Sommes-nous devenus des moutons ?

Publié le par PS

6c5f5081cee65890e0bc8dd0608f9f52.jpg À la lumière des évènements successifs de ces derniers mois, certains se posent sans doute cette question un peu gênante. Le peuple de France qui a, une nuit du 4 août 1789, aboli les privilèges acquis par la simple hérédité, n'a rien eu à redire aux « cadeaux fiscaux » de notre président fait aux 10% les plus aisés et s'élevant à 15 milliards d'euros.

Aujourd'hui, à l'instar de notre chef d'Etat, les Français se révoltent contre les grèves dans les transports. Des mouvements qui n'ont pourtant pour seul objectif qu'une négociation sur la perte d'acquis sociaux de fonctionnaires travaillant pour l'intérêt général, exerçant des emplois peu enviés (il est aujourd'hui difficile pour certaines entreprises publiques telle la RATP de recruter le personnel nécessaire) et souhaitant préserver leur pouvoir d'achat.

Si notre système de retraites basé sur la solidarité nationale doit être le plus unifié et le plus homogène possible, cela ne signifie pas que tous les régimes doivent être alignés sur le moins favorable. Pour plus d'équité, des dispositifs comme la bonification des périodes de travaux pénibles ou la stabilité des taux de remplacement devraient au contraire être généralisés au privé plutôt que supprimés dans le public.

Il faut également rappeler que ces nouvelles grèves, qui ne sont pas si courantes en France ( 11e pays le plus « gréviste » sur les 18 principaux pays industrialisés) concernent la défense d'acquis qui ne représentent qu'une perte de 200 millions d'euros pour l'Etat ; soit 75 fois moins que ce qui a été gracieusement offert, sans contrepartie, aux plus riches.

D'ailleurs, les vrais privilèges actuels sont-ils ceux de ces cheminots, employés SNCF, RATP ou d'autres entreprises de service public ? Où sont traitées les retraites des cadres militaires ? Les appartements de fonction pour les proches du pouvoir ? Les « placards dorés » de la haute administration ? Les retraites majorées de 35 à 75% dans quelques DOM-TOM (que certains au Parlement proposent enfin de réformer) ?

Quelle étonnante adoration de la richesse au moment même où le président s'augmente de 206% (selon le « spécialiste des finances de l'Elysée », le député René Dosière). La richesse financière est pourtant bien loin de garantir une richesse intellectuelle et surtout morale. Car le « cadeau fiscal » accordé par le gouvernement il y a deux mois vise notamment des individus tel Noël Forgeard, quittant son entreprise en difficulté qui s'apprête à licencier 10 000 personnes d'ici 2010 (Airbus), et empochant près de 11 millions d'euros d'indemnités et de stock-options (que le gouvernement refuse de taxer substantiellement). Cela vise aussi nos « stars » nationale tel Johnny Hallyday qui préfère devenir belge ou s'installer en Suisse pour ne pas participer à l'effort national (l'impôt), lui qui ne doit sa gloire qu'au peuple français. Cela vise peut-être même des individus comme le fils de Bernard Tapie, vivant dans des appartements bourgeois de 200 m2 à Neuilly et paraissant au-dessus des lois (son expulsion ayant été annulée sans doute grâce à l'intervention amicale du secrétaire général de l'Elysée Claude Guéant).

Qu'est-ce donc que ce « mauvais esprit » ? Celui qui nous commande de nous opposer violemment à nos concitoyens du service public. Celui qui nous fait dire que nous sommes « pris en otage ». Une telle comparaison est au moins déplacée de la part d'une génération qui a vécu mieux qu'aucune autre, sans connaître de conflit. Une paix sociale et une paix « tout court » qui est due à des femmes et des hommes ayant bâti une Europe unie et rebâti une nation française sur un pacte de solidarité (via les mesures du Conseil national de la Résistance et notamment la création de la sécurité sociale en 1945). Quand on interroge les Français sur ce qui symbolise le mieux la France, les premières réponses ne sont ni les frontières ni la langue, mais le drapeau tricolore et la sécurité sociale. L'emblème de la République et les outils de la solidarité : voilà ce qui cimente en premier l'appartenance commune.

Pourtant aujourd'hui, ce que l'on voit, loin d'être des actions de solidarité, c'est une génération encourager la violence et la répression contre elle-même (scandant le slogan sportif « allez les bleus » en désignant les CRS), devant des bâtiments scolaires où l'on enseigne que « le savoir est une arme »...

Devons-nous nous taire et nous « coucher » sur tout ? N'avons-nous pas le droit et même parfois le devoir, de nous élever contre toute atteinte à notre pacte républicain ? Car il s'agit bien de cela quand une personnalité politique, quelle qu'elle soit, oppose chaque catégorie de Français à une autre : les « salariés du privé » à ceux du « public », les chômeurs aux « travailleurs », les « assistés » aux « bosseurs », les Français de souche aux immigrés (supposés ne venir que d'Afrique), les « soixante-huitards » et les « fauteurs de troubles » à la « majorité silencieuse », les « intellectuels bien-pensants » aux citoyens du concret, « les Français qui se lèvent tôt » à ceux qui se « lèvent tard », etc.

Notre unité nationale qui se fonde d'abord sur le « vivre ensemble », est aujourd'hui « attaqué » par cette utilisation politicienne des conflits sociaux (mais aussi par des mesures telle l'éventuelle instauration de « franchises judiciaires » et l'instauration de « franchises médicales » dont on connaît l'inutilité sinon pour éloigner les plus défavorisés de la justice et de la santé).

Il y a un risque que cela ait pour tous des conséquences extrêmes qui pourraient nous rappeler en de trop nombreux points des époques sombres de notre Nation. Époques caractérisées par une expression muselée, une opinion manipulée, un pouvoir concentré et des liens sociaux rongés.

L'histoire de France ne se résume pourtant pas aux absolutismes, aux restaurations réactionnaires ou au régime de Vichy. La France, c'est aussi le « Siècle des Lumières » (n'en déplaise à Christine Lagarde pour qui l'« on pense trop »), la Révolution française, la Commune de Paris et la Résistance. Ne l'oublions pas. À l'inverse des moutons suivant un quelconque meneur (même lorsqu'il saute d'une falaise), ne suivons que notre conscience.

Nicolas Cadène

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voyance gratuitement par mail 09/03/2017 16:42

Vos partages me plaient beaucoup! C'est super!!!

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Je te félicite c’est bien d’avoir fait ce blog
merci beaucoup

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