Gaz de France & Suez, un mariage arrangé ?

Publié le par SDJ 30





 

 

 

 

 

Par Nicolas Cadène

 
La fusion de ces deux groupes français est-elle née, comme semble l’expliquer le gouvernement et son ministre de l’économie Thierry Breton, de la menace d’une OPA hostile ?
En effet, M. Breton a ainsi essayé de convaincre les syndicats que l’opération est « l’unique moyen de faire barrage au groupe italien d’électricité Enel qui veut acheter Suez ».
On peut légitimement en douter.
Tout d’abord, on peut se demander l’intérêt qu’a l’Etat français à bloquer toute fusion entre Suez et Enel.
Le but n’est sûrement pas la sauvegarde des emplois français. Le gouvernement actuel, de par ses nombreuses complaisances envers les licenciements massifs décidés par quelques multinationales bénéficiaires, a largement prouvé son désengagement en la matière. De plus, cette fusion risque fort de supprimer des milliers d’emplois.
En réalité, la logique industrielle de cette opération est assez complexe à saisir : d’ailleurs, y en a-t-il au moins une ?

La position de M. Strauss-Kahn est assez claire : C’est une opération « anti-économique ».
Et il est vrai que cette fusion GDF-Suez ne sert ni l’intérêt des usagers, ni du pays, ni de l’Union européenne.

- Les usagers risquent de voir leur prix d’électricité et de gaz « flambés ».
En Belgique tout d’abord où le nouveau groupe contrôlera 90 % du marché de l’électricité et du gaz. Electrabel est en effet une filiale à 100 % de Suez, et la SPE, second électricien du pays, est contrôlé à 51 % par GDF. Sur le marché gazier, Distrigaz, filiale à 57 % de Suez ne concurrencera plus GDF.
Le gouvernement accepte donc de fausser la concurrence entre groupes privés…pour la rendre nocive en France : cette fusion est de très mauvais augure pour EDF, entreprise publique. Désormais GDF concurrencera EDF via l’activité électrique de Suez, absente du territoire actuellement, mais qui s’installera sur le marché français grâce à ce rapprochement. C’est donc un formidable cadeau fait à une entreprise privée à l’encontre d’une entreprise publique.

- Ainsi, la France n’a rien à y gagner ; bien au contraire. Elle accepte de privatiser (l'Etat n'aura plus de minorité de blocage) à terme un important groupe énergétique (GDF) pour une raison restée très floue : sauvegarder Suez, un groupe privé qui pouvait pourtant, avec Enel, former un géant européen.
La France y perd en préférant le repli sur soi et le refus de la coopération européenne. Il est certain que cette opération dit non à l’Europe de l’énergie en refusant, sans motif crédible, le rapprochement entre un géant italien et un géant français. L’Allemagne avait en son temps accepté un rapprochement avec un groupe français pour créer un géant européen : EADS. Aujourd’hui, comme l’a encore souligné M. Strauss-Kahn, « on balaye d’un coup de plume la politique industrielle européenne ». Une fois de plus, on se replie…

- Car il s’agit bien de cela.
Le Président de la Commission européenne, José Manuel Barroso l’a encore souligné : « protéger le marché européen contre d’autres Européens est contraire à l’Europe ».
Le commissaire européen au Commerce Peter Mandelson a donc estimé que le projet français pour défendre Suez était un test pour la crédibilité de la Commission européenne. Et si nécessaire, l’affaire sera portée devant la Cour de Justice…

Quel est donc l’intérêt de cette fusion ? Et s’il n’y en avait pas ? Et si cette fusion était déjà décidée ? Et si l’OPA d’Enel servait uniquement de prétexte à fusionner Suez et GDF afin de privatiser ce dernier ? Et si cette OPA avait été incitée ?

Ces hypothèses ne sont pas à écarter, elles semblent même être les plus crédibles. En effet, de nombreuses sources (dans les milieux financiers et politiques) soutiennent la thèse suivante :
Le Président Jacques Chirac et son gouvernement auraient demandé au Président de Véolia de monter une fausse OPA conjointement avec Enel qui elle, la considérait comme réelle (une OPA sur Suez l’intéressait depuis quelques temps, en raison de sa filiale Electrabel). Enel accepte le « marché » et s’assure de 50 milliards d’euros alors que Véolia apporte les actions. Mais au dernier moment Véolia se retire et laisse Enel seul, qui donc ne peut plus faire l’OPA… Ainsi, en déclarant le risque d’OPA hostile de l’italien sur le français, le gouvernement comptait justifier sans mal la fusion entre GDF et Suez qui « traînait » depuis un an et demi…

Par ce montage pathétique, le gouvernement français continue d’éloigner la France des Français eux-mêmes (recul des services publics) et du reste de l’Union (refus de la coopération, absence de politiques européennes d'envergure). Alors, oui, espérons que la Commission européenne joue son rôle et fasse respecter les seules règles communes de l’UE : celles de la concurrence non faussée.

