisme» mis en place au profit des entrepreneurs «proches du pouvoir» ; la politique internationale, où elle promet de «changer en profondeur la politique africaine de la France» ; et le concept d' «identité nationale, qui n'est pas le monopole de je ne sais quel courant de l'extrême droite. L'identité nationale, c'est nous, c'est tout le peuple français». 

A l'instar de Mitterrand qui, en 1988, appelait ses partisans à ne pas huer la droite ( «Nous ne sommes pas les bons, ils ne sont pas les méchants, même s'ils considèrent qu'ils sont les bons et nous les méchants» ), elle a exhorté son auditoire lorsque la salle s'est avisée de siffler l'adversaire : «Pas de "hou !" dans nos réunions publiques [...] je m'abstiens de toute attaque personnelle.» 

Si Ségolène Royal porte des coups au sortant, c'est d'abord pour se dresser comme la candidate d'une «réforme profonde», celle de la VIe République, et de «nouvelles règles du jeu». La preuve : pour conclure le rendez-vous, Royal vante la Marseillaise,  «le chant de la liberté contre toutes les formes de tyrannie, que Louise Michel, matin et soir, faisait chanter à ses élèves». Et de faire entonner à son tour, aux camarades présents, l'hymne national. Encore un signe de changement ?

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