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Publié le par PS

L'effet Jogging

Le point de vue de Judith Bernard

Régis Debray (dont, je vous l’ai déjà dit, je suis assez fan) théorise depuis longtemps avec d’autres copains médiologues un truc rigolo qu’il appelle, tenez vous bien à vos baskets : l’effet jogging.

Il en parle dans une revue très confidentielle, un machin qu’on ne peut lire que sur abonnement qui s’appelle Médium et dont je me doute que vous n’êtes pas nombreux à en avoir eu connaissance, en dépit de mes appels du pied (en basket). Je me permets donc de vous en restituer sans trop de scrupules la réjouissante substance, tant elle est aujourd’hui d’une bondissante actualité. Ça commence comme ça :

« L’effet jogging est le nom plaisant donné par les médiologues à un phénomène grave et déroutant, par trop sous-estimé : l’effet rétrograde du progrès technique. »

Suit le premier et iconique exemple : le jogging. Ou comment la civilisation, à mesure qu’elle produit des moyens techniques pour économiser ses efforts de déplacement (voitures, trains, ascenseurs, trottinettes et compagnie), s’invente simultanément des moyens pour dépenser le plus d’énergie de déplacement possible : le jogging. « Moins les citadins marchent, plus ils courent ».

Ce phénomène inspire à Debray ce puissant commentaire : « la déstabilisation technologique suscite une restabilisation culturelle. A chaque « bond en avant » dans l’outillage correspond un « bond en arrière » dans les mentalités."

Déjà là, je trouve ça plutôt sympatoche : de ne pas voir le jogging comme le signe positif d’une santé de fer, d’une hygiène exemplaire, d’une énergie débordante ou même d’un désir de communication frôlant l’hystérie - mais de le voir comme le signe d’une rétromanie. D’un bond en arrière. Comme la dépense irrépressible et proprement insensée d’une énergie qu’on a par ailleurs tout fait pour économiser.

Son absurdité criante se met à hurler à nos oreilles, et dans la vibration du tympan, on se prend à méditer : sur le bond en arrière plus général que les petits bonds sportifs de notre président pourrait faire faire à la France, qu’on nous présente bien évidemment comme un progrès.

Ainsi le « travailler plus pour gagner plus », fuite en avant dans la dépense d’énergie visant la dépense consumériste paraît-il aux tenant du capitalisme comme un indiscutable progrès. J’y vois, moi, une désolante régression de civilisation. La civilisation devrait travailler à libérer l’homme de ses aliénations, à poursuivre la démarche d’une réduction du temps de travail au profit du temps « libre », le mot est beau pourtant et devrait plaire aux libéraux.

La civilisation, vue de loin plutôt que dans l’obsession de nos polémiques 35h, devrait amener l’homme à travailler moins pour œuvrer plus. Œuvrer, le mot est beau lui aussi : on y entend l’œuvre, qui se hisse parfois au chef d’œuvre, mais on n’est pas obligé d’aller jusque là tout le monde n’a pas la vocation. Œuvrer, c’est travailler, certes, c’est étymologique : operare, c’est opera, qui désigne à la fois l’activité et son produit, son résultat. Donc œuvrer c’est travailler dans un rapport d’appropriation avec ce qu’on fait. C’est travailler en étant maître du sens qu’on donne à son activité : on l’a choisie, elle fait sens pour nous, elle est épanouissante, contraignante certes (même écrire un roman, c’est contraignant) mais stimulante et gratifiante ; nécessaire pour soi, pour d’autres raisons que le remplissage du frigo.

Dans l’œuvre, je mets indistinctement celles de mes activités rémunérées (celles que la société appelle mon « travail »), et celles non rémunérées (qu’elle appelle mon « loisir »), du moment que j’y trouve la gratification de m’y sentir digne et grandie par elles. J’en exclus celles de mes activités qui ne me font me sentir ni digne ni grandie, comme celles que j’ai faites quand j’ai fait « hôtesse d’accueil » - ça veut dire distribuer des pins dans un supermarché ou des prospectus publicitaires aux chauffeurs des voitures arrêtées au feu - ou bien petite main dans une entreprise - ça veut dire faire des photocopies et du rangement dans des bureaux sans fenêtres. Si ces tâches sont incontournables dans la société, le progrès devrait veiller à les raréfier, les écourter le plus possible et ne contraindre personne à les faire toute une vie - ces tâches-là, personne n’aime ça, ça n’a aucun intérêt que la quête de la seule subsistance, finalité non suffisante à l’édification d’un être humain. Mais aujourd’hui, pour beaucoup, c’est ça, travailler ; et si c’est ça, le travail, c’est l’aliénation.

