Actualité

Lundi 30 mai 2005
 

Nous tenons à mettre en ligne le discours de Jean-Pierre Bel, Président du Groupe Socialiste du Sénat, en réponse à celui de politique générale de M. de Villepin.
En effet, ce disours rappelle très bien les liens entre la France et l'Europe, entre la crise française et celle de l'Union européenne ; il rappelle le bilan positif de Lionel Jospin, souligne la remise en cause du modèle social français par la majorité gouvernementale, etc.
Bravo Monsieur Bel,





Discours de M. Bel :


"Monsieur le Premier Ministre,

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les Sénateurs,

Vous venez, monsieur le premier ministre, de vous livrer à un exercice étrange puisque nous venons de réentendre un discours à l'identique de celui qui nous a été livré hier ici même par M. Sarkozy.
Alors, comment doit-on l'interpréter ?
Avez-vous si peu confiance en lui pour vérifier que cela nous a été dit ou bien sommes-nous face à une situation étrange qui en dit long sur le respect qui vient d'être témoigné à notre Assemblée ?

Il y aura bien, désormais, un avant et un après 29 mai dans l’histoire de notre pays et de l’Europe. Chacun d’entre nous, naturellement, a sa propre lecture de ce qui s’est passé. On attend de nous de dire de manière explicite comment, les uns et les autres, nous répondons aux craintes mais aussi aux attentes qui se sont manifestées.

Je vois, quant à moi, dans ce message des Français, entre autres explications certainement fondées, l’expression d’un mal de vivre et de souffrances liés à la vie quotidienne.
Souffrances de ceux qui sont confrontés au chômage, à une vie sans perspective ni pour eux, ni pour leurs enfants, sans perspective de moindre projet, souffrances de ceux qui sont confrontés à des conditions de vie toujours plus difficile, à un environnement qui se dégrade, à des conditions de logement dans lesquels la promiscuité et la cohabitation avec l’autre sont bien loin de ce dont ils avaient rêvé.

Voilà ce que nous ont dit, entre autres, les Français que nous avons rencontrés.

Dans le même temps, à côté de cette colère, de ces peurs, de ces doutes, il y a le sentiment aussi de ne plus être défendus, de voir le Pacte républicain qui, jusque là paraissait protéger, voler en éclats.

Alors, face à un engrenage qui semble ne plus savoir, ne plus pouvoir arrêter la machine à fabriquer de la pauvreté, il faut bien reconnaître que nous nous trouvons devant une crise de grande ampleur. Une crise que d’autres ont caractérisé de crise sociale, une crise économique, une crise politique et même une crise morale.

Nous avons tous à tirer des enseignements de ce message fort si l’on veut en comprendre la portée, offrir des perspectives et donner du sens à notre engagement politique. Nous sommes tous concernés, mais vous en conviendrez, d’abord vous-même, Monsieur le Premier ministre, vous-même et vos amis qui exercez les responsabilités gouvernementales depuis maintenant 3 ans.

Vous êtes-vous interrogés sur les raisons de votre impopularité, du discrédit qui est le vôtre à ce jour, discrédit qui fait qu’avant même de connaître vos propositions, huit Français sur dix interrogés dans un sondage annoncent que vous allez échouer ?
Peut-être aurait-on pu rappeler la sentence de Cicéron dans la Rome antique : « le peuple peut tout comprendre, pourvu que celui qui pose la question soit crédible » ?

La réponse est dans le bilan sans appel du précédent gouvernement auquel vous participiez : 230 000 chômeurs supplémentaires, c’est-à-dire 10,2 % de la population active, ce qui classe notre pays au 21ème rang de l’Union européenne en terme de chômage, en particulier pour le chômage des jeunes.

Vous avez contribué, lentement mais sûrement, remettre en cause les fondements de notre modèle social : en trente-quatre mois de gouvernement, la gauche et Lionel JOSPIN avaient crée plus de 1.100 000 emplois quand le gouvernement Raffarin en détruisait lui, dans le même temps, plus de 50 000.

La politique menée par vos gouvernements depuis 2002, est socialement injuste et économiquement inefficace : le chômage et la précarité augmentent, le pouvoir d’achat diminue, l’investissement productif baisse, la croissance est en berne, les déficits se creusent et les caisses sont vides.

Le gouvernement Raffarin endosse la responsabilité d’un rejet général dont l’Europe a fait les frais.

La réforme des retraites, construite sur des perspectives de croissance fausses, devra être remise à plat dans quelques années parce qu’elle n’est pas financée. Injuste et inéquitable, elle sacrifie les plus faibles…

La réforme de l’assurance maladie, engagée pour réduire le déficit de 15 milliards d’euros, risque fort de ne pas atteindre son objectif ; elle accroît la pression sur les plus faibles sans rien résoudre alors même que nous avions laissé les comptes de la sécurité sociale équilibrés.

Je pourrais rappeler ici le fiasco de la réforme de la décentralisation. Non seulement elle a pour conséquence de grever lourdement le budget des collectivités mais elle met à mal le pacte territorial.
Elle provoque une levée de boucliers chez les élus locaux, elle rend incontournable une forte hausse des impôts locaux, elle favorise un service public à 2 vitesses dans les territoires.

Votre politique a suscité, à chaque consultation électorale, le désaveu, la sanction, le rejet.

Le Chef de l’Etat n’en a tenu aucun compte. Jacques Chirac ne réagit pas, il n’entend pas. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre massivement désavoué, est maintenu à bout de bras, contre vents et marées, à l’encontre du suffrage universel. Le Chef de l’Etat doit endosser l’entière responsabilité de la situation dans laquelle nous nous trouvons. Par son entêtement, par son aveuglement, il a provoqué le résultat du 29 mai.

De cet aveuglement, l’Europe a payé le prix fort. A ce sujet, quel silence dans votre intervention ! Que savons-nous, à la veille du Conseil européen, des orientations que vous entendez défendre ? Je tiens à indiquer ici que notre groupe vous a demandé d’organiser un débat parlementaire avant ce prochain Conseil. L’avenir de l’Europe est en suspens, le traité constitutionnel est moribond. Quelles leçons en tirez-vous ?


Face à cette situation les Français attendaient une réponse qui soit à la hauteur de l’enjeu, un vrai changement de cap. Vous nous avez dit hier, au contraire, que « le cap serait maintenu ».

C’est donc cela que vous avez retenu du message du 29 mai ?
A ce titre, Monsieur le Premier ministre, mais aussi parce que vous étiez membre des gouvernements Raffarin, vous êtes comptable de ses renoncements et de ses échecs.

Alors, en réponse aux souffrances des français, vous avez promis une nouvelle impulsion, vous avez promis de remettre la France en marche. Quel aveu d’échec pour votre prédécesseur !

Reprenant mot à mot les annonces successives de Jacques Chirac et Jean-Pierre Raffarin depuis 3 ans, vous appelez à une grande mobilisation en faveur de l’emploi.

La mesure phare de votre programme, c’est le contrat « nouvelle embauche », bel exemple de mesure sociale ! Vous proposez pour exaucer une demande déjà ancienne du MEDEF, un contrat de travail dont la période d’essai dure deux ans. Deux ans pendant lesquels, l’employeur pourra licencier du jour au lendemain. En réalité, votre contrat de nouvelle embauche, c’est un permis de licencier sans motif !

Vous construisez là une nouvelle forme de contrat de travail en permettant à un employeur de se séparer d’un salarié sans avoir à payer les indemnités compensatrices de précarité de 10% du salaire qu’il serait obligé de verser s’il s’agissait d’un CDD.
Avec le contrat nouvelle embauche, le chèque emploi entreprise, applicable dans les petites entreprises vous montrez-là le vrai visage du modèle patronal que vous portez !

Le chèque emploi entreprise est un chèque en blanc pour l’employeur ! Ce chèque fait disparaître l’obligation de signer un contrat de travail, seul garde-fou protecteur des droits impératifs du salarié : la rémunération, le temps de travail, la durée du contrat et des modalités de résiliation. Ce chèque fait disparaître la feuille de paye, libérant ainsi l’employeur de l’obligation de respecter le salaire initialement promis !

Vous avez fait le choix de ne cibler que les petites entreprises, et ce, à dessein. Evidemment, ce sont celles où les salariés sont le moins bien organisés.

De la même manière, en ne comptant pas les jeunes de moins de 25 ans dans leurs effectifs pour le calcul du seuil des 10 salariés, vous remettez insidieusement en cause le droit syndical. Naturellement, dès aujourd’hui les petits patrons applaudissent et les organisations syndicales se mobilisent.

Les chômeurs qui auraient refusé une proposition d’emploi dite « raisonnable », se verraient privés de leurs indemnités. On peut se demander ce qu’est une proposition « raisonnable » ? Doit-on tout accepter et qui appréciera ? Est-ce une nouvelle forme de la politique de la carotte et du bâton ?

Ces mesures, les seules mesures nouvelles de votre programme pour l’emploi, sont autant de brèches dans notre code du travail. Alors que les français réclamaient davantage de protection sociale, vous portez atteinte aux piliers de notre modèle social.

A la demande de sécurité professionnelle et sociale de nos concitoyens, vous répondez par plus de précarité et plus d’insécurité.

Face à la flexibilité que vous introduisez de manière éhontée dans notre droit du travail, vous n’offrez en contrepartie, aucune garantie nouvelle aux salariés.

Votre Ministre du Commerce, a eu la franchise de dire, avant d’être rappelée à l’ordre : « le droit du travail, --je la cite-- est « compliqué, lourd et peu flexible, il constitue un frein à l’embauche. Ces freins doivent être évacués ». Une fois encore, vous donnez des gages aux plus forts et vous stigmatisez les plus fragiles.

Enfin, vous reconnaissez vous même que vos marges de manœuvre budgétaires sont étroites et dans le même temps, vous annoncez une nouvelle baisse des cotisations sociales, baisse qu’il faudra bien financer par le budget de l’Etat ou par les privatisations de nos fleurons industriels et commerciaux !

Il y a les mots et la réalité. Pourtant, vous avez prôné un changement de méthode. Vous avez dit que le temps de la concertation et de la réflexion était venu, vous avez peut être même suscité des espérances. Tout cela pour aboutir à quoi ? Au recours aux ordonnances, une des pires méthodes de la Vème République qui consiste à nier les droits du Parlement, qui tourne le dos au dialogue, à la consultation des partenaires sociaux sur un sujet aussi essentiel que la politique de l’emploi.


Le 29 mai a exprimé une exaspération, une forme de désespérance, vous y ajoutez aujourd’hui la frustration.

Vous spoliez les salariés de leurs droits au dialogue, à la négociation, vous allez générez la colère… C’est une lourde responsabilité, Monsieur le Premier Ministre, sur laquelle vous serez jugé, sans tarder, dans les semaines qui viennent.

La situation mérite des politiques, des orientations radicalement nouvelles. Sur l’emploi, sur le pouvoir d’achat des familles, nous savons bien que cela passe dans l’immédiat par l’augmentation de la prime pour l’emploi, la valorisation de l’allocation de rentrée scolaire.

