Par Nicolas Cadène, SDJ 30
Au vu de certains commentaires, il semblait être difficile de s'opposer à ATTAC durant la campagne référendaire de 2005.
Le fait pour moi de dire que j'en ai été membre et que je suis extrêmement déçu par la tournure que prend le mouvement, avait même été retourné contre moi.
Je ne vois pas pourquoi. J'assume là où j'ai été, je l'énonce pour bien faire comprendre que je connais pas mal (du moins je crois) leurs méthodes.
Au départ, cette association m'inspirait un grand espoir et j'en attendais beaucoup, elle est devenue très sectaire et a perdu énormément de partisans.
Ce qui est tout à fait logique quand on constate à quel point ATTAC manipule le peuple ou l'opinion.
Ainsi, lorsqu'elle démontait un argument du "oui", elle le faisait couramment en citant un article du traité... mais incomplet.
Cela n'est pas tout (car il faut admettre que cette méthode est malheureusement usée de tous), le plus grave et qu'ATTAC affirmait qu'une disposition n'existait pas dans le traité... alors même qu'elle se trouvait dans la partie qu'elle avait délibéremment tronqué...
C'est un désastre pour le débat citoyen, pour l'honnêteté démocratique. ATTAC s'alliait des meetings politiques de façon officielle et cherche peut-être à s'investir politiquement.
Cette hypothèse semble se confirmer depuis la victoire du "non".
Elle a fait tout l'inverse de ce que beaucoup espérait qu'elle fasse : proposer des idées alternatives pour une société plus juste et plus démocratique, tout simplement.
Je vous laisse donc le soin de lire cette argumentation que j'avais écris contre celle (absolument honteuse) d'ATTAC:
REPONSE AU TRACT DATTAC
« 10 MENSONGES ET 5 BONIMENTS »
Le propos est ici de contester un tract de lassociation ATTAC. Association qui se dit « déducation populaire », ce qui déjà, discrédite leur « bonne foi » lorsque lon connaît concrètement la composition de son comité national et son fonctionnement
Ce tract intitulé « Dix mensonges et cinq boniments » a lambition de faire apparaître tout ce qui dans largumentation des partisans du « oui » tend à discréditer la politique (mauvaise foi, contrevérités, amalgames).
En réalité, ATTAC confirme sa volonté à « sacharner » sur partisans du « oui » (le tract les dénonce directement), et ne sert en rien la cause dun débat démocratique honnête sur le traité constitutionnel européen en France.
1er mensonge
Pour ATTAC, le traité pour une Constitution européenne est une Constitution au sens classique du terme
La comparaison entre cette « constitution européenne » et une constitution classique dun Etat comme la France na aucun sens.
Certes, ce traité prime sur le droit national (comme tous les traités européens précédents dailleurs) mais il ne fait que définir un cadre pour mener efficacement des politiques communes entre 25 Etats membres, dans les domaines de compétences de lUnion européenne (la politique macro-économique ou sociale notamment, sont laissées à la compétence des Etats).
Le traité est avant tout un outil qui permet de rendre lUnion européenne plus cohérente et effective.
A linverse de ce qui est avancé, il ny a pas didéologie dans ce traité. La partie III parle, certes, du marché commun, mais simplement parce que lUnion européenne sest bâtie sur ce marché. Lunion politique découle de la CECA et de la CEE. Nous ne pouvons loublions ou le contester. Cétait la volonté même des pères fondateurs que de passer par lunion économique pour aboutir à une union politique. Cette « constitution » nous en donne enfin loccasion (cf. réponse ?).
En revanche, il est à noter que le traité - comme les précédents - reçoit de la Cour européenne de justice l'appellation de « charte constitutionnelle ». Tout d'abord, parce qu'il constitue le droit fondamental de l'Union, lequel est au sommet de la hiérarchie de l'ordre juridique européen. Ensuite, parce qu'il contient les règles constitutionnelles relatives à la délimitation des compétences entre l'UE et les États membres ainsi qu'à la répartition des pouvoirs entre les institutions européennes.
2ème mensonge
Pour ATTAC, le traité pour une Constitution européenne est
en recul par rapport aux traités précédents
Le plus grave dans ce mensonge est quil use de lomission. Ainsi, largumentation dATTAC cite des articles du traité mais « oublie » certains passages. Ce qui évidemment rend sa démonstration plus aisée.
ATTAC nous dit que le traité ne mentionne plus, à son article I-3, « la cohésion économique et sociale et la solidarité entre les Etats membres ». Sans doute lassociation a oublié de tourner la page
puisque cette phrase y est bien présente.
Etrangement aussi, ATTAC ne précise pas que les objectifs de lUnion énoncés au même article, sont à la fois plus nombreux mais aussi plus opérationnels quauparavant. Par exemple, il existe désormais lobjectif dune « économie sociale de marché » (Article I-3.3).
Plus loin, lassociation se garde bien de souligner que sont mentionnés « la lutte contre lexclusion sociale et les discriminations, la promotion de la justice et de la protection sociale, légalité entre les femmes et les hommes, la solidarité entre les générations » (Article I-3.3).
