SILENCE DE LOPPOSITION OU MEDIAS SOURDS ?

Publié le par PS

58fbb82c3d9a4f6a5c196d6436b09bce.jpgAlors que Ségolène Royal, ancienne candidate socialiste à l’élection présidentielle ayant rassemblé 47% des électeurs soit 17 millions de Français, vient de publier un livre, a été au 20h00 de TF1, sur les plateaux de RTL et Europe 1 et a fait un « prime time » sur France 2, on constate une surprenante absence de répercussion de ses propos pourtant construits et virulents à l’encontre de la politique menée par le président de la République.

Pourtant, cela n’empêche absolument pas certains directeurs de rédaction et éditorialistes de continuer à faire semblant de se demander : « Mais où est la gauche ? Où est l’opposition ? ».

On avait déjà noté que les mêmes médias semblaient singulièrement absents des chambres parlementaires tant le relais des propos forts voire emportés de l’opposition est nul depuis la rentrée parlementaire. Il faut imaginer que la rengaine « le Parti Socialiste ne s’oppose pas » est plus simple à traiter, et en plus, fait plaisir au pouvoir…

Et c’est ainsi, qu’il leur devient facile, dès lors qu'ils refusent la diffusion des plus pertinentes critiques socialistes de continuer à demander « Où est l’opposition ? » et de répondre qu’elle est « nulle part ».

On parle ici de critiques « socialistes », car il est finalement plus rare de voir ainsi « censurer » (du moins « mépriser ») les propos d’Olivier Besancenot. Tant mieux, sauf que cela ne peut que faire « passer » l’idée d’un abandon des sympathisants par le Parti Socialiste, d’un « vide » entre UMP et gauche de la gauche. Ce n’est rien d’autre que l’objectif avoué de la présidence de la République : décrédibiliser le PS.

Cela ne passe pas par une censure de l’ensemble des propos socialistes et apparaît même beaucoup plus subtil. Tout propos d’un responsable PS contre un(e) camarade, ou soutenant, même à demi-mot, une politique gouvernementale ou présidentielle sera relayé et même largement amplifié. Les exemples ne manquent pas, nous n'y reviendrons pas pour ne pas jouer ce jeu là.

De plus, soyons honnêtes, il n’est pas rare de voir Ségolène Royal en couverture d’un magazine, dans quelques images télévisées, ou d’en entendre parler à la radio. Non, en effet. Sauf que les propos accompagnant cette présence, loin de traiter de « fond », loin de relayer ses positionnements, ses propositions, s’attardent à discuter de savoir si elle est une « madone » ou une « vierge Marie », de dire à quel point (ironie médiatique formidable) elle est tellement dans cette position d’icône qu’elle semble oublier le fond (vraiment ?)… comme s'il s'agissait surtout de la réduire à une sorte de caricature plutôt que de traiter son rôle d'opposition.

Nous ne reviendrons pas sur les concentrations médiatiques, leurs liens privilégiés (de même concernant la plupart des sondeurs et en premier lieu « Opinionway ») avec le président de la République et les récentes immixtions du pouvoir politique UMP dans les choix de dirigeants médiatiques (TF1 et Les Echos tout récemment), elles sont désormais connues et je vous renvoie vers un de mes articles de juillet dernier (« La concentration des médias et leurs liens privilégiés avec Nicolas Sarkozy »). Mais nous devons l’évoquer pour comprendre la facilité déconcertante qu’ont les médias français à ignorer une information intéressant pourtant des millions de concitoyens.

Le plus inquiétant dans cette procédure désormais courante est son caractère vicieux : rien n’est dit et une fausse garantie d’impartialité des médias est assénée.

Le mépris est la plus redoutable des méthodes. C’est quasiment inattaquable, la droite l’a compris et l’use à bon escient.

La réponse à apporter est peut-être celle d’un retour aux basiques d’une forme de résistance à la vision unilatérale des « médias de masse », une réponse qui passe par l’écriture et le dialogue permanent. « Ceux qui savent » et qui connaissent l’information doivent la relayer (via le « bar PMU » comme via Internet). Il ne faut pas se taire, demander des comptes aux médias et à ceux qui ont choisi de nous « informer », leur rappeler peut-être ce que signifie ce mot, soutenir les journalistes qui se battent tous les jours pour l’indépendance éditoriale, rappeler à leur devoir ces « experts médiatiques » qui se moquaient il y a quelques années de l’Italie « muselée » et « contrôlée » de Berlusconi …

Maintenant, plongeons-nous donc dans ce soi-disant « grand silence de l’opposition » pour vérifier que Ségolène Royal n’a rien dit qui mériterait d’être porté à la connaissance de ses électeurs…

Lors de l’émission « A vous de juger », après avoir rappelé son devoir d'être « au premier rang avec d'autres, attelée au travail de reconstruction du Parti socialiste et de la gauche », elle a souhaité une gauche plus « disciplinée », la discipline étant « la reconnaissance du fait majoritaire ». Surtout, et malgré les questions insistantes sur les seules « querelles internes » d’Arlette Chabot (que l'on aimerait voir aussi combative face à Nicolas Sarkozy ou François Fillon), Ségolène Royal a pu critiquer de façon pertinente la politique « sarkozyste ».