L’objectif du droit à un emploi digne pour chacun doit constituer un chantier prioritaire, avec une véritable sécurité sociale professionnelle et un droit à la formation tout ou long de la vie. Et pour cela, en préalable, nous devons nous en donner les moyens en convoquant une grande conférence, une négociation avec les partenaires sociaux portant sur l’emploi, les salaires, le pouvoir d’achat et l’insertion des jeunes.

Vous avez dit, Monsieur le Premier Ministre : « je me donne 100 jours pour rendre la confiance aux Français d’ici le début du mois de septembre ».



Dans 100 jours, l’opposition sera là pour apprécier votre action à sa juste valeur. La situation de la France et de l’Europe est grave. Nous serons attentifs et vigilants. Nous développerons, dans cette période des propositions alternatives, celles que nous élaborerons dans un dialogue avec les français et avec l’ensemble de la gauche.

Monsieur le Premier Ministre, mes chers collègues.

La France et l’Europe vont mal et nous avons le devoir de dire la vérité aux Français. Cela signifie qu’il faut se garder des discours simplistes, incantatoires qui seraient plus sources de désillusions que de solutions concrètes.

Mais il faut aussi avoir une véritable ambition, proposer une politique radicalement nouvelle pour répondre à la demande de justice sociale et de solidarité.

Nous devons signifier clairement le retour du politique dans ce qu’il a de plus noble, c’est-à-dire sa capacité à influer sur le cours des choses, à remettre l’homme au cœur de notre système et non le contraire.

Nous devons signifier aussi que nous ne renoncerons pas à notre combat pour une Europe plus politique et plus sociale. Et vous savez, sur ce point là, qu’il faudra sortir de l’impasse budgétaire décidée par M. le Président (plafonnement du budget européen à 1 % du PIB) qui ne permet aucune ambition nouvelle pour l’Europe.



Monsieur le Premier ministre, vous venez aujourd’hui vers le Sénat réclamer la confiance. Pour qu’il y ait confiance, encore eut-il fallu que vous ayez pris la pleine mesure de l’état de la France, du désarroi exprimé par les Français.

Il aurait fallu que vous indiquiez un cap clair et transparent, en rupture avec les orientations calamiteuses de ces trois ans de gouvernement.

Sur les équipes, sur les orientations, c’est tout le contraire que vous nous annoncez en vous inscrivant dans la continuité.

Alors, les Français peuvent compter sur les socialistes pour construire, avec d’autres, un autre horizon et pour s’opposer à l’avenir que vous nous tracez, une société dominée par la précarité.

Cet avenir, fait d’irresponsabilité, d’inconséquences et d’injustices, nous n’en voulons pas. C’est pourquoi vous n’aurez pas notre confiance."

 

J-P BEL

Par SDJ 30
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Jeudi 9 juin 2005

Article intéressant (bien que parfois mal articulé) paru dans Libération sur l'identité de la gauche au lendemain de la défaite du "oui" au référendum sur le traité constitutionnel européen.

L'identité de la gauche ne peut se construire que sur la proposition d'un nouveau regard.


Un PS sans imaginaire
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Par Zaki LAIDI

Zaki Laïdi est politologue au Centre d'études et de recherches internationales (Ceri).

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mardi 14 juin 2005

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les divisions au sein du PS ont sans doute pesé sur le résultat du 29 mai. Mais réduire cet échec à ses dissensions relèverait du contresens. Le PS continue à être un parti sans véritable force propulsive qui lui permettrait non seulement de faire contraste avec une droite aux abois, mais surtout d'arracher l'adhésion de couches sociales en déshérence. Il lui manque un nouvel imaginaire politique qui l'aiderait à sortir de l'imaginaire de la «rupture» à partir duquel il s'est historiquement construit.

Par petit vent électoral (cantonales, régionales), cette carence peut faire illusion. Mais quand la houle est forte, la digue s'effondre. En toute équité, le fameux «réformisme de gauche» enfanté par le congrès de Dijon n'est à l'évidence pas à la hauteur de l'enjeu.

Prenons un seul exemple: plusieurs responsables socialistes ont, depuis la victoire du non, annoncé qu'ils quittaient ou rompaient avec Attac. En soi, la décision est salutaire. Mais ce qui paraît extravagant est que des responsables du principal parti de gauche aient attendu 2005 pour réaliser qu'Attac restait dominé par une mouvance souverainiste et néocommuniste dont le point commun est la haine historique de la social-démocratie, même s'il faut admettre l'existence dans ce mouvement d'une minorité clairement européenne et réformiste dont la direction cherche clairement à contenir l'expression. Avoir attendu 2005 pour découvrir cette vérité est une faute politique qui renforce notre hypothèse selon laquelle le PS reste un parti gazeux et perméable, par manque de confiance en lui, à une série d'influences qui ne cherchent qu'à le miner.

Certes, on peut imaginer que dans un combat politique, il faille instrumentaliser certains faux amis. Car la politique est aussi un jeu d'adresse. Mais il paraît plus grave de découvrir naïvement, aujourd'hui, les inconvénients d'un compagnonnage avec tous les conservateurs de gauche, que de vouloir purement et simplement les instrumentaliser pour pallier la faiblesse électorale du PS. C'est la raison pour laquelle poser les problèmes du PS par rapport à la gauche conservatrice n'est pas essentiel. Cette gauche désespérée ne progresse que parce que la gauche réformiste ne leur offre pas de perspective pour espérer.

Avoir un projet n'est pas aligner des propositions sans fin sur l'emploi, la santé ou le logement. C'est avant tout produire une vision forte et articulée du monde dans lequel nous sommes, en indiquant clairement ce qui a changé, ce que l'on ne peut plus faire et ce que l'on doit changer. Il n'y a pas de projet possible sans discours politique.

Pour cela, il faut d'abord aller du plus général vers le plus particulier. Le point d'entrée : la transformation du capitalisme qui détruit tendanciellement les compromis sociaux à l'échelle nationale, et par là même modifie l'équilibre des forces entre travail et capital au détriment du premier. C'est un point fondamental qui doit distinguer la gauche française du blairisme qui, lui, a renoncé à critiquer le capitalisme. La social-démocratie a toujours cherché à dégager un compromis entre le capital et le travail dans le cadre d'économies nationales. Elle a ainsi, tout au long du XXe siècle, cherché à intégrer les salariés aux gains de la croissance.

Aujourd'hui, il faut avoir conscience que l'échelle du compromis est véritablement mondiale. Dans une économie ouverte, ce sont désormais un milliard de nouveaux salariés qui entrent dans le jeu social et qui demandent leur place. Naturellement, il existe encore des espaces nationaux qui filtrent cette nouvelle réalité. Mais l'enjeu est bien à cette échelle. En quinze ans, la force de travail mondiale a doublé, et ce doublement a altéré et altérera dans de fortes proportions le rapport entre le travail et le capital. Car si le travail devient de plus en plus abondant à l'échelle mondiale, c'est forcément le capital qui en tire avantage. De ce point de vue, la gauche doit bien voir que ce que l'on appelle la mondialisation n'est pas un mauvais moment à passer, mais un processus de transformation de très grande ampleur, qui n'en est encore qu'à ses débuts. Une gauche inspirée devrait donc pleinement prendre conscience de l'ampleur du phénomène, non pour attiser les peurs, mais pour faire comprendre deux choses essentielles : que l'on ne retournera pas en arrière car cela reviendrait à refuser le développement à d'autres et que le seul niveau d'action pour tous dans cette affaire est l'Europe.

Si le concept d'Europe sociale a un sens, c'est bien dans ce domaine-là : celui de la régulation mondiale au travers de la reconnaissance de normes sociales fondamentales qui évitent un ajustement social vers le bas. La réalité de la pression exercée par la mondialisation sera d'autant plus forte qu'à cet effet de masse ­ l'arrivée sur le marché mondial d'un milliard et demi de salariés ­ s'ajoute un effet qualitatif encore plus fort. Certains feignent de s'inquiéter de l'arrivée massive des textiles chinois. Mais dans quelque temps, la querelle paraîtra anecdotique. La vraie question se posera dans moins de cinq ans, quand la Chine produira plus d'ingénieurs en sciences et en ingénierie que les Etats-Unis. Autant dire que l'idée d'un Sud qui ne nous concurrencerait que sur les produits bas de gamme sera de moins en moins vraie. Le monde change, très profondément, et il y a peu de chance pour que cette tendance soit inversée. Voici ce qu'un projet de gauche devrait dire et préciser de manière inlassable.

Comment donc ne pas revenir en arrière sans pour autant ne voir l'avenir que de manière inquiète ou négative, ce qui serait, soit dit en passant, la négation historique de la gauche? La réponse est simple : par un changement fondamental de méthode de représentation et d'action sur le monde.

Il faut d'abord dire à ce propos que dans ce contexte mondialisé où le capital a pris le pas sur le travail et où, donc, le capitalisme dissocie les destins au lieu de les associer, l'utilité politique de la gauche n'a jamais été aussi grande. Et si cette réalité d'évidence ne s'impose pas à tous, ce n'est pas parce que le rapport de force inégal entre travail et capital n'est plus d'actualité, mais parce que les forces de gauche n'ont pas été à la hauteur de la nouvelle situation historique.

A partir de là, que faire ? La social-démocratie a historiquement raisonné et agi en termes de compensation. Le capitalisme créait de la richesse sans se préoccuper de sa distribution. La social-démocratie intervenait alors pour compenser et corriger l'inégale distribution de la richesse par la redistribution. Or, cette dynamique propulsive du capitalisme redistributif s'est profondément émoussée. Naturellement, la redistribution par l'impôt reste et restera essentielle. Mais le jeu de la redistribution est aujourd'hui affaibli par l'extraordinaire individualisation des demandes sociales, par l'insuffisance de la logique distributive chez des individus trop affaiblis dès leur entrée dans le jeu social, par l'ampleur des contraintes fiscales qui pèsent déjà sur les Etats, par la difficulté de compenser en termes purement financiers les perdants sociaux de la mondialisation, enfin par les extrêmes fluidité et rapidité des processus de transformation qui font qu'à peine un changement est identifié, un autre se produit.

Alors que faire ? Changer radicalement, c'est-à-dire en se préoccupant plus de ce qu'il convient de faire pour distribuer la richesse et la sécurité que de s'intéresser à l'épuisement des mécanismes de compensation et de redistribution. L'identité de la gauche ne peut se fonder sur la seule optimisation de la redistribution. Elle doit lier son identité à la distribution de la richesse. Et ce considérable changement de perspective sur les problèmes nécessite une véritable révolution mentale. Face à une droite dont le seul discours est celui de l'adaptation («Adaptez-vous car vous allez disparaître»), la gauche peut dire «Changeons profondément pour bien mieux vivre.» Certes, la gauche parle de changement. Mais le terme est souvent ambigu, car aux yeux de certains il signifie le retour au statu quo ante. C'est de cette ambiguïté que le PS ne parvient pas à sortir.

