Les risques d'une manipulation hasardeuse du vote des Français

Publié le par SDJ 30

medium_file_237298_96828.jpgLe cas François Bayrou

Si on en croit les sondages que l'on se doit de relativiser tout particulièrement, il apparaît que Madame Ségolène Royal est la mieux placée pour être présente face –sans doute- à Nicolas Sarkozy au second tour.  

Mais l'électorat entre l'ancien ministre de l'Intérieur et Jean-Marie Le Pen est assez poreux ce qui peut laisser penser à une surestimation du candidat UMP et à une sous-estimation du candidat frontiste.  

Il est donc extrêmement délicat de savoir s'il reste relativement bas où s'il rivalise, pas loin des 20 %, avec M. Bayrou.

Il existe donc un risque d'un nouveau « 21 avril 2002 ». François Bayrou a fait une erreur tactique en prétendant trahir sa droite pour prendre à gauche. Ainsi s'il a pu monter dans les intentions de vote, il n'a pu prendre la place de la principale candidate de gauche. Cependant il a créé clairement un doute. Mais la place de M. Bayrou n'aurait-elle pas dû être celle du candidat d'une droite républicaine et modérée pour représenter une alternative à Nicolas Sarkozy et rendre sa dignité au débat ?

Plutôt que de harceler les électeurs de gauche en leur disant « votez François Bayrou pour battre Nicolas Sarkozy » (ce qui n’est en rien avéré, bien au contraire) les militants UDF n'auraient-ils pas dû dire aux électeurs de droite « votez François Bayrou, ne vous compromettez pas moralement avec Sarkozy. » ?

En effet la tactique choisie s'est trouvée confrontée à deux obstacles majeurs :

1) la réalité du terrain : les électeurs de gauche voient bien chez eux que l'UDF travaille le plus souvent en bonne intelligence avec l'UMP et si l'on en croit Le Canard Enchaîné, c'est bien parti pour durer.

2) la réalité du programme : le programme économique de François Bayrou (au-delà de savoir s'il est bon ou mauvais) est un programme de droite. Il parait plus modéré en comparaison avec l'absurdité du programme de M. Sarkozy, mais il est de droite

Pour ces raisons, la « drague » à gauche de François Bayrou n'aura été qu'un demi-succès. C'est pourquoi il repart « chasser » à droite (mais un peu tard peut-être).

Pour conclure : la grande question électorale dont on n'ose guère parler aujourd'hui est celle du report des voix. Il apparaît qu'en cas de second tour Ségolène Royal / Nicolas Sarkozy, les électeurs de l'UDF se reporteraient majoritairement sur Nicolas Sarkozy. Finalement, ils disent avec la bouche en cœur et les yeux plein d'amour aux électeurs de gauche : « venez avec nous, nous seuls pouvons battre Nicolas Sarkozy » et s'ils n'y sont pas, pour qui voteraient-ils ? Pour M. Sarkozy… C'est-à-dire pour celui qui « glace » Bayrou, pour la stigmatisation raciste, pour le candidat qui « drague » le Front National. C'est dire si, loin de se sentir au centre, cet électorat historique de l’UDF est d'abord un électorat de droite. 

 

La dimension médiatique

Les médias et une certaine élite dirigeante tentent ces derniers jours de commettre un véritable « hold-up » électoral : la mise à l'écart de la gauche dans le paysage politique français et l'avènement d'une droite dure et pérenne concentrée autour de l'UMP et du FN. Une droite dure dont la seule opposition viable serait une sorte de « social-libéralisme droitier » débarrassé d'une gauche vendue partout comme "archaïque".

Pour cela, ils omettent de relayer trop sérieusement les trop nombreux dérapages (le mot est faible) de Nicolas Sarkozy pour relayer largement les « attaques » à son encontre de Jean-Marie Le Pen. 

Des attaques qui en réalité n'en sont pas : alors que Nicolas Sarkozy commençait à être difficile à distinguer de M. Le Pen,  voilà que le leader frontiste accuse ses origines hongroises : de quoi dédouaner le candidat UMP.