Tout comme elle oublie le fait que nest plus mentionné dans les objectifs de lUnion « lunion économique et monétaire », ce qui ouvre la porte à une Europe plus politique.
Il y a plus grave encore. ATTAC affirme que le traité par son article III-314, donne la possibilité de libéraliser totalement les services sociaux et de santé publique. ATTAC laisse aussi entendre que les décisions dans ce domaine sont prises à la majorité qualifiée ce qui signifierait que la France ne dispose plus de droit de veto. Cest encore faux, car une fois de plus, lassociation omet de mentionner larticle suivant (III-315) qui énonce que lunanimité pour la négociation et la conclusion daccords est requise concernant le domaine des services culturels et audiovisuels, des services sociaux, déducation et de santé. La France dispose donc toujours dun droit de veto.
3ème mensonge
Pour ATTAC, lEurope est encore plus ingouvernable avec le traité pour une Constitution européenne, celui-ci facilitant la toute puissance de la Commission
Ici, ATTAC sefforce dans une longue argumentation bien complexe (qui traduit leur difficulté à prouver leur affirmation) de démontrer que la majorité simple nexiste plus dans le traité et quil sera de manière générale, plus difficile de voter des actes européens.
Cest tout simplement faux et dailleurs, personne navait jusquà présent soutenu une telle argumentation visant à faire croire que la prise de décision serait plus complexe alors même que lun des objectifs de la Constitution est de faciliter cette prise de décision dans une Europe élargie !
En fait, le traité renforce la capacité décisionnelle du Conseil par rapport au traité de Nice, passant de 2% de coalitions possibles pour réunir une majorité qualifiée à environ 10%.
De plus, lunanimité est désormais réservée à de rares domaines.
Enfin, concernant la majorité simple, bien que moins courante, elle existe toujours (articles III-208, III-217, III-338, III-341, III-344, III-345, III-346, III-347, III-349, III-351, III-428, IV-484).
A cela il faut ajouter la « clause passerelle » (Article IV-444) qui permet au Conseil européen statuant à lunanimité dautoriser le Conseil des ministres à statuer à la majorité qualifiée.
4ème mensonge
Pour ATTAC, les coopérations renforcées
sont plus difficiles à mettre en place
Ceci nest pas exact. Certes, les coopérations renforcées sont assez strictement encadrées, mais le traité les étend largement, notamment sous une forme spécifique, à la défense.
Il est vrai que le seuil dEtats membres requis est légèrement plus élevé, puisquil passe dun chiffre définitivement fixé dans le traité de Nice à 8, à un seuil glissant dun tiers (art. I-44.2), soit 9 Etats membres jusquà 27.
De plus, le renforcement des pouvoirs du Parlement européen fait que son approbation est désormais requise.
En revanche, le traité supprime la clause dévocation au Conseil européen, ce qui constitue un assouplissement bienvenu.
Aussi, la possibilité grâce au traité de faire usage de la « clause passerelle » (permettant de passer de lunanimité à la majorité qualifiée, ou dune procédure législative spéciale à la procédure ordinaire, art. III-422) dans le cadre dune coopération renforcée marque aussi un important progrès qui renforce lintérêt et la souplesse dune coopération éventuelle.
En matière pénale, un assouplissement de la procédure de déclenchement des coopérations renforcées est prévu en matière de rapprochement des législations pénales, si un Etat a fait usage de son droit de veto parce quil estime quun projet de loi-cadre porterait atteinte aux aspects fondamentaux de son système de justice pénale. Dans cette hypothèse, lautorisation de créer une coopération renforcée est réputée accordée (sans quune proposition de la Commission, ni laccord du Parlement européen ou un vote du Conseil ne soient nécessaires) pour adopter lacte ainsi rejeté (le seuil dun tiers des Etats membres restant requis). Cette clause est qualifiée d « accélérateur ».
5ème mensonge
Pour ATTAC, la Charte des droits fondamentaux ne crée pas
de nouveaux droits ni de nouvelles protections
Cest encore un mensonge. En faisant une comparaison simple entre la Charte des droits fondamentaux et la Convention européenne de sauvegarde des droits de lHomme et des droits fondamentaux (CEDH) qui est à ce jour le catalogue de droits le plus protecteur au monde, on constate lintroduction de nouveaux droits notamment économiques et sociaux.
Ces nouveaux droits sont énoncés aux articles 1, 3, 8 et 9, 12 à 16, 18, 20 à 110 (excepté lart. 48), soit une centaine de nouveaux droits.
Certes, il ny a pas eu de reprise exacte de la Charte sociale de 1961 ; charte qui nest ratifiée que par une minorité dEtats membres ; mais le contenu des droits sociaux est substantiel.
La Charte consacre en effet des droits, tel que le droit à linformation et à la consultation des travailleurs, le droit de négociation, le droit de grève, le droit daccès aux services de placements, la protection en cas de licenciement injustifié, le droit à des conditions de travail justes et équitables, le droit daccès aux prestations de sécurité sociale, aux services sociaux et à laide au logement, ou encore laccès aux services dintérêt économique général (art. II-87 à II-96).