Mais ce faisant, la gauche ne risque-t-elle pas d'apparaître prônant, comme la droite, la seule adaptation ? Non, car le message de la gauche doit être clair : adaptation avec contrepartie. Pousser à l'adaptation sans contrepartie, c'est-à-dire sans sécurité, est illusoire et anxiogène. Prenons un seul exemple dont tout le monde parle : les délocalisations. La manière dont la droite tente de régler le problème est probablement la plus mauvaise qu'il soit. Elle consiste à jouer sur les incitations fiscales, qui amènent à penser que les charges sociales sont la source du problème, et sur l'éparpillement des pôles d'excellence dont la sélection paraît davantage relever du clientélisme politique que de la stratégie économique.

Or, sur un sujet aussi sensible, on ne peut ni fermer ou refermer les frontières ­ ce qui serait économiquement désastreux pour le pays car on ne sera jamais assez compétitif face aux travailleurs chinois ­ ni demander à des salariés souvent peu qualifiés et âgés de se «former» ou de se requalifier. La logique compensatrice trouve ici ses véritables limites. Dans le textile, si des entreprises souffrent, c'est précisément à cause d'un plan Borotra d'inspiration protectionniste et à courte vue qui révèle ses dégâts aujourd'hui. Y a-t-il alors des marges d'action ? Oui, à condition d'anticiper les changements plutôt que de constater les dégâts. On ne luttera pas contre les délocalisations en fermant les frontières, en baissant le coût du travail, comme le pense la droite, ou en indemnisant les perdants, mais en anticipant les changements par la formation et l'implication en amont de tous les acteurs, qu'il s'agisse des entreprises qui souvent rognent sur la formation au prétexte que la compétition est rude, des syndicats, dont tous hélas ne sont pas réformistes, des collectivités locales et des politiques.

Mais cet exemple ne doit pas cacher l'essentiel. Le défi pour la gauche, c'est d'inventer un nouveau regard sur le monde et les choses en se remettant en cause bien plus qu'elle ne l'a fait. Ce que ses électeurs ont indirectement sanctionné le 29 mai, ce n'est pas son excès de réformisme, mais son excès de conformisme.

Par SDJ 30
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Mardi 21 juin 2005

Résolument oui, et même plus, il est vital.

Mais une fois cette évidence affirmée, vient immédiatement en corollaire l'autre question : comment ?

D'abord, il faut définitivement refermer la plaie du référendum. Ce qui ne devrait pas, après tout, être si compliqué que çà, dans la mesure où les tenants du oui et les tenants du non avaient in fine le même objectif : construire une Europe plus politique et plus sociale. En effet, si l'on enlève les procès d'intentions des uns et des autres, seule la méthode divergeait. Pour les tenants du oui dont nous étions, le TCE permettait de faire un pas dans la bonne direction alors que pour les camarades socialistes favorables au non, il comportait plus d'inconvénients que d'avantages. Le peuple a tranché, le TCE est mort, le débat est clos. Remettons-nous au travail.

Ensuite, il faut réaffirmer nos règles de vie dans le parti. Sur ce point, aucune hésitation : Démocratie et respect mutuel. Quand le parti a tranché, qui plus est, après un long débat interne, le choix des adhérents doit être respecté. Ceux qui font campagne à l'extérieur contre la position des adhérents doivent partir. Nous en profitons pour saluer ceux qui minoritaires dans le parti ont respecté le choix de la majorité, en se tenant en retrait durant la campagne ; avec eux seulement le rassemblement est possible.

D'ailleurs, le vent du rassemblement soufflait déjà ce W.E dans le Gard à Aigues Mortes, lors de la fête de la Rose, où les camarades gardois, toutes tendances confondues, ont cicatrisé les plaies autour d'une Paella délicieuse.

Enfin, il nous faut dés à présent travailler à un projet crédible et alternatif à la droite, à la fois pour les échéances nationales et locales. SDJ30 y apportera sa pierre.

 

Nicolas JULIEN

Président de SDJ30.

Par SDJ 30
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Vendredi 19 août 2005

Le nouveau gouvernement Villepin devait incarner une nouvelle impulsion sociale. Cet été, il a montré qu'il s'agissait plutôt d'une accélération libérale. Les choses sont désormais claires à droite, les échéances de 2007 se profilant en l'horizon, il s'agit bien pour la droite de faire passer le plus rapidement possible, les dernières réformes très libérales. L'été est la saison idéale pour çà. D'une part la torpeur estivale se prête bien à ce genre d'exercice et d'autre part, il est vrai que les vacances du feu gouvernement Raffarin d'y a 2 ans s'étaient soldées par plusieurs milliers de morts. Villepin a donc profité de nos vacances pour décliner sa politique, en reprenant cet adage bien connu à l'UMP : " Précarisation et Privatisation sont les deux mamelles de la Droite".

En effet, Villepin nous a d'abord fait en grande pompe le remake de 1986 en nous expliquant que la précarisation du salariat via le contrat nouvel embauche (à la fois plus flexible que le CDI et moins payé que le CDD) devait créer des centaines de milliers d'emplois : on attend encore les mêmes centaines de milliers d'emplois que devait permettre la fin de l'autorisation administrative de licenciement.

Puis, la droite a décidé de vraiment se faire plaisir en faisant uniquement de l'idéologie et pour çà, il fallait privatiser quelque chose. N'importe laquelle, mais il en fallait une, alors pourquoi pas les autoroutes (c'est vrai aussi qu'il ne reste pas grand chose d'autre). Ainsi, le gouvernement a annoncé sa décision de céder les parts que l'Etat possède actuellement dans les sociétés d'autoroute ASF, PRR et SANEF et qui en font l'actionnaire majoritaire.

Comment les socialistes doivent ils se positionner dans ce genre de situation? Deux pièges sont à éviter absolument :
Le premier est de tomber dans le travers du "tout public" en opposant une position de principe surannée qui consisterait à voir dans la nationalisation, le seul mode de gestion possible des biens collectifs. En bref, le miroir du tout privé idéologique de la droite, c'est à dire le choix de l'opposition sans avenir gouvernemental.
Le deuxième, intimement lié au premier et dans lequel malheureusement le parti est tombé, est d'acquiescer tacitement sous prétexte que l'ouverture de leur capital a été commencée sous la gauche et de peur de se le voir reprocher par les tenants de la première attitude.

Au dogmatisme, il faut opposer au contraire un choix du type de gestion d'une activité qui doit être au cas par cas : privé lucratif pur, privé lucratif avec obligation de service public, privé non lucratif, mixte ou public. Ce choix doit dépendre du type de l'activité, du contexte social et économique, et des conséquences financières pour l'Etat et les usagers.

En l'espèce, le choix de privatiser totalement les autoroutes apparaît clairement comme une perte financière pour l'Etat à moyen terme (20 milliards d'€ selon Raffarin lui-même), un risque pour les usagers de voir augmenter les tarifs dans une situation de monopole économique, et la perte pour l'Etat d'un levier stratégique en matière d'environnement et d'aménagement du territoire. Les raisons de dénoncer cette option d'une gestion exclusivement privée ne manquent donc pas.

Enfin, on peut d'ores et déjà, imaginer le ridicule de la situation si, à plus ou moins long terme, ces entreprises rentrent dans l'escarcelle de sociétés étrangères. Villepin et Sarkosy préconiseront alors sûrement comme dans l'épisode de Danone l'intervention de la Caisse des dépôts et consignation. Ah ! Démagogie quand tu nous tiens…

Nicolas JULIEN
Président SDJ 30

 
Par SDJ 30
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Jeudi 8 septembre 2005
 
Nous voici à la fin du délai des cents jours que s’était donné notre Premier Ministre Dominique de VILLEPIN pour redonner confiance aux Français.
L’objectif n’est pas rempli et pour autant, notre gouvernement ne cessera pas de briser notre cohésion. Je ne suis pas certain d’exagérer en affirmant que notre exécutif actuel, arrivé en 2002, est le plus incompétent de notre génération (20 – 30 ans).
Il faut pourtant l’admettre : des réformes ont été entreprises. De quelle manière ? La majorité continue de prôner la flexibilité et la libéralisation irrégulée alors même que nous ne cessons de constater les dégâts considérables de pareilles politiques à travers le monde.
Mais ne nous y trompons pas, nos dirigeants se réjouissent –tout au moins se satisfont- de l’évolution actuelle de notre pays. Une évolution à l’anglo-saxonne dans un Etat de droit latin et de tradition continentale. Mais une évolution parfaitement positive dans une vision individualiste de la société : Les plus aisés et les plus « adroits » (cela est à nuancer fortement) s’en sortiront mieux.
Cette vision s’oppose frontalement aux fondements du Socialisme : « la liberté, mais aussi I'égalité et la dignité des hommes et des femmes, le bien-être, la responsabilité et la solidarité. »
Pour justifier une plus grande flexibilité, le gouvernement affirme que seule une réforme en profondeur du marché du travail serait susceptible de changer la donne [1].
Dans un premier temps, il s’agirait de mettre en place le « contrat de travail unique » prôné par le rapport de Michel CAMDESSUS, le livre de chevet du Ministre d’Etat Nicolas SARKOZY. Pourtant, le bilan désastreux de Monsieur CAMDESSUS à la tête du FMI devrait inciter à la prudence. D’ores et déjà, le contrat « nouvelle embauche » (CNE) avec une période d’essai de deux ans va dans le sens d’un assouplissement du droit du travail, rendu de fait, responsable du chômage.
Cette expérimentation est à surveiller de très près, car il est assez probable que l’objectif insidieux soit de la généraliser à l’ensemble – ou presque - des entreprises.
Cette première action s’accompagnera de sanctions appliquées aux chômeurs qui refuseront un emploi jugé « acceptable ». Mais en l’occurrence, qu’est-ce que l’on juge comme étant « acceptable » ?
En définitive, l’approche générale du gouvernement postule que, grâce aux « réallocations d’emplois » plus rapides (suppression des emplois dans les entreprises en déclin, embauches dans celles en essor), la production des entreprises, donc la croissance, sera plus importante. En réalité, c’est une théorie assez faible. Tout d’abord, le lien entre réallocations d’emplois et accélération de la croissance est plus que douteux. A croissance inchangée, on ne voit pas bien comment le nombre d’emploi pourrait augmenter autrement que marginalement. Certes, la rotation des emplois deviendrait plus grande, ce qui aura pour effet d’augmenter la probabilité de retrouver rapidement un emploi, mais au prix d’une augmentation de la probabilité de le perdre pour l’ensemble des salariés.
Le marché du travail joue un rôle certain dans la lutte contre le chômage, mais en réalité, ce rôle n’est pas de premier plan. Ce n’est pas l’emploi qui fait la croissance, mais la croissance qui fait l’emploi. 
Il est donc aisé de soupçonner -comme le font d’ailleurs certains économistes- ceux qui plaident en faveur d’une réforme profonde du marché du travail soit d’avancer masqués, soit d’œuvrer inconsciemment pour le compte d’autres, plus radicaux, dont le véritable objectif n’est pas de réformer le marché du travail, mais d’en finir avec le droit du travail.
Ce que nous proposent Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy n’est donc en rien le modèle danois qu’ils prenaient pourtant en exemple. Sans doute était-il plus prudent de leur part de parler de ce dernier et non du modèle anglo-saxon. Modèle assez mal perçu en France malgré certaines campagnes médiatiques actuelles que l’on peut parfois qualifier de véritables propagandes.
Arrêtons nous un instant sur le modèle danois : Un modèle qui allie un haut niveau de solidarité envers les chômeurs et une facilité non moins grande pour les employeurs de licencier quand la conjoncture ou les mutations technologiques les y contraignent. Egalement, celui-ci suppose un fort taux d’imposition (supérieur au notre) mais une redistribution plus effective et surtout un budget consacré à la recherche d’emploi bien plus conséquent.
De ce modèle, le plan « emploi » du gouvernement français écarte la sécurité et ne reprend que la flexibilité. Il reste de ce fait dans la lignée des politiques suivies depuis trois ans, pourtant tant décriées, notamment - et malheureusement - par le « non » au référendum du 29 mai dernier.
Les mesures mises en place actuellement ne vont qu’accroître la segmentation du marché du travail et les inégalités salariales. Elles sont dangereuses, stupides, et traduisent l’autisme du pouvoir face à la détresse sociale du peuple français.
En fait, le gouvernement semble demeurer prisonnier d’une vision du marché du travail qui voit dans le chômage la conséquence des trop hauts salaires exigés par les chômeurs (d’où de nouvelles baisses de charges) et de garanties sociales excessives (d’où le contrat « nouvelle embauche »). Quant à notre Premier Ministre Dominique de Villepin (qui s’occupe peut-être un peu trop de son côté « leader de charme »), il demeure enfermé dans une logique clientéliste en répondant aux attentes supposées des patrons de PME et à celles du MEDEF, désormais dirigé par Madame PARISOT, encore plus pressante que son prédécesseur parti à l’UNICE. Enfin, notre Président de la République Jacques CHIRAC, désormais totalement absent sur la scène nationale, espère faire passer ces réformes néolibérales en jouant au « héros » souverainiste à Bruxelles. Au lieu d’ancrer la France dans une Europe unie et efficace, il donne ainsi raison à tous ceux qui prônent le retour au national et l’abandon de l’espoir européen.
Nous avons un bel avenir en perspective : le retour au national et le refus de l’Union, pour une libéralisation toujours plus sauvage !
 
