Campagne 2005 : victoire du populisme ?
La consécration de la démagogie
ou une défaite de la démocratie
Par Nicolas Cadène, SDJ 30
Le propos est ici de démontrer la consécration de la démagogie et une certaine défaite de la démocratie, à travers la campagne électorale qui a précédé le référendum français du 29 mai 2005 sur le Traité établissant une Constitution pour lEurope.
Après un mépris sans borne par lensemble des médias, des partisans du « non » - mépris qui ne laissait aucune place à un vrai débat entre partisans du « non » et partisans du « oui » - , ces mêmes médias ont décidé unanimement, de se « rattraper ».
Ils l'ont souvent fait de la pire des manières.
Le « non » est devenue un moment « à la mode » et ils ont en profité. Le « non » fut « à la mode » parce que de nombreux politiciens, syndicalistes, intellectuels de gauche et autres associations « citoyennes » se mobilisaient en sa faveur.
Du coup les médias ont relaté et étalé ce « non » sur toutes ses coutures face à des argumentations « ouiistes » évidemment ridicules et sans ampleur bien que plus répandues. Certains journalistes ont même parlé (et on en parle encore) de « non » de gauche et de « oui » de droite alors même que le « non » est autant de droite que de gauche.
Le problème était que jamais, les médias navaient au préalable vérifié de telles argumentations du « non ».
Pas de contre-expertise, pas de contradiction avec des arguments valables du « oui » ; et ce, justement pour soutenir cette mode du « non ».
Finalement, les médias ont confirmé leur conformisme au courant didées du moment. Ils les créent, ou du moins les soutiennent.
Mais ils ne participent plus, en aucun cas, au débat didées, à linformation citoyenne.
La déontologie journalistique paraît inexistante depuis quelques années, cest aujourdhui une certitude.
Les exemples étaient nombreux dans la campagne : le plus célèbre était sans aucun doute le cas « Chouard » dont on sait que ces arguments ne tenaient pas debout (à aucun niveau) et qui pourtant fut élevé en "héraut" du « non », invité sur les plateaux, ou dans les tribunes de certains hebdomadaires ou périodiques, sans aucune contradiction valable.
Les médias ne sont pas les seuls coupables de ce déclin démocratique concernant linformation citoyenne et le débat didées.
Certains chefs politiques jouaient du « non » à des fins électorales évidentes.
Ils ne cherchaient en rien à défendre leurs concitoyens, ils cherchaient avant tout une résurrection électorale.
L'après 29 mai 2005 le prouve chaque jour un peu plus.
Ceux du Parti Communiste, de la LCR et de LO nont jamais été pour lintégration européenne et il était donc logique sils sopposaient une nouvelle fois à un traité européen.
Mais pourquoi usaient-ils darguments fallacieux et déformant la réalité ?
Pourquoi jouaient-t-il sur la peur ? (notamment en mettant toujours en avant l'ultralibéralisme soit-disant omniprésent dans le traité et la fin des services publics français, alors que cela n'a rien à voir et que c'est tout à fait faux)
Pourquoi se disaint-ils profondément européens, alors même qu'ils n'ont jamais participé à la construction communautaire, et qu'ils n'étaient même pas (alors qu'ils pouvaient largement) intervenus lors des travaux de la Convention qui avait élaboré la Constitution ?
On peut même se demander si les tenants du « non » à droite navaient pas plus de crédibilité ; car leur vision archaïque de repli franco-français illustrait leurs argumentations incohérentes.
Ce sont ceux qui me sont le plus éloignés politiquement et idéologiquement, mais leur position et leurs arguments nétonnaient guère et ne trompaient point.
C'est d'ailleurs ceux de nombreux tenants du "non" ailleurs en Europe.
Concernant les socialistes pour le « non », ce ne sont pas les pires et leurs arguments étaient parfois justes.
Mais certains parmi eux ne manquaient pas de soutenir des mensonges alors quils en connaissaient la portée.
Et puis lon sait quels étaient pour certains les enjeux carriériste et électoraux dune victoire du « non »
Ensuite, il y a eu lomniprésence (nouvelle) de certaines associations, comme ATTAC, qui se dit « association déducation citoyenne » (ce qui déjà la décrédébilise lorsque l'on connaît la composition de son bureau national) et qui cherche avant tout à tout « casser » pour arriver en « messie ».
Association qui de plus, ne relevait pas des lois de financement des campagnes politiques.
Mais comment, elle qui avait pour but de promouvoir une société plus juste en proposant de vraies initiatives citoyennes démocratiques, a pu soutenir des argumentations qui déformaient la réalité du texte ?
Comment a-t-elle pu tronquer des articles du traité pour soutenir quune phrase ny était plus présente (en comparaison aux précédents) ?
Comment a-t-elle pu diffuser à grande échelle des mensonges éhontés ?
Comment a-t-elle pu safficher officiellement dans des meetings avec le PC, la LCR ou LO, alors même que son action au départ nétait pas politisée ?
Et qu'a fait « Acrimed » (Action critique média), grande association dénonçant les dérives médiatiques ?
Elle soutenait le « non » en démontrant lomniprésence du « oui » dans les médias.
Ce que disait Acrimed était souvent vrai, mais pourquoi son honnêteté n'allait que dans un sens ?
Pourquoi n'a-t-elle pas dénoncé la dérive purement mercantile et électoraliste de la campagne ?
Enfin, la plupart des seules grandes « institutions » de gauche qui sopposaient au pouvoir en place pour de bonnes raisons, pour une promotion démocratique, et dans lesquelles certains comme moi avaient foi, ont prouvé à travers la campagne quelles ne sont pas mieux que les autres.
Elles ont prouvé quelles aussi jouaient de la manipulation du peuple, le trompaient et se servaient de lui pour accéder au pouvoir ou linfluencer directement - et imposer ses idées propres.
Une victoire du « non » dans de telles conditions a -pour ma part- était une preuve d'un certain déclin démocratique français, d'une prééminence médiatique et d'une perpétuelle manipulation du peuple.
Nicolas Cadène
SDJ 30