Cette connivence est un peu plus confirmée par les appels de Brice Hortefeux (bras droit du président de l'UMP, il ne s'agit pas d'un cerveau esseulé en mal de reconnaissance) à la proportionnelle (posture opportuniste tant l'UMP s'y est toujours opposé) et ainsi au FN. 

Cette alliance qui se crée tranquillement et que les médias tentent de faire passer pour fausse en diffusant désormais les contestations de certains vieux « barons » UMP (tel M. Raffarin) contre les propos de M. Hortefeux (par ailleurs toujours ministre délégué aux Collectivités territoriales) qui serait soi-disant isolé.

Un isolement peu crédible lorsque l'on connaît les relations qui lient ce dernier au principal candidat de la droite. Lorsque Jean-Marie Le Pen déclare vouloir recommander sa fille pour la constitution d'un éventuel gouvernement de crise (Le Parisien, 15 avril 2007), on ne peut que supposer un peu plus un accord avec l'UMP.

 

Responsabilités

C'est alors que l'on est en droit de rappeler à leur responsabilité l'ensemble de l'élite médiatique de notre pays : pourquoi aucun journaliste n'ose poser véritablement la question ? Pourquoi aucun journaliste n'a, durant toute cette campagne, su répliquer aux innombrables mensonges de Nicolas Sarkozy ? Pourquoi aucun média n'a su avertir la population du danger réel que représente ce candidat ? Pourquoi l'ensemble des médias oublie de faire part de l'avis de certains journaux étrangers sur l'autoritarisme du candidat UMP (dernièrement, le quotidien Le Soir, 15 avril 2007) quand ils relaient en masse les rares articles le soutenant, (The Financial Times et The Economist, soit des titres très libéraux et très atlantistes) ? Pourquoi aucun média n'a su condamner fermement les propos d'un candidat à l'encontre d'un allié de soixante ans (l'Allemagne, propos sur la « solution finale ») ? La liste est longue, et une analyse plus sérieuse en a déjà été faite : Les dérapages irresponsables de Nicolas Sarkozy

Alors, oui, aujourd'hui nous pouvons déclarer à toutes ces élites : « Vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas et nous pourrons dire que vous n'avez rien fait »

Avant de voter, ayons tous à l'esprit que la dispersion a toujours fait le jeu de MM. Sarkozy et Le Pen. Ainsi, si nous refusons le monde autoritaire, du chacun pour soi, du danger pour tous, votons pour le candidat qui est le mieux placé pour se retrouver au second tour face à Nicolas Sarkozy : Ségolène Royal.

Ne cédons pas aux sirènes déclarant François Bayrou comme le plus à même de vaincre le candidat UMP car le président de l’UDF n'a que très peu de chance de parvenir au second tour : ainsi, un vote en sa faveur, c'est un vote en moins pour Mme Royal, et un vote supplémentaire pour M. Sarkozy, voire, M. Le Pen. 

De plus, je crois sincèrement que le seul projet véritablement ambitieux et réformiste est porté par Ségolène Royal. Un vote en sa faveur équivaut au choix d’une société plus juste et apaisée face à celle brutale de Nicolas Sarkozy, et active et engagée face à celle qui m’apparaît immobile de François Bayrou.

Que ceux qui idéologiquement se déclarent de droite votent à droite est totalement respectable. Même si l'on peut ne pas comprendre qu'ils puissent préférer un Sarkozy démagogue et extrémiste à un Bayrou républicain. Mais que ceux qui idéologiquement se déclarent de gauche votent en faveur de M. Bayrou, homme de droite de par son passé et son projet, pose la question de la responsabilité citoyenne. Cette fois-ci, si Jean-Marie Le Pen passe le premier tour, ce ne sera pas un Chirac qu'il aura en face mais un Sarkozy. Et ça n'a rien à voir. 

 

Nicolas CADENE

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