 
Nicolas CADENE


[1] Cf. Alternatives Economiques du mois dernier qui traite du sujet.
 
Par SDJ 30
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Mardi 8 novembre 2005

Violences urbaines en Banlieues

Nicolas Cadène

Voici 2 communiqués de la LDH que je trouve très justes :


> 3 novembre 2005 - Violences urbaines
Impuissance et mépris

Communiqué de la LDH

Trente ans de mépris, trois ans d’arbitraire érigé en politique, faut-il s’étonner que ce que l’on nomme avec désinvolture « les quartiers » manifestent violemment leur désespoir ?

Les incidents qui se déroulent sont le produit des politiques suivies depuis des décennies. Certes, toutes les politiques ne se valent pas ; il n’en demeure moins que ce qui est en train de se dérouler n’est que le résultat d’échecs répétés et aggravés par trois ans de répression aveugle.

 

Face à cette situation, les seules réponses sont celles de la provocation, de la force et de l’impuissance. Le ministre de l’Intérieur exprime avec arrogance son désintérêt pour tous ceux qui sont laissés sur le bas côté de la route. En fait de Justice et de fermeté, seul le deuxième terme trouve à s’appliquer renforçant ainsi le sentiment que ce qui importe à ce gouvernement c’est de juguler ces révoltes plutôt que d’apporter des solutions. Comme chez tout gouvernement atteint par l’impuissance, le discours d’ordre remplace la construction d’un autre avenir pour des populations qui constatent qu’elles n’en ont aucun.

 

S’il est effectivement intolérable que les plus pauvres d’entre nous supportent ces manifestations de violence, le gouvernement est bien malvenu de stigmatiser des populations entières au point de provoquer l’accroissement des violences qu’il dit combattre.

 

C’est d’une autre politique que nous avons besoin. Il en va de notre responsabilité collective.

Paris, le 3 novembre 2005

> 7 novembre 2005 - Violences urbaines

Communiqué de la LDH

Contrairement à ce qu’indiquait samedi 5 novembre un grand journal du soir, la Ligue des droits de l’Homme n’est pas préoccupée par la démission de M. Nicolas Sarkozy. Pour symbolique que soit cette demande, elle ne résoudra rien. La LDH considère en effet qu’il est illusoire de personnaliser des responsabilités qui concernent le gouvernement en son entier.

 

Le ministre de l’Intérieur, en tenant des propos incendiaires et méprisants pour préparer sa campagne présidentielle en direction de l’extrême droite, a certes commis une faute politique et morale. Mais le Premier Ministre lui a solennellement renouvelé sa confiance à plusieurs reprises, et la responsabilité du gouvernement, comme des gouvernements dont M. Raffarin fut le Premier Ministre, est entière et collégiale.

 

Ce sont des années de politique centrée sur le tout sécuritaire qui sont en cause. Le sabotage des actions de prévention, l’asphyxie du monde associatif, la démolition de la police de proximité, la tolérance à l’égard des discriminations quotidiennes, notamment à l’égard des personnes étrangères ou supposées telles en raison de leur faciès, l’état d’une école qui ne peut réduire la ségrégation nous font mesurer aujourd’hui non seulement l’échec mais la redoutable nocivité de cette politique. Ce n’est pas seulement le langage du ministre de l’Intérieur, ce sont les actes de l’ensemble du gouvernement qui relèvent d’une logique d’apprenti sorcier.

 

Au-delà, c’est aussi l’incapacité des gouvernements successifs depuis des décennies à faire reculer le chômage massif, l’explosion de la précarité, la systématisation des discriminations racistes et territoriales, qui apparaît en pleine lumière aujourd’hui. Les émeutes sont auto-destructrices voire suicidaires, elles nuisent essentiellement à ceux dont elles dénoncent l’exclusion. Mettre fin à la spirale de violence et de destruction est vital pour l’avenir même de ceux qui se révoltent aujourd’hui. L’intervention des forces de l’ordre est inévitable mais la réponse purement policière à la protestation désespérée des exclus, seule envisagée dimanche par le président de la République, accentue le sentiment d’injustice. Il n’y aura pas de retour au calme sans que la République reconnaisse les injustices subies. Il n’y aura pas de paix sans justice, sans révision profonde des politiques publiques qui creusent les inégalités et les discriminations dans ce pays.

 

La violence destructrice ne résoud rien, elle aggrave même les maux contre lesquels elle prétend se dresser, mais il n’en est que plus urgent de construire une mobilisation civique qui permette aux victimes de l’injustice de s’unir pour qu’il y soit mis fin. C’est d’une véritable mobilisation de toutes les forces sociales et politiques qui rejettent les discours d’élimination du gouvernement et notamment du ministre de l’Intérieur que nous avons besoin. C’est une véritable campagne pour le respect, pour l’égalité et pour les droits civiques qu’il faut aujourd’hui engager, « tous ensemble », afin que les actes des gouvernants cessent de contredire la devise de la République.

 

Paris, le 7 novembre 2005





Egalement, voici 3 excellents éditos de Patrice Biancone :

Editorial politique du 07/11/2005

Banlieues : misère et conscience de la misère

Patrice Biancone
(Photo RFI)

Il n'y a pas eu anticipation du phénomène. A croire que tous les baromètres sociaux du gouvernement étaient en panne, à commencer par celui du ministre de l'Intérieur qui répète pourtant, depuis de longs mois, qu'il est un homme de terrain. Un responsable politique qui a le contact avec les Français et qui sait parler leur langage.

Rien vu venir. Ni la misère. Ni la conscience de cette misère. Et encore moins le ras-le-bol, presque nihiliste, de ces jeunes qui brûlent leur propre quartiers; ras-le-bol qui fait que nous en sommes, aujourd'hui, au 11e jour d'émeutes; que les violences s'aggravent; et que, désormais, chacun semble dépassé, y compris le pouvoir exécutif dont le chef, Jacques Chirac, est intervenu pour dire que le dernier mot devait rester à la loi.

Il était nécessaire de le rappeler. Mais, c'est peu face à la gravité de la situation, et face aux attentes des Français, ce que n'ont pas manqué de souligner des élus de tout bord qui en ont assez de voir le désordre s'étendre à tout le pays. Dans tous les cas, ce rappel du président de la République assorti d'une déclaration sur le respect de chacun, de la justice et de l'égalité des chances, n'a pas été suffisant pour que les jeunes cessent leurs actions commandos. La nuit dernière a été une nouvelle nuit d'incidents et d'affrontements. Autant dire qu'il faudra aller au-delà pour les calmer et pour leur enlever de la tête que la seule présence de Nicolas Sarkozy au gouvernement est une raison suffisante pour sortir dans la rue et participer activement aux destructions.

Le retour au calme comme préalable. Jacques Chirac n'était pas dans le protocole compassionnel au moment de son intervention, mais bien dans le seul rappel d'une évidence. La République ne peut souffrir que son autorité soit contestée. C'est d'ailleurs en vertu de ce principe qu'un renforcement des forces de police a été annoncé.

Une décision qui suit un constat: dans les banlieues, les élus ne sont pas écoutés. Pas plus que ceux que l'on appelle les grands frères ou les religieux pourtant mis à contribution. Il y a, et il faudra faire avec, la certitude que la parole est porteuse de promesses interchangeables et inefficaces, qu'elles soient de droite ou de gauche, qu'on les qualifie de la ville ou de nationale.

Nous serions, à écouter les témoignages de ceux qui participent aux émeutes, dans l'affichage et uniquement dans l'affichage. Une affirmation difficile à contester, quand on voit, par exemple, les difficultés que rencontre Jean-Louis Borloo pour financer son plan annoncé pourtant, à grand renfort médiatique, comme priorité du gouvernement. Car c'est bien de cela que souffrent aujourd'hui les banlieues: d'une absence de volonté politique. D'une certaine forme de démission de l'Etat face à un problème vieux comme la ville et son organisation. Ce soir, à la télévision, Dominique de Villepin devra combler ce retard. Une tâche herculéenne dont il se serait bien passé, mais qu'il devra remplir avec la conscience qu'il faut de tout pour faire un monde... ou pour le défaire.


Patrice Biancone
Article publié le 07/11/2005
Dernière mise à jour le 07/11/2005 à 10:34 (heure de Paris)
Editorial politique du 04/11/2005

PS : se compter, la grande affaire

Depuis que le Parti socialiste est le Parti socialiste, on sait qu'un congrès ne se gagne pas uniquement sur des idées. Il y a le reste. Le contact. Les pressions. Les petits arrangements et les petites manœuvres. Et, bien sûr, les tournées en province pour préparer le terrain, ce à quoi, tous les signataires de motions se consacrent actuellement afin de mettre un maximum de chances de leur côté pour le congrès du Mans, la grande affaire étant avant tout de se compter.