Cette reconnaissance dun noyau dur de droits sociaux représente une avancée très importante pour lEurope sociale.
ATTAC affirme aussi que le principe de concurrence libre et non faussée autorise des restrictions à lexercice des droits fondamentaux. Evidemment cest faux, et ATTAC omet de souligner que cela nest possible qu « à condition que ces restrictions répondent effectivement à des objectifs dintérêt général poursuivis par la Communauté et ne constituent pas, par rapport au but poursuivi, une intervention démesurée et intolérable, qui porterait atteinte à la substance même de ces droits » (CJCE, arrêt du 13 avril 2000, aff. C-292/97, repris par le traité). ATTAC nindique pas non plus ce que la mention des intérêts généraux reconnus par lUnion couvre ; cest-à-dire, les objectifs de lUnion européenne cités plus haut, et les articles I-5.1, III-133.3, III-154, III-436.
Plus bas, ATTAC fait des comparaisons entre la Charte et les Constitutions nationales des Etats membres, en avançant que celles-ci sont plus protectrices que la Charte. Or, dune part cest faux, dautre part, quand bien même certains droits seraient mieux reconnus par une Constitution dun Etat membre de lUnion, ces derniers sont de toute façon pris en compte par la Cour Européenne de Justice et la Cour Européenne des Droits de lHomme (la jurisprudence le confirme et le traité lénonce à son article II-112 : « les droits fondamentaux doivent être interprétés en harmonie avec les traditions constitutionnelles communes aux Etats membres ». Il ny a donc aucun risque dêtre moins bien protégé avec le traité constitutionnel).
Au contraire, désormais, la Cour Européenne des Droits de lHomme (que tout citoyen européen peut saisir) jugera les violations non seulement des droits de la CEDH mais aussi de ceux de la Charte.
Ainsi, lUnion européenne disposera de deux juridictions et de deux catalogues de droits. Pour la première fois, les institutions et organismes européens pourront être sanctionnées.
6ème mensonge
Pour ATTAC, les services publics ne seront pas mieux protégés
Autant il est vrai que larticle II-96 dont parle ATTAC ne crée pas véritablement de droit nouveau (toutefois, il pose le principe du respect par lUnion de laccès aux services dintérêt économique général tel quil est prévu par les dispositions nationales, dès lors que ces dispositions sont compatibles avec le droit de lUnion), autant larticle III-122 marque une grande innovation dont ne parle pas lassociation. En effet, il instaure pour la première fois une base juridique spécifique pour les services dintérêt économique général (SIEG). Cette création répond principalement à une demande formulée par la France et la Belgique.
Cela sajoute à larticle III-238 (qui cite explicitement « la notion de service public » concernant les aides publiques dans le secteur des transports), et à larticle III-166 (reprenant larticle 86-2 du Traité sur les Communautés européennes) qui énonce que laccomplissement dune mission de service public peut prévaloir sur lapplication des règles européennes, y compris les règles relatives au marché intérieur et à la concurrence.
Larticle III-122 souligne limportance du respect du principe de subsidiarité en rappelant que lUnion et les Etats membres interviennent « chacun dans les limites de leurs compétences respectives et dans les limites du champ dapplication de la Constitution européenne ». Quil sagisse en effet des services publics locaux ou encore des services sociaux ou de santé, le traité constitutionnel européen laisse aux Etats membres la possibilité et la liberté de définir, dorganiser et de financer les services quils qualifient de SIEG et quils entendent fournir pour répondre aux besoins des citoyens, besoins qui peuvent dailleurs varier dun pays à lautre ou dune région à lautre en fonction des particularités culturelles ou géographiques.
Surtout, ce quATTAC nexplique pas, cest que les SIEG correspondent aux seuls services publics industriels et commerciaux en droit français, et que pour les autres, lUnion européenne ninterfère en rien ! Elle ninterfère en effet en rien dans lorganisation des services publics administratifs, qui demeurent de la seule compétence des Etats, quil sagisse des services régaliens (défense, sécurité, justice, diplomatie) ou des services tels que léducation, la santé, la solidarité, la culture ou lenvironnement.
ATTAC ne dit pas non plus que les services publics apparaissent de plus en plus comme un élément structurant du modèle social européen. La notion de service universel (service de base offert à tous sur lensemble du territoire de lUnion à des conditions tarifaires abordables et avec un niveau de qualité standard) est de plus en plus utilisée même dans le cadre de la libéralisation des réseaux européens (transports, télécommunication, etc.). Aussi, les SIEG participent pleinement à la réalisation des objectifs fixés dans le cadre de la stratégie de Lisbonne visant à faire de lUnion léconomie la plus compétitive au monde.
Enfin, lopportunité dadopter un cadre juridique européen transversal sur les SIEG et les services publics (proposition du Parti socialiste) passe par ladoption du traité constitutionnel. Là encore, ATTAC ne le précise pas.
7ème mensonge
Pour ATTAC, le traité pour une Constitution européenne nest pas neutre, il impose des orientations politiques
Cest tout à fait faux. Le traité constitutionnel européen ne préjuge en rien du type de politique (libérale, socialiste ou social-démocrate) qui sera suivie par lUnion dans son ensemble ou par chacun des Etats membres dans son cadre national.