Nicolas CADENE

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La fusion de ces deux groupes français est-elle née, comme semble l’expliquer le gouvernement et son ministre de l’économie Thierry Breton, de la menace d’une OPA hostile ?
En effet, M. Breton a ainsi essayé de convaincre les syndicats que l’opération est « l’unique moyen de faire barrage au groupe italien d’électricité Enel qui veut acheter Suez ».
On peut légitimement en douter.
Tout d’abord, on peut se demander l’intérêt qu’a l’Etat français à bloquer toute fusion entre Suez et Enel.
Le but n’est sûrement pas la sauvegarde des emplois français. Le gouvernement actuel, de par ses nombreuses complaisances envers les licenciements massifs décidés par quelques multinationales bénéficiaires, a largement prouvé son désengagement en la matière. De plus, cette fusion risque fort de supprimer des milliers d’emplois.
En réalité, la logique industrielle de cette opération est assez complexe à saisir : d’ailleurs, y en a-t-il au moins une ?

La position de M. Strauss-Kahn est assez claire : C’est une opération « anti-économique ».
Et il est vrai que cette fusion GDF-Suez ne sert ni l’intérêt des usagers, ni du pays, ni de l’Union européenne.

- Les usagers risquent de voir leur prix d’électricité et de gaz « flambés ».
En Belgique tout d’abord où le nouveau groupe contrôlera 90 % du marché de l’électricité et du gaz. Electrabel est en effet une filiale à 100 % de Suez, et la SPE, second électricien du pays, est contrôlé à 51 % par GDF. Sur le marché gazier, Distrigaz, filiale à 57 % de Suez ne concurrencera plus GDF.
Le gouvernement accepte donc de fausser la concurrence entre groupes privés…pour la rendre nocive en France : cette fusion est de très mauvais augure pour EDF, entreprise publique. Désormais GDF concurrencera EDF via l’activité électrique de Suez, absente du territoire actuellement, mais qui s’installera sur le marché français grâce à ce rapprochement. C’est donc un formidable cadeau fait à une entreprise privée à l’encontre d’une entreprise publique.

- Ainsi, la France n’a rien à y gagner ; bien au contraire. Elle accepte de privatiser (l'Etat n'aura plus de minorité de blocage) à terme un important groupe énergétique (GDF) pour une raison restée très floue : sauvegarder Suez, un groupe privé qui pouvait pourtant, avec Enel, former un géant européen.
La France y perd en préférant le repli sur soi et le refus de la coopération européenne. Il est certain que cette opération dit non à l’Europe de l’énergie en refusant, sans motif crédible, le rapprochement entre un géant italien et un géant français. L’Allemagne avait en son temps accepté un rapprochement avec un groupe français pour créer un géant européen : EADS. Aujourd’hui, comme l’a encore souligné M. Strauss-Kahn, « on balaye d’un coup de plume la politique industrielle européenne ». Une fois de plus, on se replie…

- Car il s’agit bien de cela.
Le Président de la Commission européenne, José Manuel Barroso l’a encore souligné : « protéger le marché européen contre d’autres Européens est contraire à l’Europe ».
Le commissaire européen au Commerce Peter Mandelson a donc estimé que le projet français pour défendre Suez était un test pour la crédibilité de la Commission européenne. Et si nécessaire, l’affaire sera portée devant la Cour de Justice…

Quel est donc l’intérêt de cette fusion ? Et s’il n’y en avait pas ? Et si cette fusion était déjà décidée ? Et si l’OPA d’Enel servait uniquement de prétexte à fusionner Suez et GDF afin de privatiser ce dernier ? Et si cette OPA avait été incitée ?

Ces hypothèses ne sont pas à écarter, elles semblent même être les plus crédibles. En effet, de nombreuses sources (dans les milieux financiers et politiques) soutiennent la thèse suivante :
Le Président Jacques Chirac et son gouvernement auraient demandé au Président de Véolia de monter une fausse OPA conjointement avec Enel qui elle, la considérait comme réelle (une OPA sur Suez l’intéressait depuis quelques temps, en raison de sa filiale Electrabel). Enel accepte le « marché » et s’assure de 50 milliards d’euros alors que Véolia apporte les actions. Mais au dernier moment Véolia se retire et laisse Enel seul, qui donc ne peut plus faire l’OPA… Ainsi, en déclarant le risque d’OPA hostile de l’italien sur le français, le gouvernement comptait justifier sans mal la fusion entre GDF et Suez qui « traînait » depuis un an et demi…

Par ce montage pathétique, le gouvernement français continue d’éloigner la France des Français eux-mêmes (recul des services publics) et du reste de l’Union (refus de la coopération, absence de politiques européennes d'envergure). Alors, oui, espérons que la Commission européenne joue son rôle et fasse respecter les seules règles communes de l’UE : celles de la concurrence non faussée.

Nicolas CADENE

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