Peut-être avons-nous là, la raison de la discrétion des socialistes que l'on a peu entendus, à quelques exceptions près, sur les banlieues et leur embrasement. Trop occupés à se marquer à la culotte, ils en oublient presque que le monde continue à tourner et qu'à force d'être absents, on va finir par les oublier. A moins qu'il ne s'agisse d'une stratégie. Que cette discrétion soit d'avantage liée au fait que la direction du PS n'a aucune politique de rechange à proposer pour les banlieues, elle qui a été aux affaires il n'y a pas si longtemps sans pour autant trouver la solution à ce problème récurrent. On l'a bien vu avec les questions au gouvernement cette semaine, le Premier ministre, et d'autres avec lui, faisant remarquer, en pleine séance, que personne n'avait de leçon à donner à personne tant la faillite était annoncée de longue date et tant l'alternance gauche-droite a fonctionné ces dernières années. Voilà qui laisse un boulevard à Jean-Marie Le Pen et Philippe de Villiers, lesquels n'hésitent plus à crier à la guerre civile, se moquant d'alimenter la violence et les frustrations à l’œuvre, et espérant ainsi capitaliser pour l'élection de 2007 à laquelle ils se présenteront tous les deux.

Après le logement, question qui s'était posée de manière cruciale au moment des incendies des squats à Paris, les socialistes vont donc devoir intégrer le problème des banlieues dans leur programme et en faire une autre priorité. Il ne suffira plus de dire «y'a qu'à, y'a qu'à !» : ce sont des solutions applicables immédiatement qui sont nécessaires. Autant dire que l'affaire n'est pas dans le sac puisque François Hollande qui voulait un congrès consacré uniquement au projet socialiste, vient d'expliquer que si sa motion ne dépassait pas la barre des 50% il ne serait pas candidat au poste de premier secrétaire, faisant ainsi des futurs débats du Mans une affaire personnelle et ouvrant un nouveau front, celui de sa succession possible, avec le secret espoir que cela amènera ses adversaires de l'intérieur à se découvrir et peut-être à se diviser. On sait, en effet, qu'au NPS d'Arnaud Montebourg et de Vincent Peillon les ambitions sont affûtées et que l'unité de façade cache des rivalités qui ne présagent rien de bon quant à l'avenir de cette minorité.

Alors est-ce à dire que «oui», comme on a cru pouvoir le constater en 2002, le Parti socialiste est coupé de sa base ? Sans doute. Et cela serait dû à son vieillissement. La moyenne d'âge serait de 55 ans au PS. 40% des militants seraient des retraités. Quant au niveau d'études des uns et des autres, il serait plutôt supérieur ce qui donne au PS le profil d'un parti bourgeois, presque du centre, et non pas celui d'un vrai parti de gauche, ce qui explique aussi la difficulté qu'il rencontre pour se mettre en phase avec l'électorat populaire. Séduire des militants très peu touchés par le chômage - 3% d'entre eux seulement seraient concernés - ce n'est pas la même chose que séduire des électeurs, surtout lorsqu'ils vivent en banlieue, qu'ils n'ont pas de travail et peu de ressources. Et en l'absence de prise en charge de leurs problèmes par les partis, que reste-t-il ? La violence et l'expression de cette violence. Ce à quoi nous assistons depuis plusieurs jours en banlieue.


Patrice Biancone
Article publié le 04/11/2005
Dernière mise à jour le 04/11/2005 à 16:05 (heure de Paris)
Editorial politique du 03/11/2005

Banlieues : les mots des pauvres gens

«L'absence de dialogue et l'escalade de l'irrespect mèneraient à une situation dangereuse...». C'est Jacques Chirac qui l'a dit après cinq nuits d'émeutes dans les banlieues et après un silence prolongé qui en dit long sur sa volonté de laisser le ministre de l'Intérieur s'enferrer. Jacques Chirac a demandé la mise en place, dans un délai de un mois, d'un plan d'action dans les zones urbaines sensibles, plan qu'il faudrait manifestement assortir d'un autre à l'usage de la majorité qui a montré hier, à l'Assemblée nationale, qu'elle était au bord de la crise de nerf et qu'elle était plutôt Sarkozy que Villepin. Plutôt répression que prévention. De quoi provoquer la colère du Premier ministre qui se serait emporté contre ceux qui ne comprennent rien.

Dans l'hémicycle, Dominique de Villepin a monopolisé le temps de parole du gouvernement. C'est lui qui a répondu aux questions de la gauche, se montrant quelquefois hésitant et annonçant le report de son voyage au Canada, ce qui tendrait à prouver que cette crise laissera des traces.

Alors au centre des discussions à l'Assemblée, les mots prononcés par Nicolas Sarkozy. Le ministre peut-il traiter de racaille, de gangrène, une partie de la population ? Est-ce bien son rôle de distinguer ainsi, entre les bons et les mauvais français, ou a-t-il plutôt la responsabilité de faire respecter l'état de droit tout en s'arrangeant pour que tous les citoyens adhèrent aux lois de la République ? La réponse est contenue dans la question, et pourtant, hier, les proches de Nicolas Sarkozy ont tenu à faire une mise au point lexicologique en expliquant que le langage tenu par Nicolas Sarkozy était emprunté au peuple, qu'il s'agissait d'un «vrai langage» comme il y a de «vrais jeunes», ce que l'on contestera.

Imaginez un peu que tous les ministres se mettent à parler comme «jacte» soi-disant le peuple. En variante de racaille ils pourraient utiliser des mots comme rebut, vermine, meute, canaille ou raclure comme l'indique le dictionnaire des synonymes. Plutôt que de parler de gangrène ils pourraient dire pourriture, cancer, infection, chancre ou nécrose pour les plus instruits. Et, puisque nous en sommes à faire un détour sémantique, ajoutons que Nicolas Sarkozy aurait pu tout simplement expliquer qu'il avait l'intention de faire reculer la délinquance dans les banlieues. Certes la formule est moins forte, mais elle a la même signification, elle peut être comprise par tous, même par les vrais gens, et elle reste respectueuse comme le veut le président.

On remarquera ici, que pour les spécialistes, l'utilisation du langage familier est une façon de contourner les tabous instaurés par la société. A la différence du langage courant, il est sans retenue et permet de désigner des réalités de façon détournée. Par exemple et pour finir, certains députés se plaisaient à dire que Nicolas Sarkozy «assurait grave», alors que d'autres se demandaient à voix haute quand il allait «lâcher la rampe». Loin des philologues, nous vivons désormais la révolution par les mots.

Patrice Biancone
Article publié le 03/11/2005
Dernière mise à jour le 03/11/2005 à 15:46 (heure de Paris)
Par SDJ 30
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Mardi 8 novembre 2005

Nicolas Cadène

Les violences urbaines sont toujours d'actualité, après 12 jours et nuits.

Qui se souvient de cette phrase de Jacques Chirac en 1995, pendant la campagne présidentielle où ce dernier nous promettait la fin de la "fracture sociale" ? :
«Quand trop de jeunes ne voient poindre que le chômage ou les petits stages, ils finissent par se révolter».
Et bien nous y sommes. Et si l'Etat affirme que l'ordre restera à la loi, on en peut qu'ajouter que cela sera provisoire en l'absence d'une vraie politique de la ville.
Dominique de Villepin, hier soir sur TF1 (télévision privée, clairement propagandaire en faveur de la majorité), a pourtant exhumé une loi datant de la guerre d'Algérie et appliquée trois fois seulement. Deux fois pendant la guerre d'Algérie, justement. Et une fois en Nouvelle-Calédonie, c'était en 1985. Il s'agit du couvre-feu. Une mesure qui illustre une gravissime montée vers le tout sécuritaire : car ce que n'a pas dit le Premier Ministre, c'est qu'une telle mesure (qui n'avait même pas été utilisée pour mai 68 alors même que les incidents étaient bien plus nombreux et violents) permet au gouvernement de bafouer les droits les plus élémentaires (interdiction de séjour pour tous ceux jugés comme "dangereux", fermeture des lieux de réunions de toutes sortes, interdiction de réunions jugés comme "entretenant le désordre", perquisitions de nuit sans restrictions, contrôle de la presse et des publications de toute nature, compétence aux juridictions militaires en concurrence avec les juges ordinaires autorisée) ! C'est extrêmement grave...

Cela est censé prouver que la situation est grave, mais que le gouvernement est entré dans une phase très réactive après quelques jours d'hésitation et de critiques légitimes de l'ensemble de la population.

Le Premier Ministre a également évoqué des mesures concernant l'école, le logement, le pouvoir des maires et l'aide aux associations, pour affirmer que la volonté d'aider à l'intégration de ceux qui sont dans les rues est bien réelle.
On peut s'étonner de cette volonté lorsque l'on étudie la politique sociale de la majorité depuis 2002.
Car, comment s'étonner de ces violences ?

La politique gouvernementale a cru naïvement pouvoir s'appuyer toujours un peu plus sur les classes les plus populaires sans que celles-ci ne se rebellent.

 

Ainsi, le gouvernement, préférant faire des économies au niveau de l'action sociale au profit de baisses d'impôts pour les plus aisés et des charges entreprenariales, a saboté toute action de prévention pour privilégier le tout sécuritaire.

Le gouvernement a consciemment asphyxié le monde associatif, a mis à bas la police de proximité qui était pourtant louée par les syndicats policiers eux-mêmes.

 

Pis, la droite a toléré les discriminations quotidiennes à l'égard des personnes étrangères ou issus de l'immigration mais supposées telles en raison de leur faciès.

 

Le budget de l'Education Nationale a baissé au lieu de fortement augmenté, provoquant un état catastrophique des structures scolaires, un manque de personnel évident. Les ZEP ayant un budget seulement 2 fois supérieur aux zones classiques alors même qu'elles devraient en connaître un 10 fois supérieur comme c'est le cas dans les pays nordiques.

 

Ce trop faible budget couplé à une politique des formations désastreuse ne permet pas une école pouvant réduire la ségrégation. Bien au contraire, elle tend à l'amplifier.

 

Concernant la politique de la ville, là encore, nous constatons l'absence de réelle volonté politique pourtant affichée hypocritement à grands coups de projecteurs et avec le soutien de certains médias subjectifs et donc co-responsables de la situation actuelle.

Le Ministre de la Ville se voit ainsi obligé de négocier chaque jour pour obtenir quelques euros supplémentaires qui ne suffiront pas à la mise en oeuvre de son ambitieux programme.

 

Au-delà, nous avons un Ministre d'Etat, Ministre de l'Intérieur, qui accumule les fonctions exécutives et qui aurait déjà été démissionné dans n'importe quelle démocratie digne de ce nom et même aux Etats-Unis, pays qu'il adule tant. Un élu local (Président du Conseil général des Hauts-de-Seine) qui bafoue la séparation des pouvoirs, un responsable d'un parti de gouvernement (l'UMP) qui tient des propos odieux, incendiaires et méprisants pour préparer sa campagne présidentielle en direction de l'extrême droite.

 

Mais malgré de tels actes, qui constituent une faute politique et morale grave, le Premier Ministre a renouvelé sa confiance à Nicolas Sarkozy (peut-être pour mieux le voir s'embourber) et la responsabilité du gouvernement est entière et collégiale.

 

 

Evidemment, la cause de telles violences a également des racines beaucoup plus anciennes.