Certes, le traité constitutionnel fait mention des « politiques et fonctionnements de lUnion ». Cela ne signifie pas que des politiques militaire, agricole et économique sont imposées comme ATTAC laffirme !
Il est en revanche logique que certaines règles de base de cette Union dEtats soient reprises tant que lUE et ses habitants nont pas de véritable identité politique et juridique (Art. I-3.2 : « la concurrence libre et non faussée » existait déjà dans le traité de Rome de 1957 et cela na pas empêché les services publics de fonctionner correctement, en revanche, la mention dune « économie sociale de marché » et la consécration des services dintérêt économique général sont deux nouveautés).
De plus, nous ne pouvons « oublier » que lUE sest construite sur un marché commun, la CEE (Communauté économique européenne). Pour la première fois, un traité européen permet daller plus loin, vers une véritable union politique.
Ensuite, comme le disait dernièrement Jacques Delors, posons-nous la question « qui fait quoi ? Que disent les anciens et les nouveaux traités ? Et rappelons nous le principe de subsidiarité : chaque fois que lon peut résoudre un problème près des gens eux-mêmes peuvent le faire, pourquoi monter plus haut, du niveau national au niveau européen ? »
Rien nempêche aujourdhui et rien nempêchera demain, avec le traité constitutionnel, un gouvernement de mener une politique sociale selon ses propres orientations. Rappelons aussi que sont en premier lieu de la compétence nationale la politique macroéconomique, lemploi, la santé, la sécurité sociale, léducation, la culture. A linverse de ce qui est présenté, la réalité est que le traité constitutionnel nimpose aucune uniformisation.
Il est donc tout à fait faux daffirmer que le texte impose une politique économique donnée. Même à ce niveau, cela reste un cadre (cest dailleurs un des rares points communs qua ce traité avec une constitution nationale classique).
La politique de lUnion sera « de droite » ou « de gauche » selon « la couleur politique » qui ressortira de lélection au suffrage universel direct du Parlement européen et des élections nationales.
Sur les relations avec lOTAN, le texte du traité constitutionnel (article I-41) est identique à celui du traité en vigueur actuellement (article 17 du traité sur lUnion européenne).
Pour les citoyens inquiets, il nest pas inutile de rappeler que la présence de lart 17 TUE na jamais empêché les Européens dêtre autonomes à légard de la politique américaine. Il suffit, pour sen convaincre, de rappeler que la France a contesté devant lONU le bien fondé de la politique américaine en Irak avant de sopposer à lintervention armée décidée par G. Bush. LUnion européenne en tant que telle est intervenue de manière autonome au Congo, sans compter ses missions civiles ou militaires, avec ou sans lOTAN, en Bosnie-Herzégovine ou en Macédoine.
8ème mensonge
Pour ATTAC, la Banque Centrale Européenne est incontrôlable
et le traité pour une Constitution européenne
ne crée aucun contre-pouvoir
Ceci est faux. Le traité constitutionnel renforce considérablement la gouvernance économique de la zone euro, en dotant les Etats ayant adopté la monnaie unique dune capacité décisionnelle autonome sur la plupart des sujets qui les concernent directement. Les Etats membres de la zone euro pourront désormais adopter seuls les mesures qui les intéressent directement, sans que les autres Etats ne prennent part au vote. Il y a un renforcement majeur de lautonomie décisionnelle de la zone euro, y compris pour ce qui est de sa représentation externe (article III-196)
Concernant le protocole, il semble quATTAC nen ait saisi ni le sens ni la portée. Ce protocole n° 12 consacre lexistence de lEurogroupe, cest-à-dire lenceinte réunissant les ministres des finances des Etats membres de la zone euro. Cela fait partie des nombreuses mesures permettant de renforcer la gouvernance économique de la zone euro en créant une capacité décisionnelle autonome pour ses membres.
Le fait de prévoir par ce protocole lélection dun Président permanent pour deux ans et demie nest pas rien. Car ce Président contribuera à renforcer la coordination des politiques économiques des pays de la zone euro et la représentation externe de lUEM (Union économique et monétaire) au sein des institutions financières internationales (FMI et G7 en particulier).
Sur ce dernier point, il sera en concurrence avec le président de la BCE qui tend également à saffirmer comme « M. Euro » et revendique lexercice de la politique de change de la monnaie unique.
Le Président de lEurogroupe contribuera, en tout état de cause, à rééquilibrer le dialogue des Etats membres avec la BCE.
9ème mensonge
Pour ATTAC, avec le traité pour une Constitution européenne,
rien ne va changer en 2006
La Constitution entrera en vigueur le 1er novembre 2006. Larticle IV-447 de la Constitution (p. 325 du texte français) fixe clairement cette date : le 1er novembre 2006 (soit deux ans exactement après la date de la signature à Rome).