A plusieurs reprises, critiquant les annonces sur le pouvoir d'achat ou la gestion du conflit des régimes spéciaux, elle a déclaré que « Ce qui est annoncé aujourd'hui par Nicolas Sarkozy, c'est tout et le contraire de tout ». Le président de la République « reprend d'une main ce qu'il donne de l'autre ». Ainsi, elle a sévèrement jugé la réduction de moitié de l'exonération de la redevance audiovisuelle pour les personnes âgées de plus de 65 ans. « C'est de la cruauté sociale (…) arrêtons de faire les poches des personnes âgées ».

Cette semaine, elle a pu rappeler que le président de la République use d’un pouvoir « qui dresse les Français les uns contre les autres », « ceux qui vont avoir droit aux heures supplémentaires, ceux qui n'y ont pas droit », « ceux qui se lèvent tôt et ceux qui se couchent tard », « ceux qui ont des régimes spéciaux et ceux qui n'en ont pas ».

Pour elle, Nicolas Sarkozy « oppose les petits aux petits (...) donne aux ‘gros’, reprend aux ‘petits’, entretient la jalousie entre les ‘petits’. »

« Ce n'est pas ma vision ni ma conception de la France », souligne-t-elle.

Rappelant que ses idées ont été moquées pendant la campagne, elle constate les étonnantes reprises par Nicolas Sarkozy : un nouvel indice des prix, la taxation des entreprises pétrolières, un « bouclier logement » et des négociations sur les régimes spéciaux, insistant sur le fait que le président a « perdu sept mois » avant de s'y mettre.

« L'inaction depuis deux ans » est son angle d'attaque sur les banlieues contre l’ancien ministre de l’Intérieur (pendant 4 ans) et l’actuel président de la République.

Concernant l’alliance sur certains points allant du centre à l’altermondialisme et à la gauche de la gauche, Ségolène Royal, en s'inscrivant dans la tradition de François Mitterrand et du congrès d'Epinay, considère qu’il faut « prendre dans chaque courant (la radicalité, l'altermondialisme, le centre) de pensée ce qu'il y a de meilleur », qu’il faut refuser « l’opposition stérile bloc contre bloc ».

« La question des alliances, c'est une question majeure. Que ce soit en Amérique du sud, ou dans les pays d'Europe, plus aucun socialiste ne gouverne seul, tous les socialistes, travaillistes et sociaux-démocrates sont dans des coalitions ».

Elle a aussi eu l’occasion de rappeler que si l’on avait beaucoup parlé de la main tendue à François Bayrou, on avait oublié la mission confiée à José Bové sur la réforme de l'aide au développement. « L'altermondialisme doit converger vers nous. Quant à l'extrême gauche, sa radicalité est nécessaire sur certains sujets (la défense de la protection sociale et dans la lutte contre les franchises médicales par exemple), mais pas tous. Dans d'autres domaines, au contraire, il va falloir nouer des compromis sociaux pour que les réformes se fassent sans que les lois du libéralisme sauvage l'emportent. »

Concernant la réforme des universités, elle considère que pour lutter contre l’échec universitaire (40 % des jeunes sans diplôme à la fin de la deuxième année d’université) s’il faut plus d’autonomie, il faut également « plus de moyens aux pour accompagner plus efficacement les étudiants ». « La réforme telle qu’elle est conduite pose de graves problèmes : l’autonomie sans moyen va creuser les inégalités entre université et les jeunes en ont parfaitement conscience, le problème de l’échec universitaire n’est pas du tout réglé, il y a un grave malaise social chez les jeunes étudiants, dont un sur trois souffre de précarité et même de pauvreté »

Sur la politique internationale, Ségolène Royal constate dans une « lettre d’actualité » que « L’absence [lors du voyage en Chine] de la secrétaire d’Etat aux droits de l’homme Rama Yade est révélatrice » et qu’il y avait « une ligne rouge que la décence imposait de ne pas franchir sur la question des droits de l’Homme » alors même que le président déclara que la Chine avait effectué des « progrès depuis 30 ans » sur cette problématique. De plus, elle souligne que « la France ne gagnera pas le respect des Chinois en mettant de côté ses valeurs fondamentales : les Allemands souvent très durs avec Pékin, se sont toujours mieux imposés que la France sur le marché chinois ». De même, elle déplore que « Nicolas Sarkozy ne trouve rien de mieux à faire que de se précipiter au téléphone pour féliciter chaleureusement M. Poutine alors que les dirigeants européens [la Commission et certains Etats membres] soulignent que ces élections n’étaient ni équitables, ni libres, ni démocratiques ».
Cette politique qui va au-delà de la  « Realpolitik » que dénonçait pourtant de façon récurrente et virulente le candidat Sarkozy en 2007, devient un cynisme difficilement supportable qui va culminer lors de l’accueil du colonel Kadhafi pour une visite d’Etat.

Interrogée parfois sur sa rivalité avec Bertrand Delanoë, Ségolène Royal répond qu'elle n'est « candidate contre personne ». « Qu'il y ait des compétitions à l'intérieur de la politique, c'est normal, c'est la vie, et à la limite ça stimule ».

Au final, l'ex-candidate socialiste se pose aujourd’hui en première opposante au président de la République.

Malgré ce, les médias semblent trouver qu'il convient encore non pas de traiter cette opposition mais de disserter des heures sur le rendez vous avec François Bayrou ou sur sa relation avec François Hollande pour conclure en un beau « chœur hypocrite » que l'opposition est silencieuse.

 

Nicolas Cadène

Le 7 décembre 2007

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