 

Ce sont toutes les politiques d'immigrations, d'intégrations menées depuis 30 ans qui sont en échec. C'est l'incapacité des gouvernements successifs à faire reculer le chômage bien que le gouvernement Jospin en avait créé 2 millions, ce qui d'ailleurs avait pu quelque peu apaiser les banlieues sensibles. Pas assez bien sûr, les "cités" restant des ghettos où l'intégration à la République est des plus complexes.

 

Ce sont la systématisation des discriminations racistes et territoriales, le manque d'éducation civique, d'associations culturelles, sportives et d'alphabétisation, d'aides au reclassement, de formations professionnelles, de centres scolaires de qualité, qui sont cause depuis le départ et qui apparaîssent aujourd'hui en pleine lumière.

 

C'est également un sentiment d'injustice constant : la discrimination à l'embauche de par son faciès, son nom ou son lieu de résidence ; les regards méfiants de tout un chacun et les expulsions des lieux de sorties en ville pour les mêmes raisons ; de multiples contrôles d'identités individuelles quotidiennes ; des interpellations parfois injustifiées ; des bavures policières habituelles (la France reste un des Etats les plus souvent accusés devant la CEDH) dûes à une formation défaillante dans les écoles de police et à une concentration de la violence découlant de la ghettoisation ; etc.

 

La violence n'est pourtant pas excusable, les atteintes physiques sont impardonnables. Mais tous les jeunes de ces banlieues ne sont pas des agresseurs. Les confondre tous est aberrant et illustre encore un peu plus l'injustice dont ils sont parfois victimes. Les agresseurs doivent être condamnés conformément à la loi. Les victimes de ces derniers doivent être indemnisés et les citoyens des quartiers subissant des troubles violents doivent être protégées par les forces de l'ordre.

 

De même, les services publics doivent être réparés et mis en sécurité. La dégradation de ces derniers est innacceptable bien qu'elle illustre un rejet de tout ce qui représente l'Etat qui a lui-même rejeté ces populations devenues violentes.

 

 

Aujourd'hui, la France a besoin d'une grande mobilisation des forces politiques opposées à la politique simplement répressive et inefficace du gouvernement. Il faut rétablir l'ordre mais également adopter au plus tôt de nouvelles politiques sociales et de la ville d'envergures.

 

Il faut que le Parti Socialiste s'engage dans un combat pour l'égalité, la justice sociale, le respect et les droits civiques. La devise de la République est depuis trop longtemps bafouée.

 

Le socialisme n'a-t-il pas toujours eu, depuis son origine au 19ème siècle, pour principe de base de respecter envers et contre tout la "liberté, l'égalité, la fraternité" ?

 

 

 

Nicolas Cadène

Par SDJ 30
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Jeudi 17 novembre 2005

Nicolas Cadène

Hier, nous avons appris que selon Monsieur Larcher, la polygamie serait responsable de la discrimination à l’emploi que subissent nombre de Français ou d’étrangers en situation régulière.

Que selon Madame Carrère d’Encausse, la cause de la crise du logement, ce serait, là encore, la polygamie. Sans compter qu’il lui paraît normal de critiquer la loi de 1972 contre le racisme et pas anormal de décompter les juifs ou les noirs à la télévision…

Que pour le président de la République, Monsieur Accoyer et le Ministre de l’Intérieur, le regroupement familial expliquerait la crise des banlieues.

Ces propos sont mensongers et scandaleux : ni la polygamie, dont les premières victimes sont les femmes, ni le droit de vivre en famille n’expliquent la crise sociale qui s’exprime.

Comme le déclare, bien seule, la Ligue des Droits de l’Homme, « Il est nauséabond et irresponsable de faire ainsi des étrangers la cause de la situation que connaît notre pays. »

En tenant de tels discours ils prennent sciemment le risque de renforcer la xénophobie et le racisme.

La LDH rappelle, justement, que la paix civile ne peut supporter de tels débordements.

« On ne répond pas à une crise sociale par un régime d’exception. La responsabilité fondamentale de cette crise pèse, en effet, sur les gouvernements qui n’ont pas su ou voulu combattre efficacement les inégalités et les discriminations qui se cumulent dans les quartiers de relégation sociale, emprisonnant leurs habitants dans des logiques de ghettoïsation. Elle pèse aussi sur ces gouvernements qui ont mené et sans cesse aggravé des politiques sécuritaires, stigmatisant ces mêmes populations comme de nouvelles « classes dangereuses », tout particulièrement en ce qui concerne la jeunesse des « quartiers ». »

La politique gouvernementale actuel a-t-elle cru naïvement pouvoir s'appuyer toujours un peu plus sur les classes les plus populaires sans que celles-ci ne se rebellent ?

Non, tout cela est bien conscient.

On entretient le désordre pour faire venir le désir d’ordre. C’est ainsi que l’on pourrait résumer la logique de Monsieur Nicolas Sarkozy et du gouvernement.

Ainsi, le gouvernement, préférant faire des économies sur l'action sociale au profit de baisses d'impôts pour les plus aisés et des charges entreprenariales, a saboté toute action de prévention pour privilégier le tout sécuritaire.

Le gouvernement a consciemment asphyxié le monde associatif, a mis à bas la police de proximité qui était pourtant louée par les syndicats policiers eux-mêmes.

Pis, la droite a toléré les discriminations quotidiennes à l'égard des personnes étrangères ou issues de l'immigration mais supposées telles en raison de leur faciès.

Le budget de l'Education Nationale a baissé au lieu de fortement augmenté, provoquant un état catastrophique des structures scolaires, un manque de personnel évident. Les ZEP ayant un budget seulement 2 fois supérieur aux zones classiques alors même qu'elles devraient en connaître un 10 fois supérieur comme c'est le cas dans les pays nordiques.

Ce trop faible budget couplé à une politique des formations désastreuse ne permet pas une école pouvant réduire la ségrégation. Bien au contraire, elle tend à l'amplifier.

Concernant la politique de la ville, là encore, nous constatons l'absence de réelle volonté politique pourtant affichée hypocritement à grands coups de projecteurs et avec le soutien de certains médias subjectifs et donc co-responsables de la situation actuelle.

Le Ministre de la Ville se voit ainsi obligé de négocier chaque jour pour obtenir quelques euros supplémentaires qui ne suffiront pas à la mise en oeuvre de son ambitieux programme.

Au-delà, nous avons un Ministre de l'Intérieur, qui accumule les fonctions exécutives sans qu’aucun politiques ne sont émeuvent (à l’exception notable de Dominique Strauss-Kahn), et qui aurait déjà été démissionné dans n'importe quelle démocratie digne de ce nom.

Un Ministre d’Etat qui bafoue la séparation des pouvoirs, un élu local (Président du Conseil général des Hauts-de-Seine et ancien Maire de Neuilly) qui ne respecte pas le quota de logements sociaux (2% au lieu de 20% !), un président du parti de gouvernement (l'UMP) qui tient des propos odieux, incendiaires et méprisants pour préparer sa campagne présidentielle en direction de l'extrême droite.

Mais malgré de tels actes, qui constituent une faute politique et morale grave, le Premier Ministre a renouvelé sa confiance à Nicolas Sarkozy et la responsabilité du gouvernement est entière et collégiale.

Il est absolument irresponsable d’accuser les premiers concernés par les violences urbaines (les habitants des banlieues sensibles, souvent issus de l’immigration subsaharienne ou maghrébine) sans même remettre en cause l’ensemble des politiques d'immigrations, d'intégrations menées depuis 30 ans.

Car c'est bien l'incapacité des gouvernements successifs à faire reculer le chômage (à l’exception du gouvernement Jospin qui en créa 2 millions), à intégrer les populations culturellement et socialement qui est en cause.

Ce sont la systématisation des discriminations racistes et territoriales, le manque d'éducation civique, d'associations culturelles, sportives et d'alphabétisation, d'aides au reclassement, de formations professionnelles, de centres scolaires de qualité, qui apparaissent aujourd'hui en pleine lumière.

C'est également un sentiment d'injustice constant : la discrimination à l'embauche de par son faciès, son nom ou son lieu de résidence ; les regards méfiants de tout un chacun et les expulsions des lieux de sorties en ville pour les mêmes raisons ; de multiples contrôles d'identités individuelles quotidiennes ; des interpellations parfois injustifiées ; des bavures policières habituelles (la France reste un des Etats les plus souvent accusés devant la CEDH) dues à une formation défaillante dans les écoles de police et à une concentration de la violence découlant de la ghettoïsation ; etc.

Evidemment que pour s’intégrer, l’effort doit également être fait par les immigrés, mais celui-ci ne peut se réaliser convenablement si ces derniers n’ont pas les mêmes droits et chances que ceux que l’on surnomme les « gaulois », si l’on ne met pas les moyens pour les intégrer culturellement via l’éducation civique et générale.

Les atteintes matérielles ne sont pourtant pas excusables, mais seul 2 à 5 % des jeunes de ces quartiers ont participé de près ou de loin à ces actions. Les 95 à 98 % autres sont restés chez eux !

La dégradation des services publics est inacceptable Ces derniers doivent être réparés et mis en sécurité. Mais il faut bien comprendre qu'elle illustre un rejet de tout ce qui représente l'Etat qui a lui-même rejeté ces populations devenues violentes.

La violence physique est autrement plus grave, elle est impardonnable. Mais les jeunes de ces banlieues ne sont pas des agresseurs. Les confondre avec une infime minorité est aberrant et illustre encore un peu plus l'injustice dont ils sont parfois victimes.

Les agresseurs doivent être condamnés conformément à la loi.

Les victimes de ces derniers doivent être indemnisés et les citoyens des quartiers subissant des troubles violents doivent être protégées par les forces de l'ordre, et non humiliés comme l’on pourrait le croire en écoutant certaines « autorités » morales ou politiques.

Aujourd'hui, la France a besoin d'une grande mobilisation des forces politiques opposées à la politique simplement répressive et inefficace du gouvernement. Il faut rétablir l'ordre mais également adopter au plus tôt de nouvelles politiques sociales et de la ville d'envergures.

Il faut que le Parti Socialiste s'engage dans un combat pour l'égalité, la justice sociale, le respect et les droits civiques. La devise de la République est depuis trop longtemps bafouée.

Le socialisme n'a-t-il pas toujours eu, depuis son origine au 19ème siècle, pour principe de base de respecter envers et contre tout la "liberté, l'égalité, la fraternité" ?

Aujourd’hui, nous assistons à la reconduction de l’état d’urgence.

Recourir à un texte provenant de la guerre d’Algérie à l’égard, souvent, de Français descendant d’immigré, c’est leurs dire qu’ils ne sont toujours pas français.

Comme la seule Ligue des Droits de l’Homme le dénonce :

« User une fois de plus de la symbolique de l’état d’urgence, c’est réduire des dizaines de milliers de personnes à la catégorie d’ennemis intérieurs.

Au-delà, c’est faire peser sur la France tout entière et sur chacun de ses habitants, notamment les étrangers que le gouvernement et le président désignent déjà comme des boucs émissaires, le risque d’atteintes graves aux libertés.

Le marquage de zones discriminées par l’état d’urgence n’est pas conciliable avec l’objectif du rétablissement de la paix civile et du dialogue démocratique. »

Les Français ne peuvent accepter le recours à des procédures judiciaires expéditives, voire à une « justice d’abattage », alors qu’en même temps la même justice ne condamne pas un Président de la République coupable de graves corruptions et détournements de fonds publics.