Deux remarques cependant :
- Au cas où, à cette date, les 4/5 des États (cest-à-dire 20 États) auraient ratifié mais 1/5 ou moins (cest-à-dire 5 ou moins) « éprouveraient des difficultés à ratifier », le Conseil européen se saisirait de la question (p. 72 du texte des déclarations annexées à la Constitution).
- Certaines dispositions des traités ne seront pas applicables immédiatement, mais simplement pour des raisons de calendrier : ainsi la diminution du nombre de membres de la Commission (de 25 à 2/3 du nombre des États soit 17 pour lEurope à 25 ou 19 pour lEurope à 28) ne sappliquera qu'à la fin du mandat de la Commission qui suivra la Commission Barroso (soit, en principe, à partir de 2014).
En fait, à linverse de ce que affirme ATTAC, seules les dispositions relatives à la majorité qualifiée et à la composition de la Commission ont une entrée en vigueur différée, respectivement en 2009 et 2014.
ATTAC met en avant une entrée en vigueur tardive du traité pour relativiser la gravité dun échec éventuel de la ratification.
Mais en réalité, la grande majorité des dispositions du traité entreront bel et bien en vigueur fin 2006.
10ème mensonge
Pour ATTAC, les syndicats et les socialistes européens ne soutiennent pas le traité pour une Constitution européenne
Cest toujours faux. ATTAC souligne le fait que lUNICE, syndicat de chefs dentreprise européens, est favorable au traité. Le discours dATTAC donnerait à penser quil ne sagit finalement que de quelques originaux ou « dirigeants » concernant les partisans syndicalistes du « oui ». Que ces derniers sont des traîtres à la cause des travailleurs, vendus aux capitalistes, et dont les prises de positions sont marginales.
En fait de minorité négligeable, les syndicats dont il sagit regroupent au total
soixante millions de personnes ! Certes, tous ne sont pas partisans du « oui » mais leur très large majorité lest. Ces millions de salariés qui voient dans le projet de Constitution européenne un outil leur permettant davancer vers plus dEurope sociale, sont-ils inconscients de leurs propres intérêts, manipulés par le patronat, ou simplement persuadés de lintérêt du dialogue social au niveau international ? Il suffit de se pencher sur lévolution des relations industrielles en Europe pour se rendre compte que toute réponse simpliste renvoyant la construction européenne à un projet capitaliste antinomique de tout progrès social est une caricature.
La Confédération européenne des syndicats (CES) se prononcent en faveur du traité mais quest-ce que la CES ? La Confédération européenne des syndicats (CES) a été créée en 1973 en vue doffrir un contrepoids syndical aux forces économiques dintégration européenne. A lheure actuelle, la CES regroupe 74 organisations membres de 34 pays européens, ainsi que 11 fédérations syndicales européennes, soit au total 60 millions de membres. Dautres structures syndicales tels que Eurocadres (Conseil des cadres européens) et la FERPA (Fédération européenne des retraités et personnes âgées) opèrent sous légide de la CES. Celle-ci coordonne en outre les activités de 39 CSI (Conseils syndicaux interrégionaux), qui organisent la coopération syndicale au niveau transfrontalier. En ce qui concerne les organisations françaises, la CFDT, la CGT, FO et la CFTC en sont membres. La CES est reconnue par lUnion européenne, par le Conseil de lEurope et par lAssociation européenne de libre échange (AELE) en tant quunique organisation syndicale inter-professionnelle représentative au niveau européen .
La CES sest prononcée pour le « oui » une première fois lors de son Comité Directeur du 13 juillet 2004, puis lors de son Comité Exécutif des 13 et 14 octobre 2004. John Monks, Secrétaire Général de la CES a exprimé son soutien au Traité constitutionnel et à sa ratification partout en Europe. Il a en particulier salué lArticle I-48, qui reconnaît le rôle des partenaires sociaux au niveau européen et qui prend en compte respectivement la diversité des relations sociales nationales et lautonomie du dialogue social.
Concernant les jeunes socialistes français et européens, il nest pas honnête de dire quils sopposent au traité en ne citant quune seule de leur déclaration. Ils sont divisés entre le « oui » et le « non » et de ce fait, ne font pas campagne.
Concernant les socialistes et sociaux-démocrates européens, ils ont exprimé à l'unanimité le 8 avril dernier quils soutenaient à 100 % l'engagement du PS en France pour le « oui». 191 députés socialistes ont appuyé cette ligne, un parlementaire suédois s'y est opposé et il y a eu 10 abstentions, celles de députés français.
1er boniment
Pour ATTAC, le vote OUI provoquerait une crise très grave,
le vote NON nen provoquerait pas
Les propos dATTAC sont confus. On peut ainsi lire que « le rejet du traité nentraînerait pas de crise » puis, quelques lignes plus loin, que « cette crise aurait le mérite dobliger à poser la question des fondements de la construction européenne. »
Alors ? Crise ou pas crise ?
Le refus, exprimé par le peuple français, de ratifier le traité pour une Constitution européenne, ne constituerait pas, effectivement, une crise insoluble. Il faut également reconnaître que lUnion européenne a déjà connu un certain nombre de remises en question. Mais il est malhonnête de prétendre quun NON français naurait aucun effet négatif. ATTAC reconnaît dailleurs quil « serait mensonger de prétendre que le rejet de la constitution européenne par le peuple français serait sans conséquence politique. »
De quelles conséquences sagit-il ?
