Le front anti-CPE espère un mardi décisif
La mobilisation s'annonce massive • A droite, on insiste sur la nécessité d'un compromis • Les syndicats ne veulent pas d'aménagements à la marge • Le CPE est de plus en plus impopulaire dans l'opinion •
LIBERATION.FR : lundi 27 mars 2006 - 18:28
Dialogue, inflexion, seconde délibération, retrait... En cette veille d'une quatrième journée de mobilisation anti-CPE qui s'annonce massive, toute la classe politique et syndicale y va de sa suggestion au Premier ministre. De plus en plus de voix dans la majorité insistent – à l'instar de Nicolas Sarkozy – sur la nécessité d'un «compromis» qui permettrait de sortir de l'impasse. Proche du ministre de l'Intérieur, le ministre délégué aux Collectivités locales, Brice Hortefeux a assuré que Dominique de Villepin était «encouragé par la majorité tout entière» y compris le président de l'UMP, dans sa «volonté de dialogue» pour résoudre la crise. Il a souligné que «Dominique de Villepin a formulé un certain nombre de prospositions» et souhaité que «les syndicats reprennent le chemin de la table» des négociations.
Nettement plus critique, le franc-tireur François Bayrou, considère que la journée de mardi doit marquer une «inflexion nette». «Il est vraiment temps d'en sortir parce qu'on prend des risques d'ordre public», a déclaré le président de l'UDF pour lequel l'ouverture de négociations avec les opposants au CPE est «la seule issue possible». Il a par ailleurs de nouveau critiqué le manque de dialogue social du gouvernement avec les syndicats, soutenant l'idée d'un contrat à durée indéterminée (CDI) «universel et à droits progressifs».
A gauche, Laurent Fabius demande au président Jacques Chirac de procéder à une seconde délibération de la loi instituant le CPE si le Conseil constitutionnel ne l'invalide pas dès jeudi, jour où il pourrait rendre sa copie. Une procédure rare mais prévue par l'article 10 de la Constitution. «Il s'agit là de la meilleure façon de rétablir la paix publique et de proposer à la jeunesse des voies nouvelles». Une issue peu probable pour le ministre de l'Outre-mer François Baroin, selon lequel «essayer d'enfoncer des coins (ndlr; entre le président de la République et son Premier ministre) n'a aucune chance d'aboutir. Il n'y a pas l'épaisseur d'une feuille de papier à cigarette entre les deux équipes, a-t-il expliqué, l'objectif est commun, aider les jeunes».
Côté syndical, Bernard Thibault (CGT) compte sur la mobilisation pour forcer «un tournant décisif» dans un conflit qui a changé de nature selon Jean-Claude Mailly: «C'est une crise maintenant, une crise sociale, une crise plus large, a affirmé le responsable de Force Ouvrière. Tout le monde comprend bien que le CPE aujourd'hui, c'est demain la remise en cause du code du travail, du CDI, des statuts dans la fonction publique, tout ça est lié, le CPE est devenu synomyme de précarité.»
Refusant des «aménagements à la marge» et des négociations étalées dans le temps comme tente de les engager Dominique de Villepin, les syndicats se disent «prêts à discuter de la précarité, de l'emploi des jeunes, de la convention de reclassement personnalisé, des contrats de professionnalisation et de qualification». Avec deux points non négociables : la période d'essai de deux ans et la non-motivation du licenciement. Au cas où le gouvernement tiendrait bon, la Coordination nationale étudiante envisage pour sa part «une grève générale le 4 avril avec les salariés» et un blocage des grands axes de communication dès jeudi.
Selon un sondage Ipsos diffusé par «Le Monde» et France 2, le rejet du contrat première embauche est plus fort que celui du plan Juppé de réforme de la Sécurité sociale en 1995. Sur 959 personnes interrogées samedi, 63% déclarent ne pas approuver la décision du Premier ministre de maintenir le CPE, contre 34% qui l'approuvent.