« Restaurer la situation dans les « quartiers » et rétablir le calme, c’est d’abord restituer la parole à leurs habitants. Des cahiers de doléance doivent être discutés, ville par ville.

C’est, ensuite, ouvrir une négociation collective pour mettre en œuvre des actions de rétablissement de l’égalité : cela implique l’adoption d’une véritable loi de programmation et que cessent les mesures de saupoudrage ou, pire encore, les marques de mépris, comme la stigmatisation des familles.

Une solidarité nationale authentique doit être au rendez-vous de la reconstruction du tissu social dans les banlieues.

C’est, surtout, mettre en œuvre, dans la réalité, une réelle politique nationale de lutte contre les discriminations et pour l’égalité des droits.

Nous affirmons qu’il y a là une véritable urgence nationale : il faut substituer à l’état d’urgence policier un état d’urgence sociale. »

Le Parti socialiste ne peut continuer ainsi à soutenir implicitement la politique répressive de la droite.

Il ne croit plus qu’aux sondages donnant à Monsieur Sarkozy une confiance de 68 % des Français.

Mais a-t-il déjà oublié son rôle d’opposition ? Son rôle de défense des valeurs sociales, éthiques, humanistes ?

Ne comprend t-il pas que c’est en s’opposant, en argumentant, en expliquant objectivement les événements, que la confiance du Ministre de l’Intérieur chutera et que celle du Parti augmentera ?

La devise républicaine est depuis trop longtemps bafouée et rien ne devrait empêcher le Parti socialiste de le contester avec la plus grande des vigueurs.

Entre la copie et l’originale, les Français préfèreront l’originale, la droite. Alors, il est temps de dénoncer les multiples dérives gouvernementales et atteintes systématiques aux droits de l’homme et aux libertés publiques.

 

Nicolas Cadène


Un rassemblement était prévu le mercredi 16 novembre à l'initiative de la LDH. Je m'y suis rendu et était déçu de ne voir aucun drapeau ou élu socialiste... Il y avait les mjs (peu nombreux), les verts, des associations de défense des droits sociaux ou humains, puis des partis d'extrême gauche, qui finalement décrédibilisaient le mouvement... Que fait le Parti ?

Par SDJ 30
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Dimanche 4 décembre 2005

Les "néoréacs"

Intéressant article de Laurent Joffrin, dans le nouvel Obs :

Au-delà de « l'affaire Finkielkraut »


Après des décennies de domination progressiste, ils sont les intellos d'une droite nouvelle qui, au nom d'un parler vrai sur les banlieues et la « haine de l'Occident », cautionne les dérives de l'actuelle majorité, au risque d'aggraver les fractures de la société française

Différents, disparates, discordants parfois, ils n'ont rien d'un groupe constitué. Tout n'est pas faux dans leurs raisonnements : ils font partie du débat démocratique. On ne doit pas les disqualifier. Mais, pour la clarté du débat, on doit les qualifier : ils sont les intellos d'une droite nouvelle que le 11-Septembre, la dissémination terroriste, la montée de l'islamisme et la faiblesse culturelle de la gauche coalisent peu à peu. Après des décennies de domination progressiste, ils veulent écrire le nouveau logiciel que leur inspirent le terrorisme, l'insécurité, les violences urbaines et surtout le «choc des civilisations» diagnostiqué par Samuel Huntington. Ils sont les néoréacs.
Alain Finkielkraut, bien sûr, est le plus visible, le plus fiévreux et sans doute le plus talentueux d'entre eux. L'entretien qu'il a donné à « Haaretz » (voir encadré) est le dernier en date de ses exploits rhétoriques. Qu'y lit-on ? D'abord des propos un peu ridicules : qu'il serait interdit, en France, de dire certaines choses, sous peine de prison par exemple, ou qu'il y a beaucoup de Noirs en équipe de France de football, et que cela fait rire en Europe (!). Ensuite - plus sérieux - que les auteurs des violences urbaines de ces dernières semaines sont des Noirs et des Arabes et qu'ils haïssent assez la France pour se livrer à un «pogrom antirépublicain». Et donc - thèse centrale - qu'une minorité ethnique manifestement impossible à intégrer s'est déchaînée contre les symboles de la République par l'effet d'une haine de l'Occident mondialement répandue. Le chômage français ? La discrimination ? Les ghettos urbains ? Des excuses avancées par les bien-pensants, des élucubrations de sociologues masos, des angélismes diffusés par la presse de gauche... Voilà ce qu'il était soi-disant interdit de dire. Mais qui est dit, même si Alain Finkielkraut est ensuite revenu en arrière sur les phrases les plus controversés, tout en «assumant» ses idées...

Sans aucune coordination, bien sûr, mais dans une étonnante simultanéité, une série de mots et de gestes révèlent une convergence. Nicolas Sarkozy avait ouvert le bal en parlant à propos des cités de «racaille » et de «nettoyage au Kärcher», un « parler vrai » musclé qu'il continue de revendiquer hautement. De Moscou, interviewée sur la chaîne NTS, Hélène Carrère d'Encausse, spécialiste de la Russie, est passée tout à coup de l'Académie française au Bar des Sports en expliquant que si les enfants africains sont dans la rue, c'est parce que «beaucoup de ces Africains sont polygames», réflexion déjà formulée par Bernard Accoyer, président du groupe UMP à l'Assemblée (la polygamie est un vrai problème, mais elle n'est pas la clé principale des émeutes). Et notre académicienne de jouer, elle aussi, les martyrs du « politiquement correct » en affirmant que nous avons des lois «qui auraient pu être imaginées par Staline», aux termes desquelles «vous allez en prison si vous dites qu'il y a cinq juifs ou dix Noirs à la télévision».«Les gens, ajoute-t-elle, ne peuvent pas exprimer leur opinion sur les groupes ethniques, sur la Seconde Guerre mondiale ou sur beaucoup d'autres choses.» Comme le remarque Philippe Val dans « Charlie », étrange référence au négationnisme. Passons, et précisons que notre académicienne est toujours en liberté. Jacques Myard, député proche de Charles Pasqua, demande pour sa part la création de « bataillons disciplinaires » pour mettre au pas « ces jeunes Français malgré eux »...
André Glucksmann impute lui aussi au «nihilisme» et à la haine pure les émeutes de banlieue, défend le vocable «racaille» et qualifie de «Trissotins moralisateurs» ceux qui répugnent à employer ce vocabulaire. Là encore cette haine existe, et les incendiaires ne méritent aucune excuse. Mais le rôle des intellectuels consistet-il à simplifier jusqu'au slogan - répondraient-ils à d'autres slogans - l'analyse d'un phénomène tout de même un peu plus complexe, où les facteurs culturels et sociaux se mélangent ? Dérive du clerc devenant polémiste. André Glucksmann est l'un des animateurs du groupe de l'Oratoire, active escouade d'intellos formés autour du soutien à la guerre américaine en Irak.
Les relais politiques ont vite suivi. Alain Finkielkraut se croit audacieux quand il explique qu'il y eut naguère un aspect positif dans la colonisation. Cette opinion est tellement marginale, hérétique, qu'elle figure... dans une loi récemment votée par l'Assemblée nationale et fort heureusement contestée par la gauche. L'Assemblée, encore elle, vient de recevoir sur son bureau une proposition de loi des députés Daniel Mach et Jean-Paul Garraud créant le délit «d'atteinte à la dignité de la France et de l'Etat» et de «détournement du drapeau national». Là encore, on peut à juste titre s'indigner des paroles contenues dans certains raps. Mais une telle incrimination, chacun le voit bien, aboutirait à une restriction inédite de la liberté d'expression. Georges Brassens, Louis Aragon, Boris Vian ou Serge Gainsbourg bientôt hors la loi ? Le même Garraud, député de la droite classique, récidive en demandant qu'on retire la nationalité française aux délinquants de fraîche naturalisation. La dernière fois qu'on a pris cette mesure, c'était sous Vichy...
Ces personnages sont disparates, mais ils finissent par se ressembler. D'abord dans la méthode : ils adoptent toujours la position de l'homme de vérité qu'on réprime, du solitaire incompris dont on étouffe la voix. L'adversaire proteste ? Il réfute ? Il répond que l'analyse est sommaire, que les causes sociales des émeutes sont patentes même si les différences culturelles compliquent l'affaire, que la DST elle-même a écarté toute manoeuvre des religieux, que l'origine raciale des délinquants ne saurait, tout de même, expliquer en premier lieu leur comportement, à moins de croire à une nature intrinsèquement violente des Arabes et des Noirs ? Aussitôt il est catalogué flic du politiquement correct. Tactique couronnée de succès : tous ces propos ont eu un écho national, mais nulle procédure, nulle censure évidemment, n'est venue bâillonner les imprécateurs. Martyrs imaginaires... Car l'interprétation ethnique des émeutes n'a rien d'une audace intellectuelle. Bien au contraire, c'est l'opinion de la grande majorité des Français. Les néoréacs prétendent briser un tabou. Point du tout ! Ils énoncent le plus plat des lieux communs dans une France qui impute naturellement à l'immigration les débordements récents.
Alain Finkielkraut incarne à la perfection cette double posture. Il y a, en fait, Alain et Finkielkraut. Alain est un philosophe subtil et érudit, qui publie des livres intelligents et bien écrits sur les modernes, sur Charles Péguy, sur la culture de masse ou sur Emmanuel Levinas. Finkielkraut, celui que l'on voit à la télé, est un quidam qui vitupère la nouveauté, qui pense que tout fout le camp, qu'il n'y a plus de respect et qu'un coup de pied aux fesses ne ferait pas de mal à la jeunesse. Toutes choses dont on peut discuter, d'ailleurs, mais qu'on peut difficilement élever au rang de pensée politique profonde. Etrange dédoublement, où l'on passe sans transition du café philo au café du commerce. On croit que Finkielkraut est le penseur de la technique, de la modernité, de la République. Il est surtout le Noël Roquevert de la pensée, ronchon, grognon et péremptoire. Il dit tout haut ce que la droite pense tout bas. Il est le philosophe... de l'UMP.
Les néoréacs se récrieront, parleront d'un amalgame honteux, d'un procès en sorcellerie. Toujours la pose du martyr... Alors il faut aller plus loin dans la définition, mieux les qualifier. Quatre caractéristiques les réunissent.

1 Pour eux, nous sommes en guerre. Une guerre déclarée le 11 septembre 2001, point de départ d'un mouvement mondial d'agression contre l'Occident, ses valeurs, sa civilisation et dont le terrorisme d'Al-Qaida n'est que la pointe extrême. On en retrouve la manifestation partout, d'Irak en Tchétchénie, de Palestine en Thaïlande. Prend corps l'image d'un Occident assiégé par les nouveaux barbares, qui ravagent sa périphérie mais frappent aussi au coeur de ses métropoles : New York, Londres et Madrid. Jusque-là rien de scandaleux, même si la notion de guerre mondiale reste très contestable s'agissant du phénomène terroriste (la dernière guerre mondiale a fait 20 millions de morts : ce n'est pas tout à fait la même chose). Mais on va plus loin.