En termes institutionnels, un NON français aurait pour conséquence première le maintien du Traité de Nice qui, contrairement à ce quaffirme ATTAC, norganise pas un fonctionnement « parfois plus facile » des institutions communautaires. Bien au contraire.
En termes politiques, un NON français nous marginaliserait durablement au sein des institutions européennes (ce que les membres dATTAC parviennent difficilement à cacher lorsquils écrivent que « les institutions européennes se verraient désavouées par le peuple français. »). Un NON français signifierait un retour au statu quo de Nice. La mort politique du traité pour une Constitution européenne, sans quaucune alternative tangible ne puisse être proposée. Une phase de renégociations difficiles et hasardeuses, qui risque de bloquer la construction européenne pendant plusieurs années.
Alors, cest vrai, le vote NON ne provoquerait pas une crise très grave. Mais il entraînerait une régression certaine et durable, à la fois sur le plan politique et à léchelle sociale, et nous ôterait les moyens dy remédier.
Largumentation dATTAC renverse la problématique en tentant de montrer que cest le OUI au référendum qui est porteur de crise et le NON qui garantit la sécurité. Cette argumentation est fausse et joue avec la peur du lecteur. Deux exemples sont significatifs.
« Le fait denfermer 25 peuples dans le carcan de cette constitution pourrait avoir des conséquences [très] graves. » De quel carcan parle-t-on ? De la révision du traité constitutionnel à lunanimité, régime en vigueur depuis lorigine de la construction européenne, et qui na pas empêché la révision de plus en plus fréquente des derniers traités (voir réponse au boniment n°4) ? Si les peuples courent le risque de senfermer dans un carcan, cest plutôt dans un carcan politique, en se mettant délibérément hors-jeu, en se liant les mains, en sinterdisant de pouvoir jouer un rôle quelconque au sein des institutions communautaires.
« Pire encore, en faisant de la concurrence lalpha et loméga de la construction européenne, on met en concurrence les États et leurs modes de vie. La directive Bolkestein illustre à merveille la conception libérale de lharmonisation européenne. » Dune part, lintervention du Conseil et du Parlement européens ont récemment suspendu la mise en application de la directive Bolkestein, précisément au nom de la défense des acquis sociaux. Dautre part, le traité pour une Constitution européenne instaure un certain nombre de garanties qui nous protégeront à lavenir des lois-cadres de type Bolkestein (voir Réponse au boniment n°3).
2ème boniment
Pour ATTAC, le traité pour une Constitution européenne ne permettra pas à lEurope de disposer dune politique étrangère
Contrairement à ce que semble avancer ATTAC, le but du Ministre des Affaires Étrangères de lUnion Européenne nest ni de « faire son trou », ni d « imposer sa domination aux 25 chefs dÉtats européens. » La diplomatie, qui assurément nest pas lactivité principale dATTAC, ne saurait dailleurs se résoudre à la « domination » dune personne sur 25 États. Il sagit plutôt de rechercher le consensus entre des positions diplomatiques parfois divergentes.
Ce sont précisément les difficultés rencontrées par la diplomatie européenne lors des conflits récents (Bosnie-Herzégovine, Kosovo, Irak notamment) qui ont amené les conventionnels à proposer une politique étrangère commune plus forte, basée essentiellement sur la création du poste de Ministre des Affaires Étrangères de lUnion européenne, qui se substitue au Haut Représentant pour la PESC et au Commissaire chargé des relations extérieures .
Contrairement à ce quaffirme ATTAC, le Ministre des Affaires Étrangères naura pas « quun titre plus ronflant » (encore que cette dernière analyse demande à être vérifiée), mais il disposera véritablement de plus de pouvoirs.
- représentation de lUnion pour les matières relevant de la PESC , ainsi que dans les instances internationales , missions auparavant dévolues à la Présidence du Conseil européen
- conduite du dialogue politique de lUnion avec les pays tiers2, mission auparavant dévolue à la Présidence du Conseil européen
- droit dinitiative en matière politique étrangère la Commission ne peut donc plus saisir seule le Conseil en la matière
- nomination des représentants spéciaux (article III-302)
- vice-présidence de la Commission Européenne (article I-28)
Largumentation dATTAC, qui vise à minimiser les pouvoirs du futur Ministre des Affaires Étrangères de lUnion européenne, est incomplète, donc fausse. En effet, larticle III-300, qui reconduit effectivement le principe du vote à lunanimité pour les décisions en matière de politique étrangère, nest pas cité dans sa totalité. Or, les membres dATTAC auraient gagné à poursuivre leur lecture un peu plus avant dans larticle III-300, celui-ci établissant un certain nombre dexceptions au vote à lunanimité. Ainsi le vote à la majorité qualifiée suffit-il lorsquil sagit de ladoption dune décision européenne prise sur la proposition du Ministre des Affaires Étrangères à la suite dune demande spécifique du Conseil européen (article III-300, 2).
