L'impossible combat contre le communautarisme
Le communautarisme est désormais bien présent en France (en réalité, on nous le fait croire) et certains décideurs politiques en portent une responsabilité. En premier lieu, le ministre d’État Nicolas Sarkozy, qui régulièrement dans ses discours, oppose différents « groupes » ou « classes » d’individus et multiplie les amalgames comme lorsqu’il assimile automatiquement « musulman » et « maghrébin ».
Il est désormais courant de parler de telle ou telle communauté. Ce qui était loin d’être le cas il y a encore quelques années.
Ces « communautés » sont nombreuses et leur existence, pourtant virtuelle, est relayée par quelques personnes médiatiques, politiques ou morales (associations) de droite comme de gauche pourvu qu’il y est un intérêt électoraliste, médiatique ou idéologique. En l’espèce, on peut citer par exemple l’UMP, le MRAP, Dieudonné et même le PS (via Julien Dray son porte parole) comme n’étant pas exempts de reproches.
Le plus souvent reviennent les communautés juives et musulmanes. Des « communautés » qui on le sait, s’opposent en écho au conflit au Proche Orient.
Cette opposition est parfois soutenue par certains médias et politiques, en accumulant les amalgames et les « raccourcis ».
Au lendemain du crime odieux commis à l’encontre de Ilan Halimi, de très et trop nombreux débats portent sur cette même opposition, alors même que l’antisémitisme de l’acte n’est pas encore avéré.
Cela est confirmé par la non médiatisation d’autres crimes similaires, malheureusement nombreux, qui ne concernent pas ces deux « communautés » (cf. dernièrement, le crime à l’encontre du Gendarme à Saint Martin).
Dès lors, certains nous font croire que les musulmans ne peuvent s’intégrer et que tous sont des meurtriers présumés ou des « barbares ».
Ainsi ce communautarisme accablant en vient à faire s’affronter cultures « judéo-chrétienne » et « musulmane » alors même qu’il faut les réconcilier, et surtout, raisonner en tant que citoyen d’une même et unique République.
Il n’y a pas d’un côté des groupes de « barbares » et de l’autre des « civilisés ». D’innombrables exemples dans l’histoire montrent qu’aucune société, qu’aucun groupe humain n’est protégé contre le retour de l’inhumain. N’ayons pas la mémoire courte.
Or, nous avons pu constater avec incompréhension, l’accueil réservé à Monsieur de Villiers par le grand rabbin de France lors de l’hommage rendu à Ilan Halimi ; ainsi que le silence du CRIF à propos du MPF.
La Ligue des Droits de l’Homme (que l’on devrait décidément bien plus écouter) a dû appeler à rejeter de la manifestation du 26 février le FN et le MPF.
Alors qu’un tel rappel semble une évidence, nombreux sont les frontistes et extrémistes à vouloir manifester ce 26 février.
Pourtant, la moindre tolérance à leur égard remettrait en cause l’universalité de la lutte contre le racisme et l’antisémitisme et ouvrirait encore un peu plus la voie aux pires replis communautaires. Une telle manifestation n’a pas pour but de soutenir le repli sur soi mais au contraire, de se réunir sur l’essentiel : chaque vie a la même valeur, parce que toute torture et tout assassinat sont des coups portés à notre humanité commune.
Comme le souligne encore la LDH, il faut refuser « toute hiérarchisation des combats contre la haine, toute concurrence des victimes, toute opposition entre des communautés qui ont droit au même respect ».
Arrêtons de tout opposer. Arrêtons de faire agir, parler et réagir telle ou telle « communauté » (en ce sens, je rejoins les propos de Guy Birenbaum).
La seule action qui doit être menée dans de tels cas, est celle de la justice. Et pour éviter toute dérive communautaire, il la faut efficace, rapide et surtout impartiale.
Cette justice qui aujourd’hui est tant mise à mal (que ce soit au niveau budgétaire, législative, constitutionnelle, ou de son image) par un gouvernement plus soucieux d’entretenir la discorde (pour provoquer le désir d’ordre) que d’apaiser les ardeurs.
Des ardeurs à laquelle l’Etat ne peut ou ne veut pas répondre.
L’absence de l’Etat et les haines devenues trop passionnelles, entraînent d’inévitables replis sur soi et sur sa « famille spirituelle ou intellectuelle ».
Loin de considérer que l’Etat doit s’effacer, il doit au contraire s’affirmer, être présent de la même manière sur l’ensemble du territoire français, porter la même attention à chaque individu.
Il doit donc s’affirmer comme un rempart au communautarisme et non comme un déclencheur à ce dernier.
Pour cela, il doit combattre les inégalités sociales, les différences de traitements bien trop courantes, les amalgames délirants que certains professent.
Ces derniers existent pour une raison très simple : la désinformation, l’abrutissement de la population par certains pouvoirs en place, la déculturation.
Ce n’est en rien « révolutionnaire » que d’affirmer cela.
C’est un simple constat : l’information en France est tout à fait biaisée et trop peu pluraliste, l’accès à la culture n’est pas promu comme il devrait l’être.
En temps de crise économique et sociale grave, chacun entend ce qu’il veut entendre. C’est en ces périodes que se développent les pires dérives démocratiques.
Car l’on ne supporte plus son sort, sa condition ou celle de son voisin que l’on jalouse.
C’est donc à l’Etat d’agir, en menant une politique volontariste, efficace, s’attaquant à la racine de tout problème.
Notre majorité actuelle fait tout l’inverse en réfléchissant à court terme et en menant des actions « tape à l’œil » qui au final et dans le temps n’ont aucun effet positif (bien au contraire).
En parallèle doit se développer l’information et la connaissance du passé. Le refus de l’instrumentalisation politicienne de l’histoire est alors essentiel.
Nous devons à la fois garantir la liberté de l’expression, de la presse, et refuser les discours de haine et les appels au repli communautaire.
Nicolas Cadène