2 Dans cette guerre, il y a une cinquième colonne. Une certaine extrême-gauche se lie à l'islamisme et devient le vecteur d'une nouvelle judéophobie à oripeaux progressistes, qu'on retrouve chez José Bové comme dans les résolutions proposées à la conférence de Durban. Un courant antiaméricain, qu'on voit à gauche et à l'extrême gauche, mais aussi dans les postures néogaullistes d'un Dominique de Villepin ou bien dans le pacifisme d'un Gerhard Schröder, affaiblit l'Occident. Une frange violente, antirépublicaine et antisémite des populations immigrées qui campent autour des villes occidentales sert d'armée de réserve aux émeutes urbaines et de vivier de recrutement pour les groupes terroristes.

3 Il y a enfin, dans ce combat planétaire, des « idiots utiles » : les hommes de gauche bien sûr, accusés de cécité, d'angélisme et d'inertie. Indécrottables dans leur rousseauisme, ils refusent de voir le mal, de percevoir la haine, d'admettre le retour de la bête immonde, le «troisième totalitarisme». Toute à ses idées de paix par le droit et de multilatéralisme à l'eau de rose, la gauche ne cesse d'entraver l'effort de résistance dirigé par une administration américaine certes un peu fruste mais ô combien précieuse par sa fermeté. Incapable de comprendre qu'elle a affaire à une entreprise de subversion générale des valeurs judéo-chrétiennes, elle fait droit, par respect des autres cultures, à toutes sortes de revendications mémorielles et différentialistes qui ne font qu'affaiblir l'Occident en l'engluant dans un sentiment de culpabilité permanent. Aveugle devant la situation dangereuse créée par une immigration incontrôlée, la gauche continue enfin à se concentrer sur l'inégalité sociale alors que l'intégration ne se fait pas et que la « culture de l'excuse » laisse la délinquance et la subversion prendre le contrôle de cités désormais peuplées non de victimes mais d'ennemis.

4 Ces « idiots utiles » ne sont que la manifestation d'un syndrome plus large : la fin du progrès et la dissolution des valeurs - républicaines, occidentales, judéo-chrétiennes, c'est selon. La liberté qui prévaut dans la démocratie finit par la ronger de l'intérieur. Les croyances s'effacent, les institutions s'effritent, une douce anarchie consommatrice et médiatique, shootée à la culture de masse, amollit la société et abaisse les défenses morales de l'Occident. La démocratie est un lieu vide, sans foi ni règle. Nous sommes en décadence.
Ami progressiste, lecteur de gauche, démocrate tolérant, avouez-le, en lisant ces paragraphes, vous vous dites que tout là-dedans n'est pas faux, que dans cette vision du monde il y a une bonne part de vérité. C'est toute la question. Au-delà de leurs différences (un Glucksmann dénonce la Russie en Tchétchénie, un Finkielkraut n'approuve pas la guerre d'Irak, etc.), les néoréacs professent une pensée cohérente, solide. Une pensée qui prend en compte le danger du monde, que la gauche, reconnaissons-le, ne mesure pas toujours. Comme les néoconservateurs aux Etats-Unis, les néoréacs préparent les esprits à des politiques nouvelles, bien plus dures et audacieuses que le gaullo-centrisme d'un Chirac ou d'un Villepin. Nicolas Sarkozy vient de ressortir la « loi anticasseurs » : prémices de la suite. Les néoréacs sont moins des intellectuels que des combattants, moins des analystes que des propagandistes. Pour les réfuter, il faudrait expliquer que le terrorisme, aussi meurtrier soit-il, pose des problèmes fort différents des menaces guerrières d'antan et qu'une action combinée, policière, politique et sociale peut seule en venir à bout, plutôt qu'un enrôlement sous la bannière martiale de George Bush. Il faudrait montrer que les banlieues, aussi travaillées qu'elles soient par l'islamisme, se révoltent surtout pour des raisons intérieures, qu'elles demandent l'intégration à la République et non sa disparition, qu'elles sont lieu d'injustice et de discrimination plus que de haine. Il faudrait rappeler que la répression s'opère là-bas sans faiblesse et que ce n'est pas Finkielkraut et Carrère d'Encausse qu'on met en prison, mais des centaines d'Arabes et de Noirs, certes coupables, mais envers qui la faiblesse irénique des progressistes et la culture de l'excuse ne s'exercent que fort peu. Il faudrait montrer que la fermeté sans faille à l'égard de l'islamisme doit se doubler d'une tolérance républicaine et d'un dialogue franc avec l'islam, et qu'il est de bonne politique, vis-à-vis des minorités, de reconnaître les blessures mémorielles et les humiliations. Il faudrait, en un mot, dessiner les contours d'une politique plus complexe, plus moderne, qui joue sur des leviers sociaux, culturels, politiques, autant que répressifs et dénonciateurs. Bref, il faudrait être sans ambages - on ose à peine l'écrire - nuancé et progressiste. Horreur !


Laurent Joffrin
Par SDJ 30
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Dimanche 4 décembre 2005
 
Colonisation

Les Français approuvent la loi...

Un sondage réalisé pour le quotidien Le Figaro montre que les Français approuvent à 64% l’article de la loi sur les rapatriés qui évoque les «aspects positifs de la présence française» dans les ex-colonies. Dénoncé avec virulence par les partis de gauche et les associations de défense des droits de l’Homme, ce texte ne provoque donc pas la même réaction de rejet dans l’opinion, de droite comme de gauche. Le résultat de cette enquête indique à quel point le débat sur le passé colonial de la France est complexe.

La colonisation fait, semble-t-il, partie de ces thèmes sur lesquels les clivages politiques se cassent les dents. Un sondage réalisé par l’institut CSA pour Le Figaro met, en effet, en évidence la convergence d’opinion des électeurs de droite et de gauche sur la formulation de l’article 4 de la loi sur les rapatriés. Celui-là même qui fait polémique parce qu’il mentionne que «les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, et accordent à l’Histoire et aux sacrifices des combattants de l’armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit ».

Les sympathisants du parti majoritaire, l’Union pour un mouvement populaire (UMP), sont 79% à approuver le texte. Ceux de l’Union pour la démocratie française (UDF) sont aussi dans l’ensemble favorables à cet article de loi, même s’ils sont sensiblement moins nombreux (60%). Mais les électeurs de droite ne sont pas les seuls à affirmer leur accord avec le passage sur le «rôle positif» de la présence française lors de la colonisation. Les sympathisants socialistes sont 55% à approuver la formulation de la loi, ceux des Verts sont 59% et ceux des communistes 68%.

Des visées électoralistes

Ces résultats montrent que l’empoignade politique entre la majorité et l’opposition n’a pas véritablement d’échos dans la population en France. Le débat sur la tentative larvée d’imposer avec cette loi une version officielle de l’histoire de la colonisation ne semble pas provoquer une condamnation aussi catégorique chez les électeurs de gauche que dans les partis qui les représentent. Cela fera certainement l’affaire de la majorité dont les députés ont rejeté, mardi, la proposition de loi déposée par les socialistes, soutenus par les communistes, pour abroger l’article incriminé. D’autant que la droite a été accusée d’avoir, dans cette affaire, des visées électoralistes et de vouloir séduire les sympathisants de Front national pour lesquels la défense de l’honneur de la France n’est pas négociable, réalité historique ou pas.

Dans l’esprit des personnes interrogées par le CSA, l’analyse n’est pas aussi tranchée. Et Stéphane Rozès, le directeur de l’Institut, en tire la conclusion que «les Français estiment que la majorité [parlementaire] n’a pas voulu faire l’apologie de la colonisation mais a souhaité que les manuels scolaires n’occultent pas ses effets positifs». Et ils ne voient rien de condamnable là-dedans. Cela montre que les Français ne ressentent pas encore la nécessité de procéder à une critique sans concession d’un passé colonial qu’ils ne jugent pas seulement en fonction de sa violence pour les populations colonisées. Une remise en cause globale de la colonisation reviendrait, selon l’historien Pascal Blanchard, à une remise en cause de «l’identité nationale». Et la société n’y est peut-être pas encore prête car le débat sur la colonisation n’a pas encore véritablement eu lieu. Pascal Blanchard estime que sur ce sujet «la France vit aujourd’hui les contrecoups de 40 ans de silence».

Le traité d’amitié franco-algérien remis en cause

Reste que dans cette affaire, l’enjeu ne se situe pas seulement au niveau national. Les relations avec les anciennes colonies sont aussi en cause. Et de ce point de vue, l’adoption de la loi sur les rapatriés, en février dernier, a des répercussions non négligeables. Notamment avec l’Algérie où l’on estime que la reconnaissance par la France des exactions commises durant la colonisation est une condition sine qua non à la normalisation des relations entre les deux pays.

Le Front de libération nationale (FLN) algérien, le parti du président Bouteflika, a d’ailleurs réagi très vivement après le rejet de la proposition socialiste d’abroger l’article 4 de la loi sur les rapatriés. Son secrétaire général, Abdelaziz Belkhadem, a «déploré que les députés de la majorité en France aient consacré une loi qui falsifie l’histoire». Il a même affirmé qu’en agissant ainsi, l’Assemblée nationale française «a pris une lourde responsabilité pouvant remettre en cause le processus entamé sous l’impulsion des présidents Bouteflika et Chirac, de la difficile refondation entre l’Algérie et la France». La signature d’un traité d’amitié entre les deux pays avant la fin de l’année 2005, est de moins en moins probable.

 

Valérie Gas

Article publié le 02/12/2005 à 18h00

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Communiqué de la Ligue des Droits de l'Homme :



Les députés de la majorité ont refusé le 29 novembre d’abroger l’article 4 de la loi du 23 février 2005 disposant que les programmes scolaires doivent reconnaître le « rôle positif » de la colonisation.

 

Ce qui avait été adopté en catimini par une assemblée quasi déserte vient d’être confirmé en toute connaissance de cause. La demande d’abrogation portée par la pétition des historiens, représentative de la majorité des enseignants et des chercheurs, l’Association des professeurs d’histoire et géographie, les syndicats d'enseignants et des associations telles que la Ligue des droits de l'Homme et la Ligue de l'enseignement n'a pas été entendue.

 

Cette loi imposée par des groupes de pression nostalgiques du colonialisme et nourris d’une culture d’extrême droite, qui compromet les relations franco-algériennes, dans laquelle des millions d’habitants de toutes origines de ce pays ne se reconnaissent pas et qui impose aux enseignants une histoire officielle permettra à des groupes de pression d’intervenir contre des manuels scolaires et des enseignants qu’ils jugeraient non conformes à son contenu. Nous ne l'accepterons pas.

 

Nous continuerons, avec les institutions universitaires, IUFM, associations professionnelles, syndicats d’enseignants, associations de parents d’élèves et autres citoyens à demander son abrogation.

 

 

La Ligue des droits de l'Homme

Ligue de l'enseignement

Les historiens contre la loi du 23 février 2005

 

COMMUNIQUE COMMUN 

Paris, le 2 décembre 2005
Par SDJ 30
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