3ème boniment
Pour ATTAC, le traité pour une Constitution européenne nempêche pas les directives de type « Bolkestein »
Le traité pour une Constitution européenne comporte un certain nombre de garanties contre des dérives libérales inacceptables, comme la directive Bolkestein.
Dune part, il offre des garanties sociales, en matière de droits fondamentaux.
À cet égard, il est faux, et même aberrant, de prétendre, comme le fait ATTAC, que « toutes les garanties qui seraient dans la Constitution sont déjà dans le traité de Nice ou dans la Charte des droits fondamentaux. »
Lun des apports principaux du traité pour une Constitution européenne est précisément dintégrer, dans le corpus juridique européen, la Charte des droits fondamentaux, qui, dans le système actuel, na aucune valeur contraignante sur le plan juridique. Au final, le Traité pour une Constitution européenne comporte, avec la Charte des droits fondamentaux, un ensemble de droits plus étendu que la Convention de sauvegarde des Droits de lHomme et des libertés fondamentales (CEDH).
La reconnaissance explicite de ces nouveaux droits (partie II du traité), ainsi que les objectifs politiques de lUnion (partie I du traité) sopposent notamment à lesprit de la directive Bolkestein.
Ainsi, le traité précise que « lUnion uvre pour
une économie sociale de marché qui tend au plein emploi et au progrès social
un niveau élevé de protection et damélioration de la qualité de lenvironnement
Elle promeut la justice et la protection sociales ».
La partie III elle-même, qui est dénoncée par les membres dATTAC comme étant un recueil de politiques libérales, reconnaît, en matière de marché intérieur (en ce qui concerne notamment la libre circulation des services, objet de la proposition Bolkestein) que la Commission, dans ses propositions en matière de santé, de sécurité, de protection de lenvironnement et de protection des consommateurs, « prend pour base un niveau de protection élevé ».
Or aucun niveau élevé nest spécifié dans Bolkestein, puisque cette proposition affirme la seule application du principe du pays dorigine sans rapprochement, ni harmonisation des législations des Etats membres.
Larticle III-209 apporte une garantie ultime contre des textes de type Bolkestein : « LUnion et ses Etats, conscients des droits sociaux fondamentaux (définis dans la partie II du traité)
ont pour objectifs la promotion de lemploi, lamélioration des conditions de vie et de travail, permettant leur égalisation dans le progrès, une protection sociale adéquate, le dialogue social, le développement des ressources humaines permettant un niveau demploi élevé et durable
Ils estiment quune telle évolution résultera tant du fonctionnement du marché intérieur qui favorisera lharmonisation des systèmes sociaux que des procédures prévues par la Constitution et du rapprochement des dispositions législatives, réglementaires et administratives des Etats membres ».
Par ailleurs, le traité comporte une clause sociale générale : « dans la définition et la mise en uvre des politiques visées à la présente partie [partie III], lUnion prend en compte les exigences liées à la promotion dun niveau demploi élevé, à la garantie dune protection sociale adéquate, à la lutte contre lexclusion sociale ainsi quà un niveau élevé déducation, de formation et de protection de la santé humaine ». La dimension sociale devra ainsi être prise en compte dans toutes les politiques de lUnion. Toute loi européenne qui serait contraire à ces objectifs pourra être annulée par la Cour de Justice des Communautés Européennes.
Enfin, le traité pour une Constitution européenne met en place un mécanisme de contrôle de la Commission par les Parlements nationaux au nom du principe de subsidiarité. Ainsi, dans le Traité constitutionnel (Protocole additionnel n°2), un Parlement national estimant quun projet dacte législatif européen met en cause le principe de subsidiarité, en intervenant dans un domaine de la compétence des Etats-membres, peut adresser aux institutions européennes un avis motivé qui, sil est soutenu par un tiers des parlements nationaux, entraîne le ré-examen obligatoire du projet législatif . « Ce seuil est dun quart lorsquil sagit dune projet dacte législatif européen relatif à lespace de liberté, de sécurité et de justice . »
Dans le case dun projet législatif comparable à la directive Bolkestein, les Parlements nationaux pourraient ainsi contraindre la Commission à revoir sur le fond lacte législatif, en invoquant la méconnaissance du principe de subsidiarité par des clauses de type « principe du pays dorigine » (les réglementations sociales restant de la compétence des États-membres).
4ème boniment
Pour ATTAC, le traité pour une Constitution européenne
empêche toute évolution de lEurope
Pour ATTAC, lhypothèse dune révision du traité pour une Constitution européenne est très discutable, pour plusieurs raisons :
- « pour modifier la Constitution, il faudrait (avec le nouveau traité) respecter des règles précises fixées par la Constitution elle-même. » Ce principe prévaut actuellement pour la révision des Constitutions de tous les Etats démocratiques. Que souhaite ATTAC ? Pouvoir modifier une Constitution sur la base de règles qui ny figurent pas ?