Travailler vient de tripalium, instrument à trois pieux destiné à ferrer les bœufs ; de là, le travail désigne d’abord l’état d’une personne qui souffre (la parturiente, par exemple). Puis l’activité comme effort pénible, contraint. Difficile d’aimer ça. Et pourtant le slogan porté au pouvoir est bien celui-là : travailler plus pour gagner plus. Qui se traduit dans ma tête par : s’aliéner plus pour s’aliéner plus - via la spirale consumériste. Bond en arrière s’il en est. Rétromanie flagrante. Alors que moi, si j’étais présidente de la République, plutôt que de passer mes aubes à jogger en short, et ben je chanterais, à tue tête et sur tous les tons : travailler moins pour œuvrer plus. Ça vous fait pas rêver un peu plus, ça ?


Besson se la coule douce

Lu sur le site de Politis

par Michel Soudais

Eric Besson se verra confier « sous quinze jours » une première mission de conseil par le Premier ministre François Fillon, a annoncé mardi le secrétaire d’Etat chargé de la prospective et de l’évaluation. Le thème en sera « un sujet économique et social à sensibilité politique forte », a-t-il indiqué sans plus de détails lors d’une rencontre avec des journalistes.

Comme moi, vous avez bien lu cette dépêche de l’AFP. En clair, elle dit ceci :

1. Le transfuge du PS à la tête d’un nouveau département ministériel qui se veut « une structure de conseil qui peut travailler de façon transversale », reconnaît lui-même que depuis sa nomination, le 18 mai, il ne bossait pas puisque ses nouveaux maîtres ne lui avaient confié aucune tâche.

2. Que sa nomination n’avait pas d’autre utilité immédiate que d’accréditer l’idée fumeuse d’une « ouverture à gauche » du gouvernement sarkoziste. Ce qui en prévision des législatives représentait un intérêt.

3. Qu’il n’était donc depuis payé que pour cela.

4. Que cette situation changera mais pas avant deux semaines. Ou plutôt elle changera entre les deux tours des législatives. Pour un ultime effet d’annonce sans doute.

C’est beau de jouer ainsi les utilités. Et quelle belle image de la France qui travaille ! Travailler moins pour être ministre, ça ferait un bon slogan, non ?


Des personnalités du PS et du PCF créent "Gauche Avenir"

PARIS, 4 juin 2007 (AFP) - Des personnalités du PS et du PCF dont le député Paul Quilès ou l’eurodéputé Francis Wurtz ainsi que des intellectuels et associatifs ont annoncé lundi la création du rassemblement « Gauche Avenir » destiné à « redéfinir » les valeurs de la gauche.

« Face à une droite décomplexée, la gauche est aujourd’hui désorientée, écartelée et sans véritable repère unifiant », déclarent-ils dans un appel. « Elle a le devoir de redéfinir des valeurs claires et mobilisatrices ainsi que des objectifs simples. Il s’agit d’un préalable à toute “refondation”, “rénovation” ou “rassemblement” » ajoutent-ils.

« En créant Gauche Avenir, nous voulons contribuer, en dehors des partis, de leurs enjeux de pouvoir et des rivalités de personnes, à cette redéfinition », poursuivent-ils.

Des débats « ont commencé à s’engager dans de multiples lieux : associations, clubs, partis, milieux universitaires.. ; Gauche Avenir se propose d’être un lieu d’engagement individuel mais aussi un carrefour de ces différentes initiatives », soulignent-ils.

Parmi les premiers signataires de l’appel figurent des dirigeants socialistes proches de Laurent Fabius comme, outre M. Quilès, les eurodéputés Marie-Noëlle Lienemann et André Laignel, et pour le PCF, outre M. Wurtz, l’ancien ministre Jean-Claude Gayssot. On retrouve également les journalistes Claude Cabanes et Ivan Levaï et des universitaires tels que Gilles Candar ou Patrick Champagne.

Publié dans Actualité

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