- « A toutes les étapes (de la procédure de révision), il faut ajouter la ratification par lensemble des Etats membres. » Cest faux. Les propositions de révision, qui peuvent émaner de tout Etat membre, du Parlement européen et de la Commission européenne (article IV-443), ne requièrent pas la ratification par lensemble des Etats membres. Pas plus que lexamen par le Conseil européen de ces propositions de révision, la convocation éventuelle dune convention ou dune conférence intergouvernementale, et ladoption dune position commune par cette convention. Le dernier mot revient effectivement aux Etats membres, qui doivent ratifier la modification de révision, par voie parlementaire ou référendaire.
En tout état de cause, ATTAC tente de montrer, en vain, que le traité pour une Constitution européenne sera scellé dans le marbre, quil ne pourra pas être révisé. Cette argumentation est simpliste, dans la mesure où elle fait limpasse sur la réalité politique de la construction européenne.
Quobserve-t-on dans ce domaine ? Dune part, le principe de lunanimité a prévalu, depuis les origines de la construction européenne, à chaque fois quil sest agi de réviser un traité. Dautre part, la Communauté, puis lUnion européenne sest sans cesse élargie, passant de 6 membres en 1957 à 25 membres aujourdhui.
A la croisée de ces deux chemins, lHistoire européenne montre que plus les États membres ont été nombreux, plus les révisions des traités ont été fréquentes. Ainsi les révisions se concentrent-elles pour la plupart au cours de ces dernières années, alors même que lEurope comptait de plus en plus de membres :
- 1957 traité de Rome Europe à 6
- 1986 Acte unique Europe à 12
- 1992 traité de Maastricht Europe à 12
- 1997 traité dAmsterdam Europe à 15
- 2000 traité de Nice Europe à 15
Lélargissement de lUnion européenne nest donc pas un obstacle politique à la révision des traités à lunanimité.
Le même raisonnement peut être tenu concernant les coopérations renforcées (article I-44) et les procédures de révision simplifiée, également appelées « clauses passerelles » (articles IV-444 et IV-445). Ces dispositions, qui permettent aux Etats qui le souhaitent davancer ensemble, dans certains domaines, plus loin que ne le fait lUnion (avec notamment le remplacement de la procédure de vote. à lunanimité par le vote à la majorité qualifiée), comportent effectivement un certain nombre dobstacles juridiques à franchir pour être mises en application. Mais la logique politique doit également être prise en considération. Imagine-t-on demain un seul pays sopposer à neuf Etats ayant formulé devant le Conseil européen le désir de mettre en uvre des coopérations renforcées en matière de fiscalité ? LUnion européenne se construit sur la base de négociations, de rapports de force. Il est incomplet de sarrêter à la lettre des traités, passés, actuels et à venir, pour présager des politiques qui seront menées.
En ce sens, nous sommes en droit dattendre une Europe sociale. Rien ne linterdit dans le traité pour une Constitution européenne.
5ème boniment
Pour ATTAC, lEurope va disposer dune défense commune
dépendante des Etats-Unis
ATTAC compare larticle I-47 du traité pour une Constitution européenne et larticle 17-4 du traité de Nice pour mettre en évidence un recul dans la construction dune Europe de la défense. Cette comparaison nest pas bonne, car les deux articles ne se correspondent pas exactement.
En effet, si larticle I-47 du traité pour une Constitution européenne stipule que « les engagements et la coopération dans ce domaine [la politique européenne de sécurité et de défense] demeurent conformes aux engagements souscrits au sein de lOrganisation du traité de lAtlantique Nord, qui reste, pour les États qui en sont membres, le fondement de leur défense collective et linstance de sa mise en uvre », cet article fait référence à une nouvelle disposition du traité constitutionnel, indépendante de la définition des rapports de lUnion Européenne avec lOTAN, qui porte sur une clause de défense collective, dans « le cas où un Etat membre serait lobjet dune attaque armée sur son territoire » (ex article I-41-7-§7).
A lévidence, un Etat membre de lUnion et de lOTAN, sil était attaqué pourrait bénéficier de lassistance collective de lUnion et de lOTAN, dans le respect de la Charte des nations Unies.
LUnion a toujours reconnu lappartenance légitime de la majorité de ses membres à lOTAN (19 sur 25, y compris la France). Le traité de Nice actuellement en vigueur dispose ainsi que « la politique de l'Union au sens du présent article n'affecte pas le caractère spécifique de la politique de sécurité et de défense de certains États membres, elle respecte les obligations découlant du traité de l'Atlantique Nord pour certains États membres qui considèrent que leur défense commune est réalisée dans le cadre de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN) et elle est compatible avec la politique commune de sécurité et de défense arrêtée dans ce cadre . »
Le traité pour une Constitution européenne nest donc pas « en recul par rapport à la formulation du traité de Nice ». Au contraire, il définit les bases dune politique européenne de défense :
- élargissement du champ dapplication de la politique de défense
- possibilité, pour les États-membres qui le souhaitent, de former des coopérations renforcées dans le domaine de la défense
- création dun Ministre des Affaires Étrangères de lUnion Européenne (cf. réponse au boniment n°2)
- mise en place dune clause de solidarité antiterroriste
Nicolas Cadène
SDJ